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L'extrême droite en miroir du multiculturalisme

11/06/2014 10:47 EDT | Actualisé 11/08/2014 05:12 EDT

Samedi dernier, Pauline Marois mettait en garde la population contre un éventuel essor de l'extrême droite en territoire québécois. En guise de testament politique, l'ex-première ministre affirmait que si les gouvernements se montraient «sourds aux aspirations légitimes de parties importantes de la population», de plus en plus de nos concitoyens seraient tentés de se marginaliser politiquement. Bref, Pauline Marois disait que de faire la sourde oreille aux aspirations collectives des citoyens serait néfaste à plus ou moins long terme.

Ce que l'Histoire récente nous apprend

Il est impossible de déterminer avec exactitude ce à quoi Mme Marois faisait référence, mais son raisonnement s'applique parfaitement au récent échec d'instauration de la laïcité. Le refus d'une Charte de la laïcité, exprimé par les urnes le 7 avril dernier, traduit l'indifférence d'une bonne partie de la population face à son propre avenir. Le peuple québécois a pelleté le problème des accommodements raisonnables quelques décennies en avant : se pourrait-il que cette indolente population finisse par connaitre la radicalisation?

L'Histoire récente nous a appris que c'est en accordant une latitude démesurée aux communautarismes qu'on alimentait l'extrême droite. Partout dans le monde, et spécialement en Europe, les tensions intercommunautaires nourrissent la violence et mènent ultimement à des interventions musclées qui peuvent déboucher sur des guerres civiles. Contrairement à la croyance populaire, le multiculturalisme n'est pas la prévention de la xénophobie, mais son canalisateur.

Le multiculturalisme est propice aux dérapages «ethno-nationalistes». En favorisant les replis culturels tout en reléguant aux oubliettes l'idée d'assimiler même partiellement les immigrants, le multiculturalisme légitime le rejet de la société d'accueil par certaines communautés religieuses hostiles à la modernité. Par effet contraire, le rejet de la société d'accueil engendre le rejet de ceux qui la rejettent.

Depuis la chute du mur de Berlin, bien des gens se définissent d'abord comme membres de communautés culturelles et religieuses avant de se dire citoyens et citoyennes d'un pays. La fin des idéologies coïncide avec le retour en force des tribalismes. C'est bien ce qu'entendait prévenir la Charte de la laïcité.

Ce que nous révélera l'avenir

Les Inclusifs ont raison sur un point: la Charte des valeurs québécoises visait principalement la religion musulmane. L'islam est la religion la plus visible dans l'espace public et un peu partout dans le monde, de nombreuses personnes se sont élevées contre elle dans les dernières années. Évidemment, les attentats terroristes revendiqués en son nom n'ont pas contribué à la faire passer inaperçue.

Je me suis souvent demandé pourquoi l'islam semblait plus dynamique en Occident que dans certains pays du Maghreb et du Moyen-Orient. Pourquoi tant de musulmanes portaient-elles le voile ici, au Québec, alors que très peu de femmes le portaient dans les rues de Tunis et du Caire à une certaine époque? Pourquoi certains hommes avaient-ils quitté leur si lointain pays pour réimplanter, dans des pays nordiques, les mêmes systèmes religieux qui régissaient leur vie auparavant?

La réponse est claire: l'exode est toujours une occasion de ressouder des liens communautaires. Le poids culturel de la société d'accueil peut déclencher une véritable «phobie de l'assimilation». Il s'ensuit une forme d'exclusion de l'Autre, semblable à celle que tous les adeptes du multiculturalisme dénoncent quotidiennement en pointant le nationalisme «ethnique». Dans les deux cas, la logique reste la même: la peur de l'étranger (xénophobie) peut devenir un moteur idéologique.

Le multiculturalisme jette de l'huile sur un feu qui ne sera pas un feu de paille. Au lieu de desserrer les mailles des communautés culturelles pour y faire pénétrer la culture occidentale, il en ressert les coutures et en bloque les moindres accès. C'est dire le paradoxe d'une époque qui déguise en progressisme une idéologie réactionnaire.

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