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L'amour fraternel

22/10/2013 11:11 EDT | Actualisé 22/12/2013 05:12 EST

Quand on n'a que l'amour... Cette fameuse chanson de Jacques Brel en aura fait frissonner plus d'un. Et plus d'une. Cet amour qui tue, qui ne pardonne pas souvent. Cet amour qui enchante, enivre et qui ne laisse personne indifférent. Cet amour qui blesse.

Mais l'amour est-il réellement universel ? Est-il réellement un phénomène apatride, un phénomène qui ne connait ni frontières, ni pays ? L'idée même de l'amour n'est-elle pas censée ignorer les classes sociales, faire fi de la religion, désigner un univers qui ne connait pas la discrimination et l'exclusion ? Qui n'a jamais rêvassé un jour de tomber amoureux d'une personne venue d'un pays lointain, ou d'aller directement trouver à la source l'ultime tentation d'un séjour qui ne se fait jamais assez long ?

C'est bien sous l'angle de l'amour que j'aimerais aborder, encore une fois, la problématique du multiculturalisme. Une perspective ni politique, ni idéologique, parait-il. Mais je n'en suis pas si certain: en fait, si le multiculturalisme incarne le romantisme politique du XXIe siècle et cette volonté de réenchantement du monde, il ne favorise aucunement les doux échanges humains. Les rêves de métissage, où devraient se fondre toutes les communautés humaines dans cette orgie indifférenciée, n'auront pas lieu. Nous n'assisterons pas à l'avènement de l'Humain multicolore.

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Ceux qui s'obstinent à croire que l'ouverture correspond au multiculturalisme, et l'amour fraternel à la laïcité « ouverte », s'apercevront vite qu'ils ont fait fausse route. Je pense à toutes ces Laila, ces Fatima, ces Salima qui sous la pression parentale ne pourront sans doute jamais emmener souper à la maison des garçons dont la confession religieuse est différente de la leur. Je pense à ces gamins « de souche » qui fantasmeront sans doute sur plusieurs de ces beautés orientales pour s'apercevoir un jour qu'ils ne pourront jamais y avoir accès sans mettre fin à des traditions familiales lourdement enracinées. Je pense à ces prochains déchirements causés par des observances religieuses qui ne favoriseront jamais la fraternisation du genre humain. Je pense à ces nombreuses situations qui rappelleront sans doute un peu le scénario de Roméo et Juliette.

C'est donc du phénomène de l'endogamie religieuse dont il est question. L'obligation pour le membre d'une communauté de se marier à l'intérieur de celle-ci. Ce phénomène qui peut même être affiché de manière ostentatoire, par exemple en portant explicitement des symboles religieux. L'endogamie ne favorise évidemment pas l'ouverture : c'est un repli sur soi, un pas en arrière, un retour vers le tribalisme. Les lois communautaires de l'islam, du judaïsme orthodoxe, de l'hindouisme et de plusieurs autres religions sont spécifiquement conçues pour empêcher leurs adeptes de s'ouvrir aux autres. Vous parliez de laïcité « ouverte » ....

Cela n'a rien d'une prophétie : vous ne verrez sans doute jamais de vraies croyantes musulmanes se marier avec des hommes nés au Québec de culture chrétienne. Vous ne verrez pas non plus des hindouistes pratiquants issus de l'aristocratie brahmane se marier avec des Québécoises « de souche » si celles-ci font partie de la caste inférieure des « intouchables ».

Ainsi va la vie. Je ne dis pas que les mariages interconfessionnels sont impossibles. Ils sont même souhaitables. Je dis seulement que les religions représentent le plus souvent tout le contraire de l'universel même si certaines ont pour objectif de se répandre universellement. Personne ne me fera croire que les traditions religieuses encouragent le métissage, l'union et la sexualité libres. Que ces dernières ouvrent la voie à la curiosité érotique...

Les libéraux et les gauchistes projettent donc leur fantasme sur la société québécoise. Comme on dit : on voit bien ce qu'on veut voir. Mais inutile de leur rappeler que le fonctionnement d'une société n'est pas analogue à celui d'un film porno : il n'y aura pas ici de partouses interreligieuses. Pas plus qu'il n'y en aura ailleurs. Le multiculturalisme n'a de romantique que sa naïveté enfantine et son aveuglement. Il est comme le jeune homme en amour qui, dans la chanson de Moustaki, embellit inconsciemment sa bien-aimée. Mais le multiculturalisme n'est pas vraiment sexy : il est recouvert d'une aura de chasteté.

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