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Djemila Benhabib et Dalila Awada: deux visions du féminisme s'affrontent

28/10/2013 12:32 EDT | Actualisé 27/12/2013 05:12 EST

C'est en lisant récemment sur le phénomène de « l'écoféminisne » que j'ai compris que nous assistions bel et bien à l'émergence d'un courant féministe que j'ai qualifié d'islamo-gauchiste et d'antihumaniste dans un blogue précédent.

Représenté par la Fédération des Femmes du Québec (FFQ), ce féminisme voilé semble faire de plus en plus d'adeptes, même chez celles qui pourtant auront lu Simone de Beauvoir avec passion et émerveillement. Je ne les comprendrai jamais.

C'est aussi en visionnant le récent épisode de Tout le monde en parle, où Djemila Benhabib et Dalila Awada y étaient invitées pour parler de la Charte des valeurs québécoises, que j'ai réalisé que deux visions distinctes du féminisme s'affrontaient dorénavant. La première est humaniste, la seconde est déterministe.


Le féminisme défendu par Djemila Benhabib considère le poids de la culture comme un construit social dont la femme peut s'émanciper. L'émancipation de celle-ci passe par l'appropriation de son propre corps, par la domestication d'une nature humaine que l'on peut parfois modifier pour parvenir à intégrer un univers sexué plus égalitaire. Le féminisme de Djemila, c'est la pilule contraceptive. Djemila prône la société ouverte à travers son optimisme laïque.

A contrario, le féminisme défendu par Mme Awada considère la culture comme une « extension de l'ordre naturel » de la femme dont celle-ci ne peut se défaire sans procéder à un grand déracinement. La femme doit refléter l'endroit d'où elle vient, elle doit afficher fièrement les couleurs de son clan, de sa tribu. Le féminisme de Dalila, c'est la virginité. Dalila prône la société close à travers son fatalisme islamiste.

C'est ainsi que dans un langage plus « scientifique », le féminisme de Djemila Benhabib est anthropocentriste tandis que celui de Dalila Awada est écocentriste. N'en soyez pas impressionnés: le premier comprend la liberté humaine comme une manifestation de la maîtrise de notre environnement tandis que le second propose de subordonner l'Humanité à une entité divine devant laquelle elle devrait docilement s'agenouiller. Appelez-la Allah ou Mère Nature.

En d'autres mots, le féminisme de Djemila s'inscrit dans la lignée de la tradition humaniste occidentale tandis que le second entend renouer avec une conception primitive pour laquelle l'Humain doit « faire corps avec le cosmos » en renonçant à son indépendance. Le premier parait conservateur quand il représente encore le progrès, le deuxième parait progressiste quand il incarne le recul.

La liberté n'est possible que dans la mesure où l'Homme peut tracer sa route en faisant fi de certaines coutumes aliénantes comme le port du voile. L'Humain devient la bête quand il se comporte à la manière d'une vache sacrée que l'on ne pourrait changer de trajectoire sans mettre fin à ses vies antérieures.

Ces quelques éléments nous emmènent donc à réfléchir quant au type de société que nous voulons. Voulons-nous des modèles déterministes qui aspirent à encadrer la moindre facette de la vie collective et individuelle ou bien sommes-nous prêts à faire le nécessaire afin de préserver l'esprit quelque peu désinvolte d'un humanisme laïque typiquement québécois ?

C'est ainsi que se profilent à l'horizon ces deux types complètement opposés de féminismes. L'un est universaliste, inspiré des Lumières. L'autre est communautariste, inspiré du Moyen Âge.

Lequel préférez-vous ?

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