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50 nuances de Grey et l'exaltation de la sexualité

16/02/2015 11:52 EST | Actualisé 18/04/2015 05:12 EDT

Dans sa sensualité, elle se souilla avec toutes leurs idoles. Elle poursuivit ses débauches commencées en Égypte, quand ils couchaient avec elle toute jeune, quand ils tripotaient ses seins de jeune fille et déversaient sur elle leur débauche. -Ézéchiel 23,8

La sortie du film Cinquante nuances de Grey fait beaucoup parler, et écrire. Qu'il soit un navet ou non, le long-métrage suscite de vives réactions relatives à la place de la sexualité dans notre société. On parle de clichés machistes, du caractère sexiste du propos et des effets potentiellement néfastes que peut avoir le film sur les jeunes générations. Autant de préoccupations légitimes qui doivent être prises en considération.

Il n'en demeure pas moins qu'une multitude d'analyses vieillissantes sont couramment invoquées dans les médias pour tenter d'expliquer le phénomène. Car l'hypersexualisation continue d'être perçue à travers l'américanisation du monde et le filtre d'une sociologie d'inspiration marxiste. La sexualité est presque uniquement vue comme un construit social aliénant dont l'individu doit s'émanciper pour atteindre l'équilibre sexuel.

Mais sans en faire l'unique élément de réponse, se pourrait-il que le véritable déchaînement sexuel auquel nous assistons soit lié à quelque chose de beaucoup plus vaste qui nous dépasse? Les talons aiguilles et le rouge à lèvres aux couleurs de la passion relèvent-ils seulement de la force de l'industrie?

Babylone est de retour

Nous pourrions résumer l'histoire occidentale comme une gigantesque entreprise de maîtrise de la nature. Combinée au rationalisme grec, la pensée judéo-chrétienne a mené à la dévalorisation du corps et des instincts au grand bénéfice de l'Esprit. Si l'encadrement des plaisirs est l'apanage de toutes les grandes civilisations, nous pouvons penser que l'Occident judéo-chrétien est une civilisation qui a particulièrement prôné la domestication des sens au nom de la morale. Mais la prohibition est terminée.

Fidèle à ses aspirations, l'Occident s'est projeté hors du monde et des enveloppes corporelles pour imaginer un monde meilleur délivré du péché originel. Le mépris de la matière a engendré ce goût pour l'intellectualisme et cette canalisation des désirs. On dit d'un homme distingué qu'il sait gérer ses émotions. L'univers judéo-chrétien est un gentleman cravaté qui a refusé de prendre part aux orgies collectives des temps primordiaux.

Ce n'est pas tant qu'il faille uniquement attribuer à la seule morale judéo-chrétienne tout le rigorisme qui a maintenu la société dans cet état de rétention sexuelle pendant ces centaines d'années. Il s'agit bien de constater que ce monde-là s'est épuisé. De réaliser que l'Esprit n'est pas toujours plus fort que la matière et que les rêves de droiture sont fatigués. La pratique ascétique du sport et le culte du corps qui l'accompagne ne participent-ils pas de ce retour du sensoriel dans la société ?

Les féministes peuvent se tromper

Les féministes peuvent donc se tromper lorsqu'elles affirment que l'hypersexualisation est un produit taillé sur mesure par le capitalisme pour empocher encore plus d'argent. Elles peuvent se tromper lorsqu'elles disent que la pornographie n'est qu'un autre moyen d'assujettir les femmes à des fins mercantilistes. Force est de constater que nous assistons plutôt à une esthétisation du monde et à la recrudescence du paganisme. Babylone est de retour.

Nous pouvons même nous demander si le refoulement sexuel ne tiendrait pas du même réflexe que celui qui camoufle les paquets de cigarettes sous des avertissements inutiles et le corps des femmes sous des voiles de la pudeur. Les concours de beauté et les mises en scène pornographiques sont-ils vraiment le fruit d'une société sans âme ou plutôt celui d'un inconscient collectif qui refuse de se plier aux exigences de la bonne conduite ? Ces lèvres dociles et ces jets outranciers ne révèlent-ils pas le retour en force d'une sexualité archétypale ?

Le corps est redevenu un emblème qui s'inscrit presque dans une dynamique carnavalesque. Les habits noirs et blancs ont cédé leur place aux couleurs vives, aux excentricités vestimentaires, aux pantalons moulants et aux décolletés plongeants. La sensualité a pris le relai en profitant de l'épuisement de la morale : n'en déplaise aux sociologues qui y verront toujours la preuve d'une domination masculine orchestrée par les forces du mal.

Acceptation d'une certaine animalité. Voilà qui peut déplaire et qui, certainement, peut poser problème. Mais osera-t-on le reconnaître ?

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