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Finale Canada-Suède: pourquoi je ne prenais pas pour les rouges

24/02/2014 12:56 EST | Actualisé 25/04/2014 05:12 EDT

Ils sont assez rares les Québécois qui n'auront pas succombé à la frénésie olympique. Ils sont encore plus rares ceux qui n'auront pas subitement développé un sentiment d'appartenance envers la «nation» canadienne pour se sentir représentés à Sotchi. Même les plus «nationalistes» se sont vus arborer l'unifolié en catimini en attendant que l'improbable se produise: que le Québec devienne un pays.

Un sentiment national à l'abandon

Les nationalismes, même les plus modérés, ont la vie dure par les temps qui courent. Le traumatisme induit dans l'imaginaire collectif de l'Occident, durant la Seconde Guerre mondiale, rend dorénavant suspecte toute manifestation un peu trop forte des sentiments nationaux. Quiconque défend son pays avec un peu trop d'intensité se voit automatiquement suspecté de fascisme. Les Olympiques font ainsi exception à la règle en permettant temporairement aux patriotes du jour de goûter le fruit défendu.

Mais la promotion effrénée de la diversité culturelle qui a vu le jour après les dérapages du nationalisme européen demeure symptomatique de l'abandon graduel du modèle de l'État-nation. Les pays qui veulent se donner bonne conscience érigent en dogme leur politique interne de multiculturalisme. C'est le cas du Canada qui s'est longtemps pensé comme le laboratoire de l'utopie. La nation est remplacée par la juxtaposition infinie des différentes communautés culturelles. La médaille d'or revient certainement au Canada en ce domaine.

Il faut aussi rajouter à ces éléments le phénomène de la mondialisation qui engendre des «citoyens du monde» tout en dévoilant les côtés sombres du cosmopolitisme. Toutes les valeurs ne sont pas compatibles ni moralement égales, mais plusieurs s'obstinent à croire que le salut de l'Humanité passe par le métissage interculturel. L'Histoire ne leur donnera pas raison.

Un adultère national

C'est dans cette atmosphère bien moderne que plusieurs Québécois n'hésiteront pas à troquer leur sentiment d'appartenance envers leur pays pour une poignée de médailles et quelques heures de divertissement. C'est dans cette même atmosphère que notre fierté nationale est piétinée par un pays étranger qui acceptera toujours les médailles gagnées en son nom, mais qui n'acceptera jamais notre indépendance.

Pour employer un québécisme bien répandu: dans la Belle Province, certaines personnes changent de pays aussi souvent qu'elles changent de bobettes. Notre époque est infidèle: nous sommes prêts à tout pour plaire à l'Autre. Nous sommes même prêts à nous prostituer en vue de l'obtention de la sainte approbation internationale.

Inutile de faire un détour: il y a quelque chose de vraiment malheureux dans le fait de supporter une nation étrangère qui ne respecte même pas nos propres choix politiques. Il ne s'agit ici pas de verser dans la démesure, car le sport n'efface aucunement la dimension politique de l'acte: supporter si aveuglement le Canada à Sotchi est symboliquement un acte de trahison.

Les Olympiques me réjouiront le jour où le Québec sera pleinement indépendant.

En attendant, dimanche matin, je prenais pour la Suède.

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