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Énergie: le Titan du 21e siècle

16/05/2016 09:10 EDT | Actualisé 17/05/2017 05:12 EDT

L'humanité est aujourd'hui à la fin d'une étape importante de son histoire. Derrière nous, un incroyable voyage prospère, déclenché au 19e siècle, par l'éclosion de l'immense potentiel énergétique du pétrole et du charbon. Devant, un futur rempli d'espoir, mais certainement pas sans obstacle. Causé par la combustion de ces sources d'énergie, le réchauffement climatique sera le plus grand défi de notre siècle.

Voilà pourquoi, il est impératif de mettre de l'avant de grandes solutions à ce grand problème. La société québécoise, championne de la lutte aux changements climatiques, se doit d'être à l'affût des opportunités internationales dans ce créneau. C'est dans cette optique, que je vous entretiendrai aujourd'hui du plus grand projet énergétique de tous les temps, à lui seul, plus important que toutes les stations d'Hydro-Québec réunies. Il serait possible pour nous, de s'investir dans ce projet titanesque, aux retombées potentiellement immenses pour le Québec.

Transportons-nous en République Démocratique du Congo, pays d'Afrique subsaharienne. À l'embouchure du 2e plus important bassin versant au monde, environ 200 km au sud-ouest de Kinshasa, se trouve un site au potentiel énergétique sans égal. Avec une puissance disponible deux fois supérieur au site détenant le record mondial actuel, il n'en faut pas plus pour décrire l'envergure du projet. Le complexe hydroélectrique de Grand Inga sera le berceau de 40 000 MW sur le fleuve Congo.

Les données sont sans équivoque, la population africaine quadruplera au cours du 21e siècle. En plus de s'urbaniser rapidement, les États africains voudront transformer cette augmentation démographique en développement économique. Pour ce faire, ils n'auront d'autre choix que de mettre à la disposition des citoyens et des industries une énergie propre et renouvelable. Sans cette vision, les États devront se tourner vers le pétrole et le charbon pour combler l'explosion de leur appétit énergétique. Le drame humain des métropoles chinoises et indiennes deviendrait rapidement la norme sur le continent. L'Afrique étant au coeur des impacts les plus directs du réchauffement climatique, le coût de l'inaction est incommensurable.

La bonne nouvelle est la suivante, Grand Inga est au centre de ce boom démographique. L'axe Nigéria, RDC-Angola et Afrique du Sud sera le berceau de centaines de millions de nouveaux Africains au 21e siècle. La position géographique du site hydroélectrique se présente donc comme un argument de poids à sa réalisation.

L'Afrique ne peut tout simplement pas se payer le luxe de commettre les erreurs des pays industrialisés au 20e siècle. Les énergies propres et renouvelables doivent être au coeur de leurs développements. Plusieurs commentateurs croient à tort que l'énergie solaire et éolienne combleront tous les besoins futurs du continent. Bien que complémentaires au défi énergétique, seuls des projets comme Grand Inga peuvent répondre aux besoins des nations en pleine industrialisation. Sinon, les énergies fossiles devront combler les vides liés à l'intermittence des sources réputées vertes. De nouveaux hôpitaux, écoles, infrastructures de transport, usines d'eau potable et manufactures sont actuellement impensables sans réseaux électriques de grande capacité, alimentés par des stations électriques fiables et constantes.

Par contre, ne nous leurrons pas, les défis de ce projet sont nombreux. Survolons ensemble quelques-uns des plus importants.

Géopolitiquement, la région mère du projet est encore et toujours très instable. Guerres, corruption et révolutions rodent toujours à l'horizon. Le succès de Grand Inga passe par la construction d'un vaste réseau de transport électrique moderne. Ce réseau devra s'étioler vers les grands centres de population de l'Afrique de l'Ouest jusqu'au sud du continent. Soutenir un réseau fiable et intègre, traversant plusieurs pays avec leurs accords, est un casse-tête en soi. La puissance titanesque de Grand Inga est telle, qu'elle pourrait, à elle seule, fournir l'électricité aux métropoles de Lagos, Douala et Johannesburg.

Autre défi, beaucoup plus subtil: la création d'une volonté populaire pour l'accès à l'électricité résidentielle. Ce concept tout à fait naturel en Occident est souvent inconnu sur le continent africain. Rien de plus normal pour nous, que de se chauffer, laver le linge ou se divertir grâce à l'électricité. Cela n'est pas le cas au sud du Sahara. En effet, beaucoup d'habitants n'ont besoin d'électricité que pour recharger leur téléphone cellulaire, ce qu'ils peuvent faire au marché par exemple. Sans compter les défauts de paiement de factures électriques, monnaie courante dans ces régions. Lorsque disponible, l'électricité devient souvent dans l'esprit des consommateurs, un droit acquis.

La rentabilisation de Grand Inga passe nécessairement par le développement de l'électrification des résidences et le changement des moeurs. Les distributeurs électriques devront développer des solutions technologiques modernes pour résoudre ce problème. Selon moi, la coopération entre fournisseurs électriques et fournisseurs de télécommunications est la clé de ce défi.

La dernière complication, et non la moindre, se veut financière. La banque mondiale, grand promoteur du projet, peine à trouver les appuis nécessaires à la capitalisation du projet. La prochaine phase, Inga 3, annoncée fin des années 2000, est systématiquement retardée. Soyons francs, pourquoi des banquiers investiraient 80 milliards de $ (estimation haute du projet) dans une aventure aussi risquée, quand ils doivent maximiser les profits pour le prochain trimestre? Ceci jumelé au fait que l'expertise locale ne soit pas en mesure de réaliser le projet, les promoteurs du projet sont dans l'impasse financière.

Vous comprendrez que je ne perdrais pas mon temps à énoncer tout cela si je n'avais pas les solutions. Ces dernières se trouvent à plus de 10 000 km de Grand Inga, ici au Québec. Je travaillais d'ailleurs sur ce texte lorsque cet article du journal Les Affaires parut. Il semble que le changement de garde à la société d'État Hydro-Québec soit de bon augure pour les expansions internationales de l'entreprise. Rêve que je chéris grandement.

De retour aux solutions, nous avons la chance d'avoir ici, une expertise hydroélectrique inégalée à travers le monde. Un modèle de succès prouvé sur plusieurs dizaines de chantiers, tant en transport d'électricité, en distribution intelligente qu'en production. Avec une feuille de route impressionnante, sur plus de 50 années, dans des conditions climatiques difficiles, avec des communautés locales réfractaires et des problèmes de logistique titanesques, le génie québécois est mature pour ce grand défi. D'ailleurs, la stagnation de la demande du marché régional nous pousse naturellement vers de nouveaux horizons. Autre fait à noter, nous avons la chance de partager avec la République Démocratique du Congo un langage commun. L'usage du français dans nos deux sociétés favoriserait nos chances de réussite.

En somme, pourquoi est-ce que ce projet devrait être financé, géré et construit par des Américains ou encore des Chinois? Ces derniers étant d'ailleurs très agressifs sur le marché international depuis quelques années. La société québécoise a tout le bagage nécessaire pour mener à bien le plus grand projet énergétique du 21e siècle. Continuons d'être les leaders de la lutte aux changements climatiques. Finançons et construisons Grand Inga, tout en transmettant notre savoir aux Congolais. Ce projet, gage de prospérité et de développement durable pour les 100 prochaines années, est une opportunité de rayonnement grandiose.

Maintenant, aurons-nous l'audace nécessaire?

Ce texte n'engage que mon opinion citoyenne et les sources sont parfois anglophones afin de fournir l'information la plus précise possible.

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