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Prévention du cancer: les ravages de l'autre chimio

17/10/2016 10:03 EDT | Actualisé 17/10/2016 10:03 EDT

Les débats entourant l'important livre de Josée Blanchette, Je ne sais pas pondre l'œuf, mais je sais quand il est pourri, mettent en lumière des dogmes et des tabous touchant plusieurs sujets liés au traitement du cancer. Ces débats sont d'autant plus importants que le cancer et ses traitements sont souvent extrêmement durs physiquement et socialement, mais aussi parce que deux Canadiens sur cinq risquent de recevoir un diagnostic de cancer au cours de leur vie. Par contre, un aspect fondamental des débats n'ayant pas été soulevé est le rôle des substances toxiques présentes dans notre environnement dans la hausse dramatique des taux de cancers depuis la deuxième moitié du 20e siècle.

Il y a un consensus scientifique bien établi à l'effet que les cancers sont d'origine multifactorielle, c'est-à-dire qu'ils sont issus d'une combinaison de facteurs génétiques, environnementaux et liés au mode de vie, qui interagissent constamment les uns par rapport aux autres. De plus, la composante génétique dans l'équation ne se limite plus seulement à la présence de mutations génétiques spécifiques augmentant le risque de certains cancers. Il est maintenant reconnu que des substances chimiques toxiques, appelées « perturbateurs endocriniens » (PE), peuvent causer des changements épigénétiques qui dérèglent la manière dont les cellules interprètent des messages envoyés par des gènes. Certains de ces changements épigénétiques peuvent même devenir héréditaires. Ainsi, les substances chimiques de notre environnement ont un impact sur la vie et les maladies humaines, bien au-delà de ce que nous avons connu jusqu'à présent.

Un cocktail toxique

Même si les PE mènent à un éventail de problèmes de santé comme les cancers, l'obésité, les problèmes de développement neurologique, les malformations du système reproducteur masculin et plus encore, ils ne causent pas la mort, ou pas directement. Ils mènent toutefois à une épidémie de maladies chroniques et contrairement aux maladies contagieuses, les maladies chroniques sont banalisées et donc ne suscitent pas l'inquiétude nécessaire pour allouer des ressources pour la prévention.

En effet, notre système de réglementation des substances toxiques est tellement laxiste que nous n'avons même pas pris la peine d'interdire le bisphénol A (BPA). Le BPA est utilisé à grande échelle dans les plastiques et les époxys, notamment dans les bouteilles de plastique et dans le revêtement des boîtes de conserve, où il transmigre dans les aliments et les liquides qu'elles contiennent. Dans le document d'évaluation d'Environnement Canada, il est inscrit que « le bisphénol A a des effets toxiques aigus chez les organismes aquatiques et peut avoir une incidence défavorable sur le développement et la croissance de certains organismes terrestres et aquatiques. Des données indiquent que l'exposition à faible dose de bisphénol A, en particulier à des stades sensibles du cycle biologique de développement, peut entraîner des modifications permanentes des capacités hormonales, développementales ou reproductives. »

Nous culpabilisons les gens en leur disant que leurs habitudes de vie constituent la clé de la prévention du cancer, mais nous laissons des industries introduire des tas de substances chimiques dans notre environnement.

Des recherches accumulées sur plusieurs décennies démontrent le lien direct entre le BPA et des maladies, alors pourquoi est-il toujours utilisé à grande échelle ? En effet, Environnement Canada surveille la situation; le BPA a quand même été banni des biberons de bébé (mais non des revêtements à l'intérieur des boîtes de préparation lactée pour nourrissons). En réaction à la pression des consommateurs pour enlever le BPA des différents produits qui en contiennent, des industries ont développé des substances alternatives, notamment le bisphénol S. Toutefois, les recherches jusqu'à ce jour indiquent que le bisphénol S est encore plus toxique que le bisphénol A, et donc, les luttes continuent. Le BPA ne constitue qu'un seul exemple parmi des centaines d'autres.

Notre système de réglementation au Canada nous oblige à mener une lutte réactive pour faire interdire des substances toxiques après des années de préjudices à la santé humaine et à l'environnement. Entre-temps, des milliers de Canadiens peuvent développer des maladies dues en partie à des expositions toxiques.

Le droit de vivre dans un environnement sain

Nous culpabilisons les gens en leur disant que leurs habitudes de vie constituent la clé de la prévention du cancer, mais nous laissons les industries alimentaires, cosmétiques, agricoles, chimiques et pétrolières introduire des tas de substances chimiques dans notre environnement. Tout le monde est exposé à ces substances souvent à son insu. Personne n'y échappe. Et personne ne peut prévenir ou guérir le cancer par la force de sa volonté. Le cancer est une maladie industrielle en partie due à ces produits chimiques, et la pire des chimios est celle qui nous est assénée chaque jour de notre vie. Pour aider nos amis qui subissent les assauts du cancer, il faut arrêter de porter des rubans (et des lunettes) roses et commencer à exiger des industries et des gouvernements qu'ils nous protègent et qu'ils rendent des comptes sur les effets de ces produits chimiques qui font maintenant partie de notre environnement au quotidien.

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