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Cet enfant difficile à aimer

04/03/2016 11:55 EST | Actualisé 05/03/2017 05:12 EST

Cela m'attriste beaucoup, mais oui, un de mes enfants est difficile à aimer. Elle est pourtant si belle et attachante, intelligente, drôle et vive d'esprit. Mais malgré cela, constat d'échec paternel, elle me tombe parfois sérieusement sur les nerfs!

Elle parle fort, se plaint constamment de tout et de rien, explique beaucoup trop chaque petite chose ou événement de sa journée dans les moindres détails et se fond en larme pour à peu près rien. Parce qu'il y a un fil qui dépasse de son chandail, parce que son ketchup a touché à son pogo dans l'assiette, parce que le savon coule au fond du bain. Bref, parce que, point.

Je devrais quand même vous mettre en contexte. J'ai trois enfants, deux filles de sept et cinq ans et le petit dernier, un garçon de 4 ans. Oui, c'est rapproché!

L'ainée, c'est celle qui veut plaire à tout prix et juste être aimée. Toujours aidante et prête à mettre la main à la pâte pour ramasser la maison ou s'occuper de son petit frère lorsqu'on a les bras pleins.

Le plus jeune, lui, c'est notre petit clown national, souriant et farceur. Il est toujours à deux doigts de faire semblant de tomber ou de faire un petit pas de danse tout croche pour nous amuser. Velcro de maman à temps plein, il est un peu bébé pour son âge, mais comme c'est le dernier, on s'en fout!

La petite du milieu, elle, est on ne peut plus différente des deux autres. Entêtée et moqueuse par moment, elle a tout un caractère et c'est la seule des trois qui fait des crises de bacon. Elle vient de commencer la maternelle et à chaque retour de l'école, c'est comme si elle revenait endurcie d'un séjour à l'ombre. (Ça veut dire en prison)

Mes interactions avec elle sont souvent teintées d'une impatience cumulée la veille dont je semble ne pas être en mesure de me départir pendant la nuit. Un genre de fatigue accumulée. Peu importe la journée qu'on a eue, en famille et de quelle façon elle s'est terminée, avec les deux autres, les cadrans repartent à zéro le matin. Mais avec elle, je suis toujours un peu à vif.

Quand le matin, elle me lance sèchement, le bol de céréales servi, que « ce n'est pas ça qu'elle voulait dans le fond! » C'est comme ci je m'y attendais, j'étais presque prêt à être fâché.

Le soir venu, je me surprends parfois, après avoir réussi à tous les coucher (3 verres d'eau, 4 pipis et 2 faux cauchemars plus tard...) à passer en coup de vent dans sa chambre pour le dernier bec, au lieu de prendre le même temps qu'avec les autres pour discuter et rire un peu.

Et ça, c'est quelque chose qui me déçoit vraiment.

Mais j'ai récemment compris quelque chose à propos de notre relation tumultueuse que je ne voyais pas avant. Ça m'est apparu tout d'un coup, pendant une petite séance de jogging où je m'impatientais contre un tapis roulant qui faisait des siennes et un lacet de soulier récalcitrant.

Ces traits de caractère, ces petites manies désagréables qui me dérangent tant chez ma fille, sont les mêmes qui m'habitent depuis toujours et que je m'efforce d'améliorer ou d'éliminer. Son fort caractère, son impatience, son besoin de tout expliquer... C'est moi!

Et là, à cet instant précis, au moment où j'ai réalisé qu'elle était comme moi, que j'étais comme elle, j'ai réalisé que la raison pour laquelle nous avions tant de difficultés ensemble n'était pas par manque de patience ou d'amour pour elle, c'était par manque d'amour pour moi.

Ma fille, c'est moi. Elle a mes traits, ma personnalité, mes qualités, mes défauts et je réalise maintenant que cette projection de ma personne, version miniature, me confronte quotidiennement à une dure réalité. Celle où je ne suis pas l'homme que j'aimerais être, celle où j'ai de la difficulté à m'améliorer et me confronte au fait que je ne m'aime peut-être pas autant que je devrais.

Depuis que j'ai réalisé cela, ma relation avec « mini-moi » ne cesse de s'améliorer. Quand la tension monte et qu'une confrontation se pointe à l'horizon, je me questionne maintenant sur un point important: je me fâche, car ce qu'elle fait est mal, ou je fâche, car elle fait comme moi et je déteste réagir ainsi?

Récemment, ma fille et moi sommes devenues beaucoup plus proches et je suis fier de ce que j'accomplis avec elle chaque jour. Nous partageons énormément et à travers nos discussions (car oui, il est possible de discuter avec une petite fille de cinq ans, vous devriez essayer) nous apprenons à mieux nous connaître et à nous accepter mutuellement.

Non, elle n'est pas dure à aimer, elle est parfaite. Je dois simplement apprendre à m'aimer davantage et par le même fait, accepter et aimer ceux qui sont comme moi, un peu perturbé!

Pour suivre la vie de père de famille de Jeff, consultez son blogue.

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