LES BLOGUES

Une autre semaine dans le fiasco de la réforme Barrette

Au cours des prochaines semaines, nous allons faire la démonstration que le réseau est en train de craquer par en dedans.

02/10/2017 14:21 EDT | Actualisé 02/10/2017 14:21 EDT
LA PRESSE CANADIENNE
Tant que la priorité de notre médecin/ministre et notre médecin/premier ministre est de donner les clés du réseau à ces travailleurs autonomes qui sont les médecins, il va être impossible d'offrir les conditions nécessaires pour que le réseau puisse embaucher assez de monde qualifié pour offrir une stabilité dans les services, ainsi qu'un deuxième bain !

La résistance à un état de cynisme permanent est un combat de tous les instants. La semaine dernière, le ministre Barrette m'a encore une fois forcé de rouler la langue 7 fois avant de m'exprimer sur le fiasco de sa réforme !

Du jeu journalistique aux investissements pour un 2e bain

Comment ne pas céder au cynisme avec son annonce sur un changement de cap quant à un 2e bain pour les résidents de CHSLD. Sur toutes les tribunes, depuis plus d'un an, notre médecin/ministre se donne en exemple !

Il a répété partout que donner 2 bains n'était pas nécessaire et qu'on pouvait bien laver les résidents à la débarbouillette. Il s'est présenté pendant des mois comme une victime d'un jeu journalistique pendant que le reste de la population s'inquiétait du sort des aînés et des personnes handicapées en CHSLD.

Ne parlez surtout pas de la rémunération des médecins !

Donc la semaine dernière (mercredi matin pour être plus précis), l'entente entre le gouvernement et les médecins omnipraticiens a été dévoilée sur la place publique. Quelques heures plus tard, le ministre annonce la bonne nouvelle ! Un 2e bain pour tout le monde en CHSLD qui le désire !

Quelle piètre tentative de diversion pour ne pas parler de la rémunération des médecins. Donc j'embarque : parlons de la réalité. Parlons de la probabilité que cette annonce s'applique avant les prochaines élections. Parlons de la probabilité qu'on dépense même la moitié de ces 36 millions de dollars avant les prochaines élections. Finalement, parlons du cynisme qui va être cultivé, d'abord chez les résidents et ensuite chez les préposés aux bénéficiaires (PAB) parce que cette annonce ne trouvera certainement pas une application concrète sous peu, à moins que ça soit dans des conditions misérables.

C'est certain que si le ministre a dû réinvestir dans les CHSLD c'est parce que la pression populaire était devenue trop forte grâce aux nombreuses sorties que nous et d'autres groupes de la société avons faites pour dénoncer la situation. Mais Barrette a fait cette annonce d'investissements en sachant bien que cela serait bien difficile de réaliser concrètement le 2e bain avant les élections. Les problèmes vécus dans les conditions de travail du personnel des CHSLD rendent la réalisation de cette promesse bien difficile à court terme. Et si on se fie à la dernière campagne électorale, si les libéraux sont élus, le projet d'austérité va revenir dans les jours qui suivent la journée d'élections!

C'est certain que si le ministre a dû réinvestir dans les CHSLD c'est parce que la pression populaire était devenue trop forte grâce aux nombreuses sorties que nous et d'autres groupes de la société avons faites pour dénoncer la situation. Mais Barrette a fait cette annonce d'investissements en sachant bien que cela serait bien difficile de réaliser concrètement le 2e bain avant les élections.

Pourquoi il n'y aura pas de 2e bain bientôt dans les CHSLD, même si la demande du milieu est un minimum !

Comme vous vous rappelez probablement, l'année dernière le ministre a fait une annonce pour ajouter 65 millions de dollars dans les CHSLD, essentiellement pour embaucher des PAB. Assez rapidement, le problème pour trouver du personnel qualifié s'est manifesté dans toutes les régions.

Cet été, plusieurs CIUSSS et CISSS ont lâché prise quant à la possibilité de trouver des PAB qualifiés. On a décidé de procéder à l'embauche de PAB sans les qualifications requises normalement. C'est comme dire que n'importe qui peut offrir des soins donnés par un PAB.

Notre syndicat FSSS-CSN dans la région du Cœur du Québec a eu la bonne idée de négocier la mise en place d'un projet pilote qui permet aux personnes embauchées de se mettre à niveau en suivant des cours en plus de faire des heures pour l'établissement. Il faut s'assurer que les préposés sont formés et bien appuyer dans leurs milieux pour donner de bons soins.

Soyons très clairs ! Le travail d'un PAB est très exigeant. De plus en plus, on commence à exiger du temps supplémentaire obligatoire à cause de la pénurie des PAB. Et c'est sans parler de la violence qui augmente dans les établissements ! La semaine dernière, pendant la canicule, au CHU de Sherbrooke, il y a eu 9 codes blancs. Un code blanc est lancé à l'hôpital lorsqu'un patient est en crise et doit être maîtrisé physiquement. D'ailleurs, au CHUS (entre autres établissements), nous avons longtemps soutenu une revendication qui visait la reconnaissance des intervenants du milieu.

Lever notre chapeau pour souligner le travail du personnel !

Je ne peux que lever bien haut mon chapeau en reconnaissance du travail extraordinaire que ces personnes font, et ce, sans l'appréciation du milieu et encore moins l'appréciation du ministre.

Comme c'est de plus en plus le cas dans le secteur public, c'est un travail mal payé. De plus en plus de travailleuses et travailleurs vivent d'un chèque de paie à l'autre, sans marge de manœuvre. Si la tendance se maintient, ce n'est pas demain qu'on va créer des conditions où le monde va dire : « j'ai le goût de faire carrière comme PAB ». Ce n'est pas demain non plus qu'on entendra le personnel dire : « On va me reconnaître pour le travail important que je fais et que de plus, je suis capable de vivre correctement avec le salaire et les heures qu'on m'offre ».

La priorité : revoir le mode de rémunération des médecins

Tant que la priorité de notre médecin/ministre et notre médecin/premier ministre est de donner les clés du réseau à ces travailleurs autonomes qui sont les médecins, il va être impossible d'offrir les conditions nécessaires pour que le réseau puisse embaucher assez de monde qualifié pour offrir une stabilité dans les services, ainsi qu'un deuxième bain ! Personne n'est en désaccord avec le fait que les médecins soient très bien payés ! Mais 46 % d'augmentation depuis 4 ans ?

Sans changement au mode de rémunération des médecins, il est illusoire de penser qu'il va en rester assez pour faire les embauches nécessaires dans les autres catégories d'emploi qui permettraient une vraie amélioration de services.

Au cours des prochaines semaines, nous allons faire la démonstration que le réseau est en train de craquer par en dedans. Le ministre le sait. Les directions le savent. Et les annonces préélectorales du ministre ne seront pas suffisantes pour recoller les morceaux !