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Le monologue libéral, symptôme des attaques à nos services publics

Depuis une quinzaine d'années, nous expérimentons cette tendance avec des personnalités fortes qui «passent à l'action»...

12/12/2017 10:52 EST | Actualisé 12/12/2017 10:52 EST
Mario Beauregard/PC
Gaétan Barrette

Est-ce que vous vous demandez si la mode des politiciens qui imposent leur loi sur la population va se terminer bientôt ? Depuis une quinzaine d'années, nous expérimentons cette tendance avec des personnalités fortes qui « passent à l'action ». Fini les consultations ! Pour eux, le simple fait d'avoir gagné une campagne électorale leur donne le droit de procéder sans d'autre interférence. Donald Trump est l'exemple extrême de ce type de politicien, mais il y en a beaucoup d'autres à des degrés qui varient.

L'absence de dialogue sous les libéraux de Charest

Depuis le début des années 2000, nous avons accentué la politique de confrontation à partir du bureau de l'élu, au lieu de promouvoir la consultation et le dialogue. Le discours du premier ministre élu, Jean Charest, dans les minutes qui ont suivi l'annonce de sa victoire en 2003, en fut un de confrontation. Ce qu'il disait essentiellement, c'est qu'il avait un mandat clair pour procéder à l'imposition de son programme, contre vents et marées.

Le conflit étudiant de 2012 est un bon exemple quant au manque d'ouverture au dialogue social des libéraux. Au lieu de parler des enjeux soulevés par une partie importante de la population, il a essentiellement changé de sujet pour ne parler que de la violence, quitte à la provoquer lui-même avec les outils à sa disposition.

Du pareil au même sous le gouvernement Couillard

Récemment, il y a eu deux nouvelles qui confirmaient ce que le monde dans le milieu de la santé et des services sociaux sait depuis le printemps 2014. Gaétan Barrette est un populiste qui gouverne par imposition, sans consultation et sans remise en question.

La première nouvelle provenait du milieu de la santé qui a dénoncé à nouveau la volonté du gouvernement Couillard d'abolir le poste de commissaire à la santé indépendant du gouvernement. Le commissaire à la santé et au bien-être jouait un peu le rôle de vérificateur général pour le réseau. Au lieu de s'en tenir uniquement aux dires du ministère de la Santé et des Services sociaux, il a pour rôle de vérifier si les programmes et les réformes des ministres répondent aux besoins de la population. Ce n'est donc pas surprenant qu'un ministre comme Gaétan Barrette, qui veut éliminer toute résistance à sa réforme, abolisse ce poste essentiel.

Nous sommes intervenus sur cette question avec le collectif que nous avons créé autour de 15 grandes solutions visant à assurer la pérennité du système de santé. Une conférence de presse dénonçait aussi la situation avec des critiques sévères : « Selon Me Ménard, Gaétan Barrette exerce une "forme de bullying". « Il envoie un message à l'INESSS aussi, en disant de ne pas aller sur le terrain des impacts sur la population, a-t-il avancé. Tout le monde dans le réseau le dit, la centralisation des pouvoirs dans les mains du ministre est excessive. »

Paul Brunet, du conseil pour la protection des malades est aussi sévère, « croit qu'une 'loi du silence' s'incruste dans le réseau. 'On a évacué toute forme possible de critique. J'étais au forum sur les CHSLD en novembre 2016. Les présidents-directeurs généraux étaient autour de la table et ils n'ont pas dit un mot, a-t-il relaté. Personne n'a osé critiquer. C'est un silence que je n'ai jamais vu en 20 ans. Il fait état de confidences de cadres qui ne peuvent plus parler des indicateurs de gestion s'ils sont négatifs. »

J'étais moi-même présent dans une salle de plusieurs centaines de gestionnaires du réseau dans les semaines suivants l'élection du gouvernement Couillard, lorsque le ministre Barrette a pris la parole pour dire aux gestionnaires que son gouvernement allait adopter une réforme dans les prochaines semaines et que les gestionnaires allaient l'appliquer telle quelle, 'sinon, il y aurait des conséquences !'

Deuxième nouvelle cette semaine, Isabelle Hachey a fait un rapport sur les tactiques du Dr Barrette.

Dans cet article, on apprend que : « Le 3 septembre 2009, Gaétan Barrette a téléphoné au chef du département, Robert Filion, et menacé de 'tout faire pour nuire au département', 'd'attaquer personnellement tous les associés' et de les 'détruire un à un', peu importe les 'dommages collatéraux' que cela pourrait causer, lit-on dans la décision rendue en avril 2013 par la Cour supérieure. »

Une critique encore plus percutante vient du Dr Stéphane Carignan : « Nous sommes sous le coup d'une fatwa. M. Barrette a dit qu'il nous détruirait et a mis ses menaces à exécution. C'est exactement ce que j'ai vécu. »

Soyons clairs, je ne me prononce pas sur la pertinence clinique ou non de la position des acteurs, mais sur la façon d'imposer sa vision qui caractérise les moindres actes du Dr Barrette.

Soyons clairs, je ne me prononce pas sur la pertinence clinique ou non de la position des acteurs, mais sur la façon d'imposer sa vision qui caractérise les moindres actes du Dr Barrette. En lisant l'article dans La Presse, l'image qui me restait en tête, c'est l'image d'un homme qui utilise une forme de violence et d'intimidation pour imposer sa façon de faire. Pour lui, la fin justifie les moyens.

Pendant les premières années de son mandat, il a été capable d'imposer sa loi. D'un point de vue de perception du public, Barrette pouvait prétendre gagner son pari jusqu'à maintenant, et ça, au détriment des services accessibles et de qualité, particulièrement aux populations les plus vulnérables. Je l'ai entendu dire encore cette semaine à Radio-Canada qu'il est faux de prétendre qu'il a coupé des services de santé mentale. C'est tellement gros que je ne peux m'empêcher de me demander s'il se croit lui-même.

C'est maintenant notre travail de nous assurer au cours de l'année qui vient que la vérité sorte. Les travailleuses et travailleurs du réseau savent trop bien que les supposés bienfaits de la réforme du Dr Barrette sont une illusion. Pendant plus de 3 ans, il y a eu zéro espace pour questionner les méthodes du bon docteur. Espérons que ce temps achève.