Jean-Philippe Cipriani

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Bock-Côté: la régression ne se propose pas à mots ouverts

Publication: 23/02/2012 09:56

Lundi soir, à la Première Chaîne, je participe comme chaque lundi à l'émission Plus on est de fous, plus on lit. Je fais la chronique L'actualité vue par les livres, mais cette fois, c'est davantage le livre qui fait l'objet de l'actualité. Le sociologue Mathieu Bock-Côté vient de publier Fin de cycle - Aux origines du malaise politique québécois.

Sa question : pourquoi la souveraineté du Québec a-t-elle échoué et quelles sont les conséquences de cet échec?

Sa thèse : la gauche souverainiste est responsable de la désaffection de la population à l'égard de la question nationale. Le souverainisme tel que prôné par le PQ est mort, et les indépendantistes font fausse route en continuant d'associer leur projet à la social-démocratie.

Au passage, il fait une fois de plus le procès de la Révolution tranquille (qu'il n'a jamais connue mais qui l'a fabriqué) en prônant un retour vers les traditions et le conservatisme.

J'ai aussi écrit ce billet de blogue qui fait la recension du livre, et où je me questionne sur l'absence de prospectives, de propositions, d'avenir.

Or, si la lecture de ce livre m'a consterné, sa couverture médiatique touffue, complaisante, presque indécente m'a troublé: entrevues aux réseaux de télévision, une des journaux. Je n'y fais pas exception, puisqu'un article sur son livre a fait la une du HuffPost Québec, en plus d'avoir commis la chronique citée plus haut.

Beaucoup de temps de glace donné pour un point de vue somme toute marginal. Parce qu'au fond, Mathieu Bock-Côté est plutôt seul dans son coin.

Si l'ADQ et les conservateurs ont perdu leurs appuis au Québec après avoir aperçu le sommet, ce n'est certainement pas en raison de simples erreurs stratégiques, comme il l'affirme. C'est parce que les Québécois ont dépassé le stade du «vieux fond bleu conservateur» auquel il tente de les réduire.

Sa prémisse est erronée : les Québécois ont plutôt un fond social-démocrate. Les réactions aux politiques d'Ottawa et le dégonflement de la bulle caquiste depuis qu'elle a avalé l'ADQ le confirme.

La social-démocratie est au cœur du nationalisme progressiste québécois depuis plus de 80 ans. Et l'évacuer des «fondamentaux» du nationalisme, comme l'exprime Mathieu-Bock-Côté, ne laisse effectivement que le nationalisme de Duplessis: la langue, la tradition (folklore et religion), la chemise à carreaux et le contentement du petit pain sans rêve.

Pas d'utopie, pas d'intervention de l'État, que de la petite médiocrité sur des terres de roches qu'on appelle aujourd'hui mines. Il reste la langue, mais alors, pour dire quoi?

Pas étonnant alors, comme je le déplorais, que Mathieu Bock-Côté ne puisse formuler aucune solution ni aucun projet : la régression ne se propose pas à mots ouverts.

La souveraineté ne s'est pas faite en deux référendums et ne se fera donc pas? Des notions de géographie (enclavement) et d'histoire (Inde, Irlande, etc.) aideraient l'idéologue qu'il est. Même les fédéralistes le savent. Il faut réfléchir longtemps pour émettre plus que des formules lapidaires à la saveur du moment.

Ce livre est avant tout le fruit d'un pamphlétaire prisé des médias. Mais un penseur? À la lecture de son essai, il n'en a ni l'étoffe ni l'honnêteté intellectuelle et morale.

 

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