Lundi soir, à la Première Chaîne, je participe comme chaque lundi à l'émission Plus on est de fous, plus on lit. Je fais la chronique L'actualité vue par les livres, mais cette fois, c'est davantage le livre qui fait l'objet de l'actualité. Le sociologue Mathieu Bock-Côté vient de publier Fin de cycle - Aux origines du malaise politique québécois.
Sa question : pourquoi la souveraineté du Québec a-t-elle échoué et quelles sont les conséquences de cet échec?
Sa thèse : la gauche souverainiste est responsable de la désaffection de la population à l'égard de la question nationale. Le souverainisme tel que prôné par le PQ est mort, et les indépendantistes font fausse route en continuant d'associer leur projet à la social-démocratie.
Au passage, il fait une fois de plus le procès de la Révolution tranquille (qu'il n'a jamais connue mais qui l'a fabriqué) en prônant un retour vers les traditions et le conservatisme.
J'ai aussi écrit ce billet de blogue qui fait la recension du livre, et où je me questionne sur l'absence de prospectives, de propositions, d'avenir.
Or, si la lecture de ce livre m'a consterné, sa couverture médiatique touffue, complaisante, presque indécente m'a troublé: entrevues aux réseaux de télévision, une des journaux. Je n'y fais pas exception, puisqu'un article sur son livre a fait la une du HuffPost Québec, en plus d'avoir commis la chronique citée plus haut.
Beaucoup de temps de glace donné pour un point de vue somme toute marginal. Parce qu'au fond, Mathieu Bock-Côté est plutôt seul dans son coin.
Si l'ADQ et les conservateurs ont perdu leurs appuis au Québec après avoir aperçu le sommet, ce n'est certainement pas en raison de simples erreurs stratégiques, comme il l'affirme. C'est parce que les Québécois ont dépassé le stade du «vieux fond bleu conservateur» auquel il tente de les réduire.
Sa prémisse est erronée : les Québécois ont plutôt un fond social-démocrate. Les réactions aux politiques d'Ottawa et le dégonflement de la bulle caquiste depuis qu'elle a avalé l'ADQ le confirme.
La social-démocratie est au cœur du nationalisme progressiste québécois depuis plus de 80 ans. Et l'évacuer des «fondamentaux» du nationalisme, comme l'exprime Mathieu-Bock-Côté, ne laisse effectivement que le nationalisme de Duplessis: la langue, la tradition (folklore et religion), la chemise à carreaux et le contentement du petit pain sans rêve.
Pas d'utopie, pas d'intervention de l'État, que de la petite médiocrité sur des terres de roches qu'on appelle aujourd'hui mines. Il reste la langue, mais alors, pour dire quoi?
Pas étonnant alors, comme je le déplorais, que Mathieu Bock-Côté ne puisse formuler aucune solution ni aucun projet : la régression ne se propose pas à mots ouverts.
La souveraineté ne s'est pas faite en deux référendums et ne se fera donc pas? Des notions de géographie (enclavement) et d'histoire (Inde, Irlande, etc.) aideraient l'idéologue qu'il est. Même les fédéralistes le savent. Il faut réfléchir longtemps pour émettre plus que des formules lapidaires à la saveur du moment.
Ce livre est avant tout le fruit d'un pamphlétaire prisé des médias. Mais un penseur? À la lecture de son essai, il n'en a ni l'étoffe ni l'honnêteté intellectuelle et morale.
Suivre Jean-Philippe Cipriani sur Twitter: www.twitter.com/@jpcipriani
Yves-François Blanchet: Bock-Côté: recommencer par la droite
On se rend compte en lisant l'analyse de M. Cipriani, que la souveraineté est la chose de la Gauche et pas n'importe laquelle, la Gauche progressiste, celle-là qui a pour solution à tout nos problèmes de faire payer les riches. La même qui est pour le maintien de nos acquis en éducation, en santé puisque nous sommes les plus meilleurs, alors c'est cela la Gauche progressiste, le Statu quo.
Les élections arrive à grands pas, c'est le temps de s'envelopper dans le drapeau et d'aller chercher le vote des souverainistes, une petite étude par ici une controverse sur la langue par là, question de raviver la flamme, pendant ce temps la dette de 220 milliards '' y'a rien là '' 50 % du Québec est illettré, mais ne touchons à rien parce que la social-démocratie va nous sauvé......
Que son discours, basé sur des bases traditionalistes (langue, religion, traditions) ne rejoigne pas un électorat jeune, scolarisé et urbain, n'a pas vraiment d'importance pour Bock-Côté. Ce n'est pas son public.
C'est la nostalgie d'une certaine époque, quand l'occident dominait le monde et était bien à l'abri derrière ses frontières. Vouloir revivre cet état de grâce est tout a fait louable.
Mais pour y parvenir, le raisonnement est plutôt simple, si l'occident a perdu de son lustre (ou bien si nous n'avons pas réalisé la souveraineté) c'est que nous nous sommes éloignés de nos valeurs d’antan et nous en avons adopté de mauvaises. Avant le bon peuple québécois affichait son identité naturellement et était en symbiose avec le projet souverainiste, aujourd'hui c'est les autres cultures qui s'affichent sans complexes et le projet souverainiste est en panne. Il faut donc revenir à la situation d'avant, en affichant plus l'identité québécoise et en combattant le multiculturalisme et les élites qui le promeuvent.
Le problème c'est que la société québécoise a changé et vouloir lui appliquer des conditions gagnantes d'un passé mythifié est la meilleur façon de la désintéresser du projet souverainiste.
Si le PQ voulais disparaître politiquement et se transformer en mouvement folklorique, les conseils de Mr Bock-Coté sont tout indiqués.
Ce n'est pas de "proposer des solutions", même si à mon avis sa réflexion, par sa seule pertinence, regorge plus de solutions implicites que n'importe quel "plan d'action" ou "billet d'humeur" superficiel se voulant "tourné vers l'avenir" ;
- MBC est contre l'utopie pour des raisons philosophiques mais reste profondément attaché à la notion d'idéal en politique. Depuis quand l'idéal est-il incompatible avec des projets de société emballants ? ;
- Que voulez-vous dire en suggérant que Bock-Côté est contre l'intervention de l'État ? C'est totalement infondé. La social-démocratie n'a pas le monopole de l'État. MBC appelle au contraire à réinvestir l'État d'une charge existentielle, en opposition à l'actuelle domination des esprits comptables et corporatistes qui paralysent tant la droite que la gauche ;
- il ne dit pas que la souveraineté ne se fera pas, il dit que continuer de la promouvoir dans les conditions actuelles à la façon des "souverainistes officiels" (PQ) procède d'un mauvais diagnostic ;
- "idéologue", "pamphlétaire prisé des médias", "sans l'étoffe ni l'honnêteté morale et intellectuelle d'un penseur", vous me semblez riche en disqualificatifs ad hominem, mais bien pauvre en arguments.
Un lecteur déçu et fatigué de ce genre de papiers.
J'ai lu le livre de Mathieu Bock-Côté, et bien franchement nous n'avons pas lu le même livre.
- Bock-Côté ne fait pas le "procès" de la Révolution tranquille, il en fait le bilan. À moins d'assimiler tout exercice critique à de la mauvaise foi, je ne vois rien là de très répréhensible ;
- vous dites que les Québécois sont fondamentalement sociaux-démocrates et qu'ils auraient dépassé le "vieux fond bleu" conservateur auquel se réfère Bock-Côté. C'est intéressant mais il me semble que vous auriez pu développer davantage votre point de vue. En l'état (quelques lignes lapidaires), c'est un peu court, surtout en comparaison d'une réflexion documentée de près de 200 pages ;
- "tradition(s)" est un mot connoté, et vous le savez. Bock-Côté, comme Finkielkraut en France, n'est pas un penseur de la "tradition" mais de l'héritage. Pour lui, la conscience historique précède le politique et l'oriente. Cette conviction n'est pas partagée par tous dans nos démocraties mais elle est légitime. Cela ne fait pas de Bock-Côté un parangon du "duplessisme", du "folklore", de la "religion", des "chemises à carreaux" et du "petit pain sans rêve", pour reprendre vos propres termes ;
- Bock-Côté n'est pas un un idéateur ou un gestionnaire de focus group. C'est un intellectuel. Son rôle dans la société est de réfléchir et, ce faisant, d'inspirer ses concitoyens dans leur lecture des choses.
La fierté envers son peuple, de croire que nous sommes les meilleurs, que nous pouvons mieux réussir par nous même qu'avec les autres sont de traits de droite.
Faire du nationalisme en ouvrant les vannes de l'immigration et l'ouverture pro-active envers l'autre est la meilleure façon de réduire le tout au silence et a l'oubli.
Je suis confus. Pourriez-vous définir ce qu'est la 'droite' et ce qu'est la 'gauche' pour mieux saisir la portée de ce que vous dites?
Avez-vous déjà demandé à un immigrant s'ils se sentent visés par le 'Nous' du PQ?
"The central problem is this: how can the oppressed, as divided, unauthentic beings, participate in developing the pedagogy of their liberation? Only as they discover themselves to be 'hosts' of the oppressor can they contribute to the midwifery of their liberating pedagogy."
Ainsi, je pense que la dynamique d'émancipation, dans le cas de l'immigration, nécessite une autre perspective/dynamique. D'abord, est-ce que l'immigrant partage le même sentiment d'aliénation que le francophone du Québec?
Que dirait alors Albert Memmi?
ps: en attendant une définition de To Mo Okha sur la 'gauche' et la 'droite'.
http://ysengrimus.wordpress.com/2011/06/24/une-fois-pour-toutes-je-ne-suis-ni-federaliste-ni-nationaliste-je-suis-internationaliste%E2%80%A6/
Je suis internationaliste.
Paul Laurendeau
« De toutes les productions de l’imagination humaine, qui rendaient merveilleux le monde confus dans lequel vivait M. Bert Smallways, aucune était aussi étrange, aussi aveugle, aussi inquiétante, aussi fanatique, aussi bruyante, aussi dangereuse que la modernisation du patriotisme, amenée par la politique impérialiste et internationaliste. »
(H.G. Wells, La Guerre dans les Airs, 1908 - Traduit par Henry-D. Davray & B. Kozakiewicz, page 117, Mercure de France, 1921)
Est-ce que vous vous reconnaissez dans les politique international Canadienne?
Pas moi en tout cas.
Les Québécois ont choisi le Canada à deux reprises.
Le déni a commencé par les paroles de René Lévesque: "Si je vous ai bien compris, vous me dites à la prochaine fois?".
C'était plutôt ceci: "Si je vous ai bien compris, vous avez dit non à l'indépendance?"
Ce n'est ni de la faute à Lucien Bouchard, au racisme de Parizeau ou aux petits drapeaux rouges de Sheila Copps.
A quand la reconnaissance de la majorité?
Le problème pour les séparatistes c'est que les québécois ne veulent pas ce séparé à 65 pourcents