Jean-Nicolas Gagné

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Vous n'êtes pas objectif

Publication: 9/02/2012 10:03

Je ne crois pas en l'objectivité. Je ne suis pas objectif. Vous ne l'êtes sans doute pas non plus. J'ai un tas de préjugés. J'ai travaillé avec Mario Dumont pendant huit ans en politique et depuis trois ans à la télévision, alors je suis souvent d'accord avec lui. Je peux difficilement me qualifier de neutre lorsqu'on me demande de commenter l'actualité politique. C'est l'évidence même.

Pourtant, il y a encore une forte propension dans les médias à cultiver l'ambiguïté et faire croire à une objectivité qui n'existe pas. J'ai été interpellé par un tweet de Nathalie Collard il y a quelques jours qui se questionnait sur le rôle de Jean-Francois Lisée à Radio-Canada et la façon dont il était présenté aux téléspectateurs de Céline Galipeau. Monsieur Lisée est signé par le téléjournal de 22h comme un «auteur et blogueur». Pourtant, toujours à Radio-Canada mais cette fois-ci au micro de Catherine Perrin, Lisée a lui-même annoncé qu'il avait hérité de hautes fonctions stratégiques de la part de Pauline Marois.

En effet, Jean-François Lisée est l'émissaire nommé par la chef péquiste pour tenter de conclure une alliance tactique avec d'autres partis souverainistes comme Québec solidaire. Curieusement, il est aussi un de ceux (les rares) qui ont pris rapidement la défense de Pauline Marois lorsque Gilles Duceppe tenta un putsch au début de l'année. Est-ce que les lourdes responsabilités qui lui ont été dévolues visant à conclure un pacte avec Québec solidaire auraient joué un rôle dans la rapidité avec laquelle Lisée a défendu sa chef? Il y a là un évident mélange des genres, que la rigueur de Radio-Canada n'aurait jamais toléré si elle avait su, j'en suis convaincu...

J'admire les gens qui sont engagés en politique et je respecte au plus haut point ceux qui quittent leur chaise de gérant d'estrade pour faire du militantisme ou de la contribution politique. On ne peut en ce sens que féliciter Jean-François Lisée de sauter dans l'arène politique. Depuis qu'il a informé la plèbe radio-canadienne qu'il était maintenant chargé des pourparlers avec Québec solidaire, ce qui pourrait sauver les deux partis souverainistes du naufrage, la question se pose par contre sur le rôle d'analyste neutre, que lui confère notre vaillante société d'état.

C'est pourquoi je ne pense pas que la responsabilité de ce quiproquo revienne à Lisée lui-même. Je ne crois pas que monsieur Lisée souhaite taire ses accointances péquistes. Lui qui souvent répète, humblement, qu'il a conseillé presque tous les anciens premiers ministres péquistes de son époque. Je crois que Lisée ne verrait pas de problème à être présenté comme « blogueur à l'actualité et conseiller stratégique de la chef du PQ » lorsqu'il prend le temps de s'adresser à ses sujets. Alors pourquoi est-ce que Radio-Canada cultive l'ambigüité et s'obstine à le présenter comme un analyste neutre de l'actualité? Comme dit Nathalie Collard, la question se pose.