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<em>Mommy</em>: un film qui demande beaucoup de courage

19/09/2014 12:02 EDT | Actualisé 18/11/2014 05:12 EST

Mommy est le cinquième long métrage de Xavier Dolan et il sort en salles au Québec ce vendredi 19 septembre. Diane Després (Anne Dorval), surnommée « Die » vient d'aménager sur la Rive-Sud de Montréal. Son fils, Steve (Antoine-Olivier Pilon), victime de trouble du déficit de l'attention avec hyperactivité (TDAH) vient tout juste d'être expulsé d'un centre de réhabilitation et on la somme de venir le récupérer après qu'il ait tenté de mettre le feu à l'établissement. À contrecœur, Die s'exécute, mais la cohabitation avec le jeune homme en pleine adolescence est loin d'être de tout repos. Un jour, c'est leur voisine Kyla (Suzanne Clément) qui propose de venir leur donner un coup de main. Ainsi naît une complicité entre ces trois personnages, tous écorchés par la vie d'une manière ou d'une autre.

Récipiendaire du prix du jury à Cannes et en nomination pour la palme d'or, Mommy est un film poignant avec un trio d'acteurs époustouflants et une mise en scène qui témoigne de la maturité et de l'originalité du jeune réalisateur. Cependant, on doute qu'avec un sujet aussi lourd et des dialogues remplis de sacres, le film n'attire un grand public : de quoi relancer le débat entre ce que la masse veut versus la liberté artistique.

Claustrophobie

Die est veuve depuis trois ans déjà et c'est sûrement à ce moment qu'elle a pris la pénible décision de placer son fils en institution. C'est qu'un enfant souffrant de TDAH est loin d'être de tout repos : incapable de s'investir dans quelque activité qui demande un grand effort intellectuel, Steve obéit peu, n'écoute que rarement les remontrances de sa mère et fait preuve d'une grande impulsivité qui se traduit par des excès de colère. Avec une telle responsabilité, Die se doit de rester à ses côtés jour et nuit, mais lorsqu'elle reçoit une facture des dégâts causés par son fils à l'endroit où il était placé, elle n'a d'autre choix que de retourner sur le marché du travail (elle traduit des livres pour enfants et fait des ménages). Heureusement, entre-temps elle fait la rencontre de Kyla, leur voisine. Celle-ci bégaie depuis qu'elle a été victime d'un traumatisme (dont on ignore la cause) et ne travaille plus depuis, mais le courant passe entre elle et Steve. Ils passent donc leur journée ensemble et elle en profite pour lui donner quelques cours. Mais l'adolescent a beau être entouré de deux femmes qui font preuve de la meilleure des volontés, ses crises de dépressions prennent le dessus et l'option la plus logique pour Die serait de lui trouver un autre centre d'hébergement.

Les habitués des films de Xavier Dolan ne seront pas surpris qu'encore une fois, le réalisateur place au cœur de son histoire des laissés pour compte ou des gens vivant en marge de la société. On pense tout de suite à son troisième long métrage, Laurence Anyways qui durant près de trois heures, nous dépeignait la transition d'un homme voulant devenir femme. On peinait à croire qu'un aussi jeune réalisateur puisse traiter de ce sujet avec autant de maturité. Dans Mommy, celui-ci récidive en nous montrant ce que ça signifie que de vivre avec un enfant TDAH et les efforts quasi surhumains qu'il demande à son entourage. L'acteur Antoine-Olivier Pilon est un talent à surveiller tandis que Suzanne Clément et surtout Anne Dorval nous tiennent en haleine du début à la fin grâce à leur prestation qui en marquera plus d'un.

Mommy traite d'un sujet dur et la mise en scène s'y met de la partie. En effet, le film a été tourné en format carré 1:1 si bien que l'image n'occupe qu'un tiers de l'écran de la salle. Ainsi, l'effet d'emprisonnement se fait sentir au niveau diégétique puisque Die est « condamnée » à rester aux côtés d'un fils qui accapare toute son énergie et cette prison délimitée par l'écran , le spectateur la ressent pleinement. On reprend notre souffle à deux reprises lorsque la cadre s'élargit dans un ratio 16/9 qui, sans aucune surprise, coïncide avec des moments de pur bonheur vécus par Steve, Die et Kyla... et nous.

Passage obligé?

Lorsqu'on est Canadien et qu'un des nôtres remporte un prix aussi prestigieux à Cannes (et une ovation de la salle d'environ 10 minutes qui va avec), aller voir le film lorsqu'il sort en salle au Québec est presque une obligation. Mais bien que Mommy soit d'une sensibilité et d'une qualité indéniables, on doute que le public québécois se déplace en masse pour cette œuvre, notamment en raison de sa trop grande intensité. Après avoir vu le film (près de 2 h 30), on est littéralement vidé et on ressent le même sentiment d'exaspération à l'égard de Camille Claudel 1915, par exemple. De ce film lourd, dépeignant la folie d'une femme dans un asile psychiatrique, émane une performance unique de Juliette Binoche, mais cette « déprime » d'environ 90 minutes requiert beaucoup d'effort du téléspectateur, tout comme Mommy. Dans le même genre, Laurence Anyways n'avait pas déplacé des masses et le réalisateur, manifestement déçu, s'en était pris au public. C'est toujours le même débat entre la culture et le divertissement; sur ce que le cinéma devrait être.

Les sacres

S'il y a une chose plus irritante que tout dans Mommy, ce sont bien les sacres qui fusent dans toutes les mises en situation, pour un oui ou pour un non. Cette caractéristique peut passer inaperçue devant un public étranger qui de toute façon de rabat sur les sous-titres (y compris les Français), mais c'est fortement irritant pour une bonne majorité des Québécois. Ce n'est pas pour rien qu'en signalétique, on peut classer un film 13 ans et + par exemple, en raison d'un langage vulgaire. Certes, les protagonistes sont issus d'un milieu pauvre et ont peu d'éducation, mais Dolan en fait trop : on en aurait eu moitié moins qu'on aurait compris le propos.

Mommy vaut son succès à Cannes et on est heureux et fier qu'un si jeune réalisateur québécois se soit rendu aussi loin à seulement 25 ans. Cependant, on voit le film une fois, on est ému, bouleversé et c'en est assez; ce n'est pas le genre de classique qu'on aurait envie de revoir tant son propos est dur. Tom à la ferme est le film de Dolan qui représente le parfait mélange de divertissement et de qualité, ce qui est ironique quand on y pense, puisqu'il s'agit d'une adaptation d'une pièce de théâtre, donc en principe peu d'action et beaucoup de paroles. C'était justement cette force du scénario renforcée par une mise en scène diablement efficace au service du thriller qu'on affectionnait. En espérant que pour ses prochains longs métrages, le réalisateur s'inspire de cette recette gagnante.

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