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<em>A.D. The Bible Continues</em>: la foi des cotes d'écoute

30/04/2015 08:09 EDT | Actualisé 30/06/2015 05:12 EDT

A.D. The Bible Continues est une nouvelle série de 12 épisodes diffusée sur les ondes de NBC aux États-Unis et CTV Two au Canada depuis le dimanche de Pâques. Séquel de The Bible, diffusée en 2013 sur History Channel, la nouvelle mouture reprend exactement là où la précédente s'est terminée : la condamnation à mort de Jésus (Juan Pablo Di Pace) par Ponce Pilate (Vincent Regan). Mais voilà qu'après la crucifixion et la mise au tombeau du corps, celui-ci disparaît trois jours plus tard, comme l'avait d'ailleurs annoncé le prophète. Dès lors, les apôtres n'ont plus qu'à propager la «bonne nouvelle», en admettant que le peuple veuille bien tendre l'oreille...

Cette création de Roma Downey et de Mark Burnett a de quoi laisser perplexe. Elle arrive en décalage, à une ère où la tendance est à la laïcisation de la société, d'autant plus que la ligne entre le divertissement et la propagande est loin d'être évidente. De plus, on doute que du seul point de vue télévisuel, la fiction soit assez accrocheuse.

Le livre saint et les codes télévisuels

L'histoire est déjà connue et fort simple. Jésus «le Nazaréen» dérange les autorités en place et Caïphe (Richard Coyle), un grand prêtre influent qui a surtout l'oreille de Pilate, convainc le préfet d'en finir avec ce charlatan. Dans le premier épisode, on ne nous épargne rien : crucifixion avec la lente agonie du malheureux, jusqu'à ce qu'il rende son dernier souffle avec la très théâtrale phrase «It's finished!» et qu'on mettre son corps dans un tombeau gardé par plusieurs militaires. Puis, une immense lumière jaillit du ciel. Dans les deux épisodes suivants, c'est l'incrédulité chez le clan Caïphe, lequel est persuadé qu'on a volé le corps. Pendant ce temps, Jésus apparaît devant ses apôtres, leur donnant du courage pour continuer son œuvre. Puis, la tension monte auprès des habitants, alors qu'une partie se rallie à Pierre (Adam Levy) et Jean (Baboo Ceesay), qui sont d'ailleurs arrêtés lors du Festival de la Pentecôte; de quoi échauffer encore plus les esprits.

Bien que The Bible sur History Channel eut rassemblé en moyenne 11,4 millions de téléspectateurs pour 11 épisodes, la suite sur NBC, A.D. The Bible Continues, n'était pas promise à un grand avenir. Du moins d'un point de vue strictement télévisuel, parce qu'à la fin de la première saison, le personnage de Jésus, pilier de toute l'histoire, mourrait et, par le fait même, laissait un immense vide dans la série.

De plus, la Bible en soi renferme des personnages bien campés dans leurs rôles, c'est-à-dire les méchants (les Romains) et les gentils (les apôtres), avec en toile de fond des figurants qui acquiescent ou non aux paroles divines. On sait d'emblée que des personnages comme Caïphe ou Pilate ne se convertiront jamais aux prêches du Christ. Quant aux apôtres, ils n'ont aucun défaut, sauf de douter par moments de ce qui leur est professé, mais finissent par toujours par revenir à de bons sentiments.

Il est de plus fréquent dans les séries historiques que l'on invente des histoires d'amour à des protagonistes ayant réellement existé (dans tous les films et séries sur Elizabeth Tudor, par exemple, on se sent toujours obligé de lui trouver un amant, comme si la vie de la reine vierge n'était pas déjà assez regorgeante de rebondissements), question de mettre un peu de piquant dans la sauce. Ici, absolument rien. L'adaptation de Downey et Burnett est fidèle jusqu'au bout des ongles à l'histoire que l'on retrouve dans le livre, si bien que l'on a des personnages féminins insignifiants : Marie (Greta Scacchi) qui n'est à l'écran que pour pleurer et une Marie-Madeleine (Chipo Chung) reconvertie qui n'apporte pas grand-chose au récit. Côté masculin, on a des apôtres qui jamais n'ont envie de se la couler douce de temps en temps, d'aller voir ailleurs ou de succomber à quelque excès.

Rien de très spécial dans la réalisation non plus. Malgré un budget qui est le gage d'une recréation d'époque efficace, on a droit, comme le dit Brian Lowry à de la peinture à numéros : on connaît déjà le portrait jusqu'aux plus petits interstices et il n'y a qu'à y ajouter des touches de couleurs qui donnent au final un bon résultat, mais totalement prévisible.

La bonne nouvelle en 2015

Après l'échec de Believe l'an dernier, NBC avait bien besoin de rehausser ses cotes d'écoute du dimanche soir et c'est pour cette unique raison, et non pour offrir un peu de spiritualité à ses téléspectateurs, qu'elle a décidé de reprendre le format initié par History Channel. Cela dit, il est difficile de ne pas éprouver un certain malaise en regardant A.D. The Bible Continues lorsqu'on se met à analyser un tant soit peu son contenu.

Certes, le christianisme est la religion numéro un aux États-Unis, mais le message très simplet qu'on nous transmet est qu'il y a deux types de personnages : ceux qui croient aux Évangiles-en-devenir de Mathieu, Luc, Marc et Jean, et ceux qui n'y croient pas, en l'occurrence les persécuteurs dans la série.

Bref, vous êtes avec nous ou contre nous. Cette dichotomie est par ailleurs accentuée alors qu'on cite littéralement la Bible, et le fait que l'on nous montre, grâce aux effets spéciaux, la résurrection du Christ, revient à affirmer qu'elle s'est bel et bien produite, rendant le doute impossible.

Certes, il ne s'agit que d'une fiction que l'on retrouve sur un grand réseau, mais imaginons un instant que NBC ait décidé de diffuser une série mettant en image le Coran (cette hypothèse est toutefois impossible puisqu'il est interdit de représenter le prophète : certains l'ont appris à leurs dépends) ou, pire encore, les idées du mouvement raëlien. On taxerait la chaîne de propagandiste ou, pire encore, de blasphématoire.

Quant au contenu pur et simple que nous voyons à l'écran, le seul lien qu'il nous soit permis de faire avec le présent, c'est que le pouvoir est corrompu et que ceux «d'en bas» n'ont qu'à bien se tenir; justement, les altermondialistes, écologistes et autres de ce monde qui osent élever la voix ne sont guerre écoutés par nos gouvernements. En ce sens, oui, l'histoire se répète.

Pari plus ou moins réussi pour NBC puisque A.D. The Bible Continues a attiré un peu moins de 10 millions de téléspectateurs le soir de sa première, et deux semaines plus tard la fiction avait perdu des ouailles et ils n'étaient plus que 6,36 millions (une baisse de 35%). Quant à la tranche des 18-49 ans, en troisième semaine on gravitait autour de 1,1%, ce qui n'est pas énorme. Du côté du Canada, c'est CTV Two qui a acquis les droits de la série et, pour un pays beaucoup moins porté sur les affaires religieuses (quoique...), c'est à peine si elle parvient à franchir la barre des 350 000 téléspectateurs. Il faut dire qu'on est en pleines séries éliminatoires au hockey. À chacun sa religion!

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