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La diplomatie revanchiste entre l'Occident et la Russie

09/08/2014 09:42 EDT | Actualisé 09/10/2014 05:12 EDT

Une crise majeure accroit le fossé entre l'Occident et la Russie. Les nouvelles sanctions annoncées par Washington à l'égard de Moscou sont sévères, davantage que celles adoptées auparavant. Cette fois, M. Obama est parvenu à convaincre ses alliés européens de lui emboiter le pas. Jusqu'à maintenant l'Europe n'avait que timidement répondu à l'appel des États-Unis, rechignant à sévir davantage contre la Russie accusée de soutenir les rebelles de l'Est ukrainien. Il semble que l'écrasement du vol MH 17 de la Malaysia Airlines ait été un tournant pour la diplomatie américaine dont les impairs de la dernière année ont constitué de véritables aubaines pour M. Poutine qui en a fait ses choux gras.

D'abord en août 2013, la Russie avait accordé l'asile à l'informaticien américain Edward Snowden accusé par Washington de détenir des informations sensibles quant aux habitudes de surveillance de la NSA. Cette protection offerte à M. Snowden embarrassa grandement Washington. Quelques semaines plus tard, la Russie récidiva en arrachant à Bachar El-Assad une entente sur la destruction de l'arsenal chimique du régime syrien. Cette entente endossée par l'ONU permit à M. Obama de se tirer de la position gênante dans laquelle le maintenait son discours va-t-en-guerre impopulaire.

Forte de ces succès diplomatiques, la Russie se montrerait plus pugnace dans la défense de ses intérêts. La crise ukrainienne en témoigne. En dépit de l'exaspération de Washington et des menaces de sanctions, Moscou ne dérogea pas à sa stratégie qui consiste à mettre en relief la multipolarité du nouvel ordre mondial et à dénoncer l'unilatéralisme américain. Dans le contexte ukrainien, cette stratégie allait se traduire ainsi; fragiliser les relations politiques entre l'Europe et Washington, défendre les intérêts géopolitiques de la Russie tout en se conformant - en apparence du moins -, au droit international, renforcer le statut de puissance de la Russie sur la scène internationale.

Au début de la crise, Moscou mettrait en exergue le rôle joué par les États-Unis accusé d'intriguer avec l'opposition et de concourir au renversement du président Ianoukovitch. La diffusion de l'enregistrement d'une discussion incriminante entre l'ambassadeur américain à Kiev et l'adjointe au secrétaire d'État s'inscrivit dans cette logique. Plus encore, la diffusion de cet enregistrement dans lequel Mme Nuland tenait des propos désobligeants envers l'Union européenne visait à semer la bisbille entre Washington et ses alliés européens.

Dans les semaines suivantes, la Russie, plus téméraire, procéda au rattachement de la Crimée après que les autorités de la presqu'île peuplée majoritairement de russophones aient organisé un référendum sur le sujet. Ce point, essentiel à la stratégie de Moscou, lui permettrait de procéder tout en prétendant agir en conformité avec le droit international.

À ce coup de force et au déclenchement des hostilités dans l'Est ukrainien, Washington réagirait par l'adoption d'une série de sanctions contre la Russie, sanctions qui s'avérèrent superficielles, voire cosmétiques, l'exercice demeurant largement un exercice de communication aux finalités politiques et économiques restreintes. Or, M. Poutine tirerait avantage de ces réactions limitées et des nouvelles maladresses de la diplomatie américaine.

Ainsi, l'amende de 10 milliards de dollars imposée par les autorités financières américaines à la banque française BNP Paribas, les pressions exercées sur la France afin qu'elle renonce à la livraison des Mistral et l'expulsion du chef de la CIA à Berlin, expulsion survenue dans la foulée des scandales de l'écoute du portable de la Chancelière et du débusquement de taupes américaines travaillant au Ministère de la Défense et aux Services des renseignements allemands feraient le jeu de M. Poutine qui se porterait à la «défense» des intérêts européens et de l'indépendance de l'Europe face aux États-Unis en dénonçant les «manœuvres» de Washington.

Pis, les sanctions n'accentueraient pas l'isolement de la Russie. En mai, faisant fi de la stratégie américaine, Pékin signa avec Moscou un contrat gazier de 400 milliards de dollars, contrat permettant à la Chine de recevoir annuellement 38 milliards de m3 de gaz russe pendant trente ans à partir de 2018. La signature de cette lucrative entente constitua un véritable pied de nez à la diplomatie américaine, principal maitre d'œuvre des sanctions.

Enfin, à la veille de l'écrasement du vol de la Malaysia Airlines, M. Poutine conclut au Brésil une tournée sud-américaine durant laquelle il rencontra, dans le cadre du 6e sommet du BRICS, ses homologues de Chine, d'Inde, du Brésil et d'Afrique du Sud. Ensemble, les chefs d'État des principales économies émergentes convinrent de la création d'une banque de développement indépendante de la Banque mondiale et du FMI et pourvu d'un capital initial de 50 milliards de dollars.

Bien entendu, c'était avant l'écrasement du vol MH 17 de la Malaysia Airlines. Depuis, Européens et Américains se sont entendus pour sanctionner la Russie. Or, les rebelles de l'Est ukrainien ne contrôlent plus que Louhansk et Donetsk qui sont encerclées, signe peut-être que les sanctions fonctionnent et que le support russe s'effrite.

Pour M. Poutine qui cultive l'idée du retour de la Russie sur la scène internationale, la menace des sanctions économiques est réelle. Sa légitimité repose en partie sur le redressement économique qu'a connu le pays au début des années 2000. Or, la croissance s'est ralentie depuis. Si les sanctions affaiblissent davantage l'économie russe, sa légitimité pourrait en pâtir. Pour M. Obama, à deux ans de la prochaine élection présidentielle, la situation est tout aussi délicate ; les démocrates cherchant à faire oublier les revers d'une diplomatie essoufflée qui assiste, impuissante, aux bombardements israéliens à Gaza, à l'éclatement de la Libye et à la création d'un califat sur les ruines de ce qui fut l'Irak et la Syrie.

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