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PIB et récession, comment définir?

24/09/2014 11:56 EDT | Actualisé 24/11/2014 05:12 EST

Analystes et journalistes de l'actualité économique, qu'ils soient économistes ou non, concluent souvent et automatiquement qu'il y a récession dès que le PIB réel d'une économie se contracte au cours de deux trimestres consécutifs. Même Laurence et Gérard dans Et Dieu créa... Laflaque ont retenu cette idée au cours de l'émission du 31 août dernier, ce qui n'est pas peu dire. En outre, les politiciens se font parfois tendre le piège de se prononcer sur la définition d'une récession. La plupart du temps, leur entourage les amène à retenir la règle des deux trimestres consécutifs de baisse du PIB.

Alors, comment se fait-il que l'une des récessions au Canada n'ait duré qu'un trimestre (premier trimestre de 1975), et que la plus récente récession aux États-Unis (décembre 2007 à juin 2009) ait débuté sans que le PIB réel diminue au cours de deux trimestres consécutifs au premier semestre de 2008?

La réponse tient au fait que les organismes qui ont la responsabilité de dater les cycles économiques utilisent, en plus du PIB réel, d'autres indicateurs macroéconomiques.

Noblesse oblige, commençons par le National Bureau of Economic Research (NBER). Le Comité de datation des cycles d'affaires de cet organisme américain retient le PIB réel, le revenu réel, l'emploi, la production industrielle, le commerce de gros, les ventes au détail et tout autre indicateur qui pourrait, selon les circonstances, éclairer sa décision. [1]

Le Comité de datation des cycles d'affaires du Centre for Economic Policy Research (CEPR), qui a la responsabilité de dater les récessions pour la Zone euro, utilise lui aussi un ensemble d'indicateurs, dont le PIB réel, l'emploi, l'investissement des entreprises, la production industrielle et la consommation. [2]

Le Conseil sur les cycles d'affaires de l'Institut C. D. Howe retient le PIB réel et l'emploi. Notons que, depuis 2012, cet organisme a pris le relais de Statistique Canada dans l'identification des récessions au Canada. [3]

Ces trois organismes insistent sur l'importance d'examiner non seulement la durée, mais aussi l'ampleur et la portée (degré de propagation à l'ensemble de l'économie) de la baisse de l'activité économique dans la détermination de l'occurrence d'une récession.

Le Conference Board ne joue pas de rôle officiel à cet égard. Toutefois, il emploie le PIB réel et son indice d'indicateurs coïncidents pour nombre de pays où il n'y a pas d'organismes désignés. Les variables coïncidentes sont le plus souvent l'emploi, la production industrielle et les ventes au détail.

Pour l'économie du Québec, des économistes de Desjardins ont identifié des récessions, mais uniquement à partir du PIB réel. Cependant, en note de leur document à ce sujet, ils ont tenu à préciser ceci :

«...deux trimestres consécutifs de baisses du PIB réel ou plus ne correspondent pas nécessairement à une récession. Il faut aussi qu'une réduction importante de l'activité économique caractérise la période. Si la baisse est de faible ampleur, il peut s'agir d'une phase de ralentissement.» [4]

Pour conclure, d'où provient cette idée ou cette croyance que deux trimestres consécutifs de contraction du PIB réel égalent récession?

Il semble que cela provienne d'une interprétation erronée d'une observation statistique du NBER, durant les années 1960, voulant que les récessions aux États-Unis duraient au moins six mois. [5]

Tenant compte de tout ce qui précède, ne serait-il pas approprié de suggérer aux politiciens, ainsi qu'à leurs conseillers, la réponse suivante à une interrogation sur la définition d'une récession :

«C'est une diminution importante de l'activité, propagée à l'ensemble de l'économie, et d'une durée d'au moins quelques mois.»

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[1] Pour en savoir plus, je recommande aux lecteurs de consulter la plus récente décision du Comité de datation des cycles d'affaires du NBER ainsi que ses réponses aux questions fréquemment posées.

[2] Le site Internet du CEPR présente les décisions et la méthodologie de son comité de datation des cycles d'affaires.

[3] Cross, Philip et Philippe Bergevin. «Turning Points: Business Cycles in Canada since 1926». Institut C.D. Howe. Octobre 2012.

[4] Bégin, Hélène et Jonathan Créchet. «Du nouveau pour l'Indice précurseur Desjardins». Desjardins Études économiques. Janvier 2013.

[5] Extrait du document, cité ci-haut, de Cross et Bergevin en page 4 :

«The notion that a recession is defined by two or more consecutive quarterly declines in GDP has become well entrenched in popular discussions. The origins of the consecutive-declines guideline go back to a mistaken interpretation of a simple statistical observation by the NBER that, in practice, recessions in the United States lasted at least six months (Moore 1967). Lay people, anxious to penetrate the byzantine process used at the time to assess cycles, quickly jumped on this as a rule even though it was just a statistical artifact. Indeed, the NBER itself has never used consecutive quarterly declines in GDP as a definition of a recession.»

Ce billet a aussi été publié sur Libres Échanges, le blogue des économistes québécois.

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