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Le PDCE stimule-t-il les ventes de nos entreprises à l'extérieur du Québec?

01/11/2013 01:24 EDT | Actualisé 26/01/2014 05:54 EST

Ce billet a aussi été publié sur Libres Échanges, le blogue des économistes québécois.

Le Plan de développement du commerce extérieur 2013-2017 (PDCE), présenté le 28 octobre dernier, par le ministre Jean-François Lisée, est un bon exercice de mise au goût du jour de l'offre de services du gouvernement du Québec aux entreprises exportatrices de biens et de services sur le marché des autres provinces et le marché international. Ce plan semble cependant mal nommé puisque la dimension importation du commerce extérieur y est absente, mais on ne peut blâmer le gouvernement d'ignorer cela dans son plan. Le thème Investir dans l'exportation, c'est investir dans le Québec est plus évocateur du contenu et des intentions que le nom du plan. Outre l'appui aux exportateurs, il y est question de mesures en vue de promouvoir les atouts du Québec à l'étranger.

Ce plan annonce une adaptation aux nouvelles réalités des services à l'exportation développés au cours des dernières décennies. Cependant, il n'est pas assez ambitieux, probablement, entre autres, en raison de contraintes de budget. Il est particulièrement timide sur le développement de la présence internationale des entreprises. Vendre est important, mais l'implantation à l'étranger ne doit pas être négligée que ce soit, par exemple, pour offrir un service d'installation ou d'entretien en complément du produit vendu ou encore pour produire, au besoin, ailleurs qu'au Québec, même si, sur le plan politique, il s'agit d'un sujet plutôt tabou.

Le PDCE offre un bel équilibre entre la nécessité d'appuyer de nouveaux exportateurs ainsi que ceux en consolidation et en diversification de marchés. Le gouvernement résiste ainsi au fantasme de mettre toutes ses énergies dans la diversification tous azimuts, sujet qui continue d'avoir bonne presse.

Sur le plan des marchés prioritaires, le gouvernement cède au chant de sirènes; elles lui semblent toutes attrayantes, et l'éparpillement des efforts et des ressources pourrait bien en résulter. Le buffet des territoires prioritaires présenté à la section 1.1 du plan en offre vraisemblablement trop aux convives par rapport à leur appétit réel et, encore plus, par rapport aux ressources humaines et aux moyens financiers mis à la disposition des intervenants en développement de marchés. À trop vouloir étirer la capacité des ressources à livrer des services sur un trop grand nombre de territoires, on risque fort de n'offrir qu'un appui ponctuel aux exportateurs plutôt qu'un soutien stratégique et continu. Un bon ciblage et une bonne sélection s'imposent dans toute stratégie de diversification des marchés, tout comme, par analogie, dans l'investissement de portefeuille.

Les objectifs, les orientations, les cibles et les actions retenus et présentés dans les sections 4 et 5 du document sont les éléments forts du PDCE. On sent bien qu'ils ont fait l'objet d'un examen attentif de la part des auteurs du plan et des divers intervenants en développement des exportations et en promotion du Québec à l'étranger. La concertation et la synergie ont ainsi porté fruit, d'où l'importance de continuer dans cette voie comme le prévoit d'ailleurs le Plan.

Ce qui surprend, c'est de retrouver dans le Mot de la première ministre : «Son objectif est simple : réduire notre déficit commercial par l'augmentation de nos exportations.». Le Plan peut y contribuer, bien que marginalement. On voit mal comment «...des ventes fermes totalisant plus de 940 millions de dollars.» (page 19 du plan), étalées sur trois ou quatre ans, au minimum, peuvent influer de façon importante sur un déficit du commerce des biens et services qui se chiffrait à 24,4 milliards de dollars en 2012. Une stratégie de remplacement du pétrole importé aurait nettement plus de portée sur la réduction du déficit que le PDCE.

On voit bien dans le Plan comment le gouvernement va octroyer les 81,7 millions de dollars sur trois ans. C'est clair et précis, particulièrement dans l'annexe 1 portant sur le cadre financier. Ce qui étonne, c'est de ne pas retrouver de précisions sur le «... plus d'un milliard de dollars en soutien financier qui est mis à la disposition de nos entreprises d'ici 2017, pour la réalisation de projets à l'exportation» (page 19). C'est sur ce milliard, qui n'est pas rien, que le PDCE aurait dû porter, ainsi que sur toutes les ressources impliquées dans l'accompagnement-conseil. Dans ces circonstances, le Plan semble davantage une justification de budget additionnel qu'un plan d'ensemble pour stimuler les ventes de nos entreprises à l'extérieur du Québec. Ce plan a tout de même le mérite de procurer du budget pour défrayer les activités et les initiatives des gens qui oeuvrent au développement des exportations et à la promotion à l'étranger des atouts du Québec.

Enfin, le soutien financier de plus d'un milliard de dollars devrait susciter des investissements de plus de 3,5 milliards de dollars sur quatre ans entraînant la création de plus de 10 000 emplois (page 19). Le Plan, et son budget de 81,7 millions de dollars, devrait, à lui seul, générer 6 000 emplois sur 4 ans. Cela suscite des interrogations et mérite des explications, car on peut douter que moins de 10 % de l'enveloppe financière dédiée à l'exportation génère 60 % des emplois prévus. Toutefois, si cette estimation est correcte, l'efficacité attendue de l'accompagnement-conseil et de l'appui financier prévus au Plan ne devrait-elle pas inciter le gouvernement à réorienter au complet le soutien financier de plus d'un milliard?

Le plan de développement du commerce extérieur et son sommaire sont disponibles ici.

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