LES BLOGUES

Économie américaine: faut-il diminuer nos attentes?

04/08/2013 11:18 EDT | Actualisé 26/01/2014 05:55 EST

Ce billet a aussi été publié sur Libres Échanges, le blogue des économistes québécois.

Déjà quatre ans que la reprise économique aux États-Unis est en cours, et il n'y a pas à l'horizon de signal précurseur important de contraction à venir de l'activité économique et, par conséquent, encore moins de récession. L'emploi a connu de bonnes augmentations au cours des derniers mois. Les consommateurs reprennent progressivement confiance quant aux perspectives. L'inflation n'est plus que l'ombre d'elle-même. La stratégie double d'assouplissement monétaire et de bas taux d'intérêt est maintenue, à tout le moins tant que le taux de chômage n'avoisine pas les 6,5 % et que le rythme d'augmentation des prix demeure contenu. Les marchés boursiers continuent leur progression tant qu'ils ne flairent pas un changement de stratégie de la Fed. Les indicateurs avancés de l'OCDE et du Conference Board laissent présager que la croissance se poursuivra à un bon rythme. Les prévisions de croissance du PIB de divers organismes pointent vers une accélération de la croissance après un premier semestre de 2013 de croissance modeste, plusieurs organismes estimant même une croissance de plus ou moins 3 % en 2014, soit, si elle s'avère, une progression légèrement supérieure à celle de 2012 (révisée à 2,8 % selon les données publiées le 31 juillet).

Toutefois, les rabat-joie font valoir que depuis la fin de la Grande récession, l'emploi et le PIB réel par habitant sont encore inférieurs aux sommets atteints à la fin de 2007 ou au début de 2008. Le PIB réel au deuxième trimestre de cette année ne dépasse que de peu (4,3 %) le sommet atteint au début de la dernière récession, soit au quatrième trimestre de 2007. En fait, une phase de croissance où la lente reprise tarde à faire place à l'expansion soutenue de l'activité. En outre, malgré la stratégie monétaire très expansionniste de la Fed, les taux d'intérêt sur les obligations et les hypothèques sont à la hausse ces temps-ci, ce qui pourrait affecter le rythme de croissance, sans oublier la hausse estivale des prix de l'essence qui a souvent tendance à peser sur la confiance des consommateurs.

Au-delà de ces dimensions conjoncturelles, y a-t-il lieu de diminuer nos attentes quant à la croissance économique aux États-Unis?

Si les prévisions du Congressional Budget Office (CBO) se concrétisent, la croissance pourrait s'accélérer de 2014 à 2017, et, ainsi, combler l'écart qui s'est creusé entre le PIB réel et le PIB potentiel, notamment au cours de la Grande récession. Ensuite, si l'économie croît au même rythme que son potentiel estimé, elle ne croîtrait que de 2,25 % par année, soit un taux nettement inférieur à la moyenne de 3,25 % obtenue depuis les années 1950.

Des économistes de The Federal Reserve Bank of Chicago (Chicago Fed), en utilisant une méthode différente de celle du CBO, arrivent à des résultats similaires : la tendance de la croissance à long terme de l'économie serait passée de 4,5 % au premier trimestre de 1967 à entre 2,25 % et 2,5 % à la fin de 2007, et à entre 1,6 % et 2,1 % au quatrième trimestre de 2012.

L'offre de travailleurs est une variable importante de l'évolution de la production potentielle. Or, en raison principalement de changements à la participation à la population active (travailleurs et chômeurs) et du ralentissement de la croissance de la population, des économistes de la Chicago Fed estiment actuellement à 80 000 par mois la tendance de la croissance de l'emploi. Ainsi, sur la base de ce résultat, pour que le taux de chômage diminue, il faudrait, selon eux, que la croissance mensuelle de l'emploi soit de plus de 80 000, ce qui est inférieur à ce qui est habituellement reconnu (100 000 à 150 000) et inférieur aux 150 000 à 200 000 des années 1980 et 1990. Ils avancent aussi que cette tendance pourrait passer à 35 000 emplois par mois entre 2016 et 2020. Ils reconnaissent toutefois qu'il est nécessaire de créer beaucoup plus d'emplois ces années-ci pour combler l'écart entre la tendance de l'emploi et la création réelle d'emplois des dernières années; ils estiment qu'en 2012, par exemple, l'emploi était 4 % inférieur à ce que la tendance de long terme suggère.

Ajoutons à cela que le titre de la mise à jour du 9 juillet dernier des Perspectives de l'économie mondiale du FMI est «Crise de croissance» (en anglais «Growing Pains»). Cet organisme y signale, entre autres, en introduction, que «...de nouveaux risques sont apparus, notamment la possibilité d'un ralentissement plus prolongé de la croissance dans les pays émergents, surtout étant donné les risques d'un affaiblissement de la croissance potentielle,...».

En conclusion, les perspectives de croissance aux États-Unis sont inférieures aux résultats obtenus au cours de la deuxième moitié du 20e siècle et même moindres que ceux de la décennie précédente où l'inflexion de la tendance de la croissance s'était déjà fait sentir. Toutefois, les estimations mentionnées ci-dessus ont été obtenues à partir d'outils d'analyse perfectibles. Elles présentent tout de même des projections qui doivent nous amener à modérer nos attentes quant à la croissance économique américaine d'ici la fin de la décennie. Aussi, cela ne sera pas sans peser sur les perspectives de croissance du Canada où les exportations vers les États-Unis jouent un rôle important.

VOIR AUSSI SUR LE HUFFPOST

Les pays les plus riches du monde par habitant