Jean Philippe Warren

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Il ne s'agit pas de convaincre les gens de voter à gauche: il faut les convaincre de voter

Publication: 11/02/2012 04:30

Me font toujours sourire ceux qui prétendent que l'air du temps est aujourd'hui à droite, que les idéologies néolibérales dominent le paysage médiatique, que nous traversons une époque autrement plus conservatrice, plus frileuse, plus individualiste que par le passé.

La vérité, c'est que l'appui verbal aux idées de gauche ne cesse de croître parmi la population occidentale, comme le démontrent les multiples sondages qui jaugent l'opinion sur les questions écologiques, l'égalité entre les sexes, la lutte au racisme, la tolérance aux minorités.

Toutefois, cela ne veut pas dire que la social-démocratie n'éprouve pas des défis colossaux pour créer, dans les faits, une majorité parlementaire. Il y a un pas énorme entre la « géographie des opinions politiques » d'une population et le dessin actuel de la carte électorale. Il y a en effet plein de pays de gauche qui ont - aussi paradoxal que cela puisse sembler de prime abord - des gouvernements de droite.

Comment expliquer un tel état des choses?

Un basculement du groupe d'électeurs

Commençons par rappeler une donne sociologique incontournable : depuis trente ans, nous avons assisté à un changement majeur du groupe d'électeurs traditionnels de la gauche. La classe des ouvriers, sur laquelle s'appuyaient historiquement les partis de gauche, s'efface progressivement. En France, son socle électoral a décru de 40% en 1981 (élection de Mitterand) à 23% en 2007 (élection de Sarkozy).

En outre, parmi ces travailleurs, rares sont ceux qui entretiennent encore une conscience de classe forte (près de la moitié se retrouvent dans le secteur tertiaire) et les ouvriers qui œuvrent toujours dans les secteurs lourds éprouvent souvent de la difficulté à se reconnaître dans l'idéologie de l'ouverture aux différences (sexuelles, religieuses, civiques, etc.) portée par la gauche plurielle. Dorénavant, même dans les pays de tradition socialiste, le vote ouvrier se divise également entre la gauche et la droite, et penche même dans certains cas vers l'extrême droite.

En remplacement de ce bassin d'électeurs, les partis de gauche ont réussi à attirer de plus en plus de diplômés, de jeunes, de membres des minorités dites visibles, d'urbains, d'agnostiques ou d'athées, et de femmes. Cette dernière catégorie d'électeurs est intéressante: c'est la première fois (depuis 2007 en France et en Espagne, depuis 2004 aux États-Unis) que les femmes votent davantage à gauche que les hommes. Les immigrants ont aussi tendance à voter davantage à gauche (ils ont appuyé à 80% l'élection de Barack Obama en 2008 aux États-Unis; en Allemagne, près de 90% des citoyens d'origine turque ont voté en faveur de l'alliance SPD/Verts aux élections fédérales de 2005). Enfin, les personnes éduquées s'identifient en plus grand nombre aux partis de gauche.

C'est sur cette « nouvelle coalition progressiste » que reposent désormais les succès de la gauche dans la plupart des pays occidentaux.

Forces et faiblesses de la nouvelle coalition progressiste

Pour ceux et celles qui espèrent renforcer l'appui électoral de la gauche, on peut se réjouir de ce que certains éléments de cette « nouvelle coalition progressiste » soient en essor démographique en Europe et en Amérique du Nord. La proportion d'immigrants ne cesse de croître. Le niveau d'éducation connaît une croissance continue. Le nombre de non religieux est en hausse. Le niveau d'urbanisation progresse également.

Au su de ces transformations sociales, il semblerait que la gauche puisse contempler de beaux jours devant elle. Il faut néanmoins souligner deux faiblesses électorales structurelles de ces groupes d'électeurs.

En premier lieu, l'expansion des groupes électoraux qui privilégient la gauche, tout réel soit-il, est limitée. S'il y aura proportionnellement, par exemple, dans les pays occidentaux, plus de minorités visibles et plus de diplômés en 2040, il y aura aussi beaucoup moins de jeunes. Par exemple, les personnes de 65 ans et plus représenteront alors près de la moitié (48%) de la population québécoise en âge de voter. Rien ne garantit qu'une population âgée penche, en soi, plus à droite qu'une population plus jeune, mais l'on sait que ce vieillissement favorise au moins certaines tendances conservatrices.

En second lieu, même si les femmes ont désormais un taux de participation aussi élevé que les hommes, il faut souligner l'abstention élevée de plusieurs catégories d'électeurs progressistes. Les jeunes en particulier désertent les urnes. En général, désormais, moins de la moitié des électeurs âgés de 18 à 24 ans votent aux élections (versus plus des trois-quarts pour les 65 ans et plus). Cet aspect du problème est décisif. Il ne suffit pas de pouvoir compter sur un plus grand nombre d'électeurs sympathiques aux thèmes et idéaux de la gauche; encore faut-il que ceux-ci daignent se rendre aux urnes.

Pour une gauche majoritaire

Les deux faiblesses structurelles précitées empêchent toute réjouissance prématurée des mouvements progressistes. C'est une lapalissade d'affirmer que la nouvelle coalition progressiste n'a pas encore réussi à percer en Occident. Seulement cinq pays européens sur vingt-sept ont des gouvernements sociaux-démocrates. Aux États-Unis, la victoire historique d'Obama en 2008 ne devrait pas cacher que celle-ci a été acquise dans un moment très particulier de discrédit quasi-total du Parti républicain. La dégelée aux élections partielles du Congrès américain, deux ans plus tard, nous rappelle que les gains démocrates demeurent fragiles. Au Canada, Harper a réussi à arracher un premier gouvernement conservateur majoritaire depuis 1988.

Que peut-on faire pour renforcer la nouvelle coalition progressiste?

Pour réussir à bâtir une majorité électorale sociale-démocrate, il importe à l'évidence de convaincre certaines catégories d'électeurs plus conservatrices de rejoindre les rangs progressistes. Il importe aussi de faire le plein du vote chez des catégories sociales déjà acquises aux partis sociaux-démocrates. Mais au-delà de ces stratégies, le succès de la gauche dépendra de deux facteurs fondamentaux.

D'abord, il s'agit de mobiliser massivement les électeurs. Cela est plus facile à dire qu'à faire. Les nouveaux moyens de communication (Twitter, Facebook, etc.) n'ont rien d'une panacée.

Ensuite, il faut résister à la division du vote. En Australie, l'événement le plus troublant de l'élection de 2010, c'est l'apparition significative des Verts sur la scène politique. Pour la première fois dans l'histoire du Labour australien, un tiers parti menace de bloquer pour longtemps sa quête d'une majorité électorale. Il n'est plus seulement menacé à sa droite, mais aussi à sa gauche. Au Canada, cette division a donné les résultats que l'on sait au dernier scrutin. Les alliances stratégiques entre partis de gauche ne sont donc pas à bouder, au Québec sans doute plus encore qu'ailleurs.

De telles considérations nous rappellent une chose importante: le temps de convaincre de la pertinence des idées progressistes est passé. Il est maintenant le temps d'agir.

 
Me font toujours sourire ceux qui prétendent que l'air du temps est aujourd'hui à droite, que les idéologies néolibérales dominent le paysage médiatique, que nous traversons une époque autremen...
Me font toujours sourire ceux qui prétendent que l'air du temps est aujourd'hui à droite, que les idéologies néolibérales dominent le paysage médiatique, que nous traversons une époque autremen...
 
 
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Pierre Deruelle
pierre m de ruelle
15:43 sur 13/02/2012
A combien se situe le % de notre deficit accumule en fonction ou (pâr rapport) de notre PIB, je parle des 2 deficits, que nous ont laisse les baby boomers (leurs soi disantes elites ) et leur gestion de droite de gauche, du centre, du bas, du haut saud directement dans la cible du bon sens!!!
......... Serait on aussi endettes que la Grece, la France, l'Italie, nommez les ....

Merci a ceux qui pourraient nous et m'eclairer!
Une chose de base est certaine, 3-2 =! mais 3- 5 egalent a lots of troubles!

pierre m de ruelle

Ile des soeurs
Quebec. Canada
10:52 sur 13/02/2012
Ce qui est clair, c'est que le concept de "conscience de classe" revient à la mode en ce moment.

La classe moyenne se trouve, de facto, de plus en plus "déclassée"... Les membres de cette classe croient (à grands coups de propagande) que leur "chute" provient des programmes sociaux et autres "dépenses inutiles". Rien n'est plus faux, car le concept même de classe moyenne (au sens moderne) est artificiel et son existence dépend du bon vouloir des classes riches et ultra-riches. Ainsi, je prévois un retour au concept de la "lutte des classes" parallèle à la chute de la classe moyenne. C'est une équation tout-à-fait observable en ce moment; un "retour à la normale" pour le capitalisme.

Malgré tout, certains veulent encore croire que c'est de la faute des pauvres si le capitalisme va mal, ce qui est un affreux mensonge colporté par les médias possédés par une poignée d'ultra-riches insoucieux... Rappelez-vous que le capitalisme ne considère fondamentalement que deux groupes: Les riches et les pauvres, point final, le reste n'est que concession ponctuelle (comme pendant la guerre froide, par exemple).

Une dernière chose: Être "de gauche" ne signifie pas nécessairement être pro-étatique, il y a plusieurs visions de la gauche ne l'oublions pas!
08:23 sur 13/02/2012
La gauche devra se rendre compte qu'on ne crée pas de richesses avec des programmes sociaux qui rendent dépendants les bénéficiaires. On crée de la richesse en permettant à l'individu d'être créatif avec son capital, et ce n'est pas en l'imposant au-delà de ses capacités à payer qu'on y arrive.
22:45 sur 12/02/2012
Left really? anymore left and Quebec will be North America .......Greece.
16:50 sur 12/02/2012
La gauche ne sait pas comment créer de la richesse et sa société égalitaire tire la majorité vers le bas. La faillite financière récente touche à la gouvernance, et le libéralisme classique offre les réponses nécessaires. Alors, que peut elle proposer sinon de vieilles recettes, toutes disqualifiées?
20:12 sur 12/02/2012
Que de vieux clichés vides de sens!!
07:49 sur 13/02/2012
Clichés: C'est la faute au néo-libéralisme. La mondialisation nous menace. Il existe un complot financier. Les riches peuvent payer. La droite ne véhicule que des clichés.
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SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
superfreak60
Hello Sexy Poupée.
23:29 sur 12/02/2012
Ca doit etre pour ca qu'on se fait bouffer par les méchants communistes Chinois. Tout les pays qui performent le mieux présentement ont des gouvernements tres interventionnisme. Encore une fois de la désinformation de dretteux.
07:46 sur 13/02/2012
La France est la plus interventionniste en Europe,et se retrouve derrière l'Allemagne. Pourrquoi?
La Scandinavie, pour se sortir de la faillite financière il y a quinze ans, a dû se doter de gouvernements de droite. Pourquoi?
Pour effectuer son redressement, l'Espagne vient de mettre à la porte son gouvernement socialiste. Pourquoi?
11:58 sur 12/02/2012
La social-démocratie à la québécoise : une voie de plus en plus marginalisée vers une distribution équitable de la pauvreté. C'est l'abandon du postulat évident qu'il faut d'abord gagner de l'argent avant de le distribuer. C'est une dette qui ne cesse de croitre. C'est la médiocrité d'un État qui se fait vendeur de pilules, d'alcools et d'assurances. C'est l'artificielle transformation de gardiennes d'enfants en "éducatrice". C'est la diminution de nos libertés aux dépens de fonctionnaires irresponsables. Non, l'avenir est à droite. Il n'y a que les bénéficiaires qui pensent le contraire...
20:14 sur 12/02/2012
Les affirmations gratuites les plus éculées ont donc encore cours? Quelle pauvreté!
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SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
superfreak60
Hello Sexy Poupée.
23:25 sur 12/02/2012
N'importe quoi.
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SUPER UTILISATEUR DU HUFFPOST
superfreak60
Hello Sexy Poupée.
11:45 sur 12/02/2012
Bon, comme toujours, les gens de droite sont prêts à réécrire l'histoire dans le seul but de nous faire croire que la gauche est la source de nos soucis.

Hello, ça fait plus de 30 ans que la droite a imposé son modèle économique à l'occident. Regan, Tatcher, le néolibéraliste et le libre échange, ça ne vous dit rien.

Arrêter de nous endormir avec vos niaiseries, les politiques économiques de la droite ont mis l'occident en faillite. S.V.P., gens de la droite, prenez vos responsabilités et admetter vos erreurs historiques.
07:31 sur 12/02/2012
La démocratie, c'est l'exercice quotidien du pouvoir du peuple, par le peuple, pour le peuple.

La démocratie, ce n'est pas voter, surtout pas voter tous les quatre ou cinq ans. La démocratie ne débute pas et n'est pas perpétuée par ce rituel non plus. De nos jours, c'est plutôt un fait qu'elle en meurt.

+++

Le bas taux de participation aux élections (seulement 24 électeurs canadiens inscrits sur 100 ont voté pour le Régime, aux dernières élections fédérales...) montre clairement le désenchantement des citoyens à l'égard de notre "démocratie"-du-vote, comme rituel quinquennal. D'où, du reste, la révolution Tunisienne, l'"effervescence" place Tahrir... l'action directe des indignados, Occupy Wall Street, le mouvement d'occupation au Canada, etc.

La démocratie est désormais dans la rue et fort probablement nulle part ailleurs, alors que, comme le montre éloquemment Robert Scheer, après Chris Hedges et tant d'autres parmi les plus grands esprits de notre temps, "Elections Are for Suckers".

http://readersupportednews.org/off-site-opinion-section/72-72/9893-elections-are-for-suckers

+++

Non, le culte du vote a disparu. Il est grand temps qu'anthropologues et sociologues en prennent bonne note et agissent en conséquence. Les citoyens s'affairent maintenant à développer un nouvel ordre mondial (en remplacement du présent désordre), en quête d'un monde pour tous.

"Un monde, un rêve"... N'était-ce pas précisément la devise des jeux de Beijing, marquant le retour de la Chine et le début du nouveau millénaire asiatique?
00:21 sur 12/02/2012
Je voterai quand je pourrai le faire sur le web devant mon ordinateur. Pourquoi prendre la peine de se déplacer physiquement et onéreusement pour aller faire la queue pour élire un représentant de notre choix. Dans le temps de Duplessis on transportait les voteurs gratuitement en taxi pour aller voter.! Aie! on est au 21ème siècle et l'on peut transiger sécuritairement par informatique (Internet) dans nos comptes bancaires! Allumez les boys!
19:54 sur 11/02/2012
Nous vivons en social-démocratie depuis plusde 30 ans au Québec. et le Canada est une social-démocratie depuis Trudeau. oui certains gouvernements qui on passé étais d'allégeance de droite "conservateur", mais notre système étais toujours une social-démocratie, comme ce l'est encore. Et comme par hazard, c'est depuis l'avènement de la social-démocratie "la gauche", nous accumulons les déficits au Canada, et au Québec en particulier. Et vous mr Warren vous prônez une gauche encore plus forte. Et bien a ce conte la, ont vas se ramassé dans le même état que la Grèce, ou l'Italie et l'Espagne. En faillite technique tout simplement. de méchant rêveur les gauchistes tant qu'a moi.....
19:30 sur 11/02/2012
Et ce n'est pas la CAQ qui arrangera les choses. Il y a déja des défections dans les camps, ça ne va que continuer.
19:29 sur 11/02/2012
Nous avons eu la gauche au pouvoir et le résultat n'est pas joli joli : elle a bien endetté le Québec.
17:55 sur 11/02/2012
Vous m'avez perdu dès les 2 premiers paragraphes. En quoi ces idées (égalité des sexes, lutte au racisme, tolérance envers les minorités et l'écologie) sont-elles exclusives à la gauche?

Vos indicateurs pour départager la gauche de la droite dans les sondages sont erronés. Si j'avais répondu à ces sondages, vous m'auriez comptabilisé comme étant de gauche, ce qui n'est pas le cas.
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PG13
14:30 sur 11/02/2012
L'affaire c'est que le Quebec est tres mal gere et le peuple tres imposé.

C'est difficile dans un climat de tarifs, taxes et impots élevés de convaincre le citoyen de virer plus a gauche au provincial
13:20 sur 11/02/2012
La plupart des Québécois ont découvert depuis peu qu'il y avait deux façons de gouverner : la gauche ou la droite. Ils pensaient qu'il fallait être fédéraliste ou séparatiste !

Le gouvernement Harper aura au moins appris ça aux Québécois.

On a toujours eu des gouvernements gauchistes sans vraiment le réaliser et on voit le résultat désastreux aujourd'hui.

Libérez-nous de la gauche !