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Les 12 travaux de TransCanada

29/11/2014 08:20 EST | Actualisé 29/01/2015 05:12 EST

À l'approche du temps des fêtes, je ne peux cacher ma fébrilité à l'idée de revoir s'enchaîner au petit écran mes dessins animés favoris à Ciné-Cadeau. Mon favori est sans conteste « Les douze travaux d'Astérix »! La particularité de cette année toutefois, est que j'aurai eu la chance d'assister à une série de travaux tout aussi rocambolesques que ceux d'Astérix de la part de TransCanada!

Permettez-moi donc d'étayer le récit des contorsions qu'a dû faire la compagnie d'oléoducs en osant défier les irréductibles Québécois.

1) La course contre la montre

Avril 2014 - Avant même que soient tenues des évaluations environnementales sur le projet Énergie Est visant à acheminer le pétrole bitumineux albertain vers les marchés d'exportation, TransCanada se lance dans une course aux travaux préparatoires pour la construction d'un port pétrolier à Cacouna.

Le hic : Choisir l'habitat jugé essentiel à la reproduction des bélugas pour construire ce port n'était peut-être pas l'idée du siècle. La compagnie albertaine s'attire l'ire des scientifiques et des Québécois. Ce sera le début d'une longue mobilisation citoyenne.

2) Combat extrême en Cour

Mai 2014 - Devant la rapidité à laquelle TransCanada veut procéder avec ses projets à Cacouna, une poignée de groupes environnementaux, incluant la Fondation David Suzuki, armés du Centre québécois du droit de l'environnement (CQDE), entreprennent des démarches judiciaires afin de stopper d'urgence les travaux prévus par la compagnie albertaine.

Verdict : Une première victoire est signée par les groupes environnementaux et le CQDE. TransCanada s'engage à demander une autorisation au gouvernement du Québec.

3) L'île du plaisir

Juillet-Août 2014 - Sans doute un des rares moments de répit pour TransCanada, la compagnie obtient, le 31 juillet, l'autorisation de forer à Cacouna, le tout dans la précipitation et sans avis scientifique.

Plaisir éphémère : En voulant aller trop vite, TransCanada se retrouve à nouveau en Cour.

4) Le jugement de l'oracle

Septembre 2014 - Coup de théâtre, la juge Claudine Roy suspend l'autorisation de forer de TransCanada jusqu'au 15 octobre, critiquant sévèrement au passage l'absence d'avis scientifique pour soutenir la décision du gouvernement.

On range les foreuses...

5) Le serpent à deux têtes

Octobre 2014 - Gaz Metro révèle que la conversion d'un gazoduc en oléoduc dans le cadre du projet Énergie Est affectera l'approvisionnement en gaz naturel du Québec, coûtant ainsi 100 millions $ par année aux entreprises et institutions québécoises. Un second gazoduc sera construit, mais de moindre capacité.

TransCanada seul au bal : Lors de l'annonce officielle de son projet, aucun représentant de la communauté d'affaires du Québec n'accepte de s'asseoir aux côtés de TransCanada.

6) L'antre de la bête

Novembre 2014 - Des documents secrets de TransCanada sont mis au grand jour par Greenpeace, révélant le détail stratégique de la compagnie pour faire accepter son projet Énergie Est par l'opinion publique. Plan orchestré par la plus grande firme de relations publiques au monde, Edelman - la bête est démasquée.

Bête indigeste: Le plan stratégique en soi n'est pas surprenant; par contre, les tactiques qui y sont mises de l'avant sont plutôt douteuses et universellement rejetées.

7) Obtenir le formulaire AS-Q (acceptabilité sociale québécoise)

Novembre 2014 - Sans doute au grand dam de TransCanada, le Québec n'est ni facilement domptable, ni prêt d'accepter aveuglément son projet Énergie Est. Pour preuve, 71% des Québécois sont en désaccord avec le port pétrolier à Cacouna et seulement 33% soutiennent le projet Énergie Est dans son ensemble.

Le village d'irrésistibles Gaulois: TransCanada pensait-elle obtenir le formulaire AS-Q si facilement au Québec? S'en sortira-t-elle indemne?

8) Le ravin et le fil invisible

Novembre 2014 - Devant l'opprobre que subit TransCanada, force est de constater que la compagnie ne marche pas simplement sur des œufs, mais qu'elle doit traverser un véritable ravin sur le mince fil de l'acceptabilité sociale.

Solution provisoire : On met de l'avant un nouveau porte-parole et on se sépare d'Edelman.

9) Répondre à l'énigme du vénérable Ministre Heurtel

Novembre 2014 - Le tollé que suscite TransCanada force le ministre de l'Environnement David Heurtel à poser sept conditions pour que son gouvernement accepte la portion québécoise du projet Énergie Est.

Mission impossible ?Bien des groupes ont applaudi la prise de position du Ministre Heurtel face à TransCanada. La question qui demeure toujours en suspens par contre : la compagnie saura-t-elle répondre adéquatement aux conditions posées?

10) David contre Goliath

Novembre 2014 - Dans un geste d'éclat, l'ancien porte-parole étudiant et récipiendaire de la bourse littéraire du Gouverneur général, Gabriel Nadeau-Dubois (GND), décide de s'opposer publiquement au projet de TransCanada en soutenant le mouvement citoyen « Coule pas chez nous ».

Tenir tête : L'appui de GND enflamme l'engagement des Québécois pour contrer les projets d'oléoducs - appui ayant dépassé le cap des $350,000.

11) L'homme fort de Montréal

Novembre 2014 - Dans un geste inédit, la Communauté métropolitaine de Montréal et l'Union des Municipalités du Québec, sous le leadership du Maire Denis Coderre, demande à l'Office national de l'Énergie de suspendre l'étude du projet Énergie Est. D'un seul trait, ce sont plus de 300 municipalités qui renvoient TransCanada faire ses devoirs.

Résultat : TransCanada poursuit le bras de fer, mais le maire Coderre pourrait lui infliger une défaite cuisante.

12) Par Toutatis! Le Ciel leur tombe sur la tête!

Le ciel est tombé sur la tête de TransCanada. Comme les légions romaines en Gaulle, la compagnie a pensé occuper rapidement le territoire québécois, puis le ciel leur est tombé sur la tête. L'atterrissage est douloureux pour une entreprise qui se voyait déjà Calife à la place du Calife!

Prochain numéro: Panique au pays de l'or noir.

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