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Le golfe du Saint-Laurent pour les nuls

14/06/2014 09:15 EDT | Actualisé 15/08/2014 05:12 EDT

Le Québec peut-il se permettre de ne pas aller voir ce que recèle la structure géologique d'Old Harry?

Voilà la question à plusieurs milliards de dollars, selon certains dires!

Pourtant, la véritable question ne devrait-elle pas être la suivante : le Québec (ou toute autre province) peut-il se permettre de mettre en péril le fragile équilibre de l'écosystème du golfe du Saint-Laurent dont dépendent de nombreuses communautés riveraines de cinq provinces?

Or, voilà déjà belle lurette qu'on s'intéresse à la structure géologique d'Old Harry, située en plein cœur du golfe du Saint-Laurent, à peine à quelques dizaines de kilomètres des provinces qui le bordent. C'est cette proximité des zones côtières habitées et la diversité des activités humaines qui s'y déroulent qui distinguent, entre autres, le golfe du Saint-Laurent des autres milieux marins extracôtiers où l'on exploite des hydrocarbures (pétrole/gaz).

Old Harry pour les nuls

De nombreux mythes circulent depuis longtemps sur Old Harry et les présumées réserves pétrolières du golfe du Saint-Laurent. Un nouveau rapport publié récemment par la Coalition Saint-Laurent rétablit les faits et fournit pour la première fois un survol complet des enjeux reliés aux hydrocarbures dans le golfe du Saint-Laurent. Ce rapport « golfe 101 » fait les constats suivants :

  • Aucune exploration ou exploitation d'hydrocarbures ne se fait présentement dans le golfe du Saint-Laurent;
  • Aucune réserve en hydrocarbures n'a été prouvée à Old Harry. On doit parler de structure géologique et non de gisement;
  • Impossible pour une province de siphonner les ressources éventuelles d'hydrocarbures d'une autre, autant pour des raisons techniques que légales;
  • En cas de déversement à partir d'Old Harry, le sud-ouest de Terre-Neuve-et-Labrador, les Îles-de-la-Madeleine et la Nouvelle-Écosse pourraient être particulièrement affectées. Mais peu importe où l'on fore dans le golfe, plusieurs provinces sont à risques;
  • Si ouvert à l'industrie pétrolière, le golfe du Saint-Laurent serait le seul endroit au monde avec l'Arctique où se déroulerait une exploitation de pétrole en présence de glaces hivernales...rendant pratiquement impossible toute récupération de pétrole advenant un déversement;
  • À elles seules, la pêche et le tourisme valent plus de 2 milliards de dollars par an pour l'ensemble du golfe;
  • S'il y avait véritablement des hydrocarbures récupérables à Old Harry, les redevances au Québec seraient potentiellement de 288 millions par année, alors que les revenus de la SAQ sont de 1 milliard de dollars par an.

Plus important encore, le rapport de la Coalition dresse une liste des lacunes qui ont été soulevées par différentes études indépendantes d'instances gouvernementales, de scientifiques et de firmes de consultation quant à la sensibilité et au manque de connaissances scientifiques sur le golfe du Saint-Laurent. Y sont soulignées également les lacunes techniques, règlementaires et légales entourant la question des hydrocarbures extracôtiers.

Mais revenons à notre question de départ : pourquoi ne pas faire un forage exploratoire afin de déterminer ce que recèle Old Harry?

Voici les raisons pour lesquelles il serait plutôt mal avisé d'aller de l'avant avec une telle initiative :

  • Le premier forage exploratoire est l'activité la plus risquée dans le processus de développement des hydrocarbures en haute mer. Une explosion majeure est plus propice de survenir à cette étape;
  • Avant d'aller « voir ce qu'il y a » à Old Harry, il faudrait en premier lieu :

  1. S'assurer que la responsabilité financière des compagnies est adéquate;
  2. S'assurer que nous ayons la capacité technique d'intervenir en cas d'accident;
  3. S'assurer de bien vérifier les capacités techniques et financières de Corridor Resources (la compagnie qui cherche à forer à Old Harry) qui n'a que très peu d'expérience en milieu marin;
  4. S'assurer d'obtenir l'assentiment des quatre autres provinces que nous mettrions ainsi à risque contre leur gré.

Quel avenir pour le golfe du Saint-Laurent?

Il ne fait pas de doute que plusieurs questions demeurent en suspens sur le dossier Old Harry. Pourra-t-on répondre aux lacunes soulignées dans le rapport de la Coalition Saint-Laurent? Pourra-t-on nous garantir des standards de haut calibre quant à la protection de l'environnement? Mais surtout, l'acceptabilité sociale ne pourra-t-elle jamais être au rendez-vous?

Face à ces incertitudes, de nombreux groupes des cinq provinces bordant le golfe du Saint-Laurent, ainsi qu'une coalition de Premières Nations, ont récemment lancé une pétition qui demande aux dirigeants provinciaux et fédéraux d'instaurer un moratoire pour l'ensemble du golfe, tout en les invitant à œuvrer de concert afin d'en assurer une gestion intégrée en consultation avec les communautés côtières.

Alors que la Semaine internationale des Océans et la Semaine du Saint-Laurent tirent à leur fin, et puisque le golfe du Saint-Laurent fait partie de l'identité et de la culture des communautés qui en dépendent, ne devrions-nous pas faire un cadeau aux générations futures en protégeant ce joyau de notre patrimoine écologique?

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