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Prière de ne pas nourrir le troll

03/12/2016 08:14 EST | Actualisé 03/12/2016 08:14 EST

Troll. Déjà, le nom évoque quelque chose de moche et de poilu. Je ne fais pourtant pas référence aux personnages de films fantastiques. Les trolls qu'on peut pourfendre d'un coup d'épée ont encore quelque chose de sympa. Ceux-là, surtout, on peut s'en débarrasser en appuyant sur stop.

Le troll auquel je fais référence, en fait, c'est votre voisin d'en bas. Celui qui a trois dents, un QI qui n'a besoin que de deux chiffres et un accès à l'internet. Le gars ou la fille qui aime insulter, bien planqué derrière son clavier, un sac de chips et une bière tablette à portée de main. Qu'est-ce qui fait réagir le troll ? Votre simple existence. Peu importe le sujet, il sera contre si vous êtes pour, et pour si vous êtes contre, ce qui n'a aucune importance puisque dans le meilleur des cas, il aura lu les trois premières lignes de l'article, s'il ne s'est pas contenté de regarder la photo. Son but, c'est de vous faire enrager, de vous blesser, de vous atteindre. C'est son seul moyen, le plus souvent, de se convaincre qu'il a une incidence sur le monde.

Le nombre de dents peut varier. Le QI, pas tellement... Le troll, en règle générale, n'a aucune culture et pas la moindre envie d'en acquérir, puisqu'il est persuadé de tout savoir. Je parlais de votre voisin d'en bas, mais il peut s'agir de votre frère, de votre oncle, de votre patron. Dur de le savoir, parce que le troll moyen se planque derrière un pseudo, le plus souvent. J'ai déjà plus de respect pour celui qui se ridiculise sous son véritable nom...

Mon vieux disait souvent que même les connards ont quelque chose à dire, et que de les écouter était une marque de respect. Exact. C'était toutefois à une époque où l'internet n'existait pas. Les choses ont changé. En personne, sans égard à l'opinion avancée, j'essaie d'écouter, puisque quelqu'un se donne la peine de s'adresser à moi. Sur le web, par contre, je n'en finirais plus de répondre au premier imbécile venu qui me soutient que l'Holocauste n'a jamais eu lieu.

Pour ceux qui me lisent régulièrement, vous savez que s'il m'arrive d'y aller en douceur, et en délicatesse, je ne me suis jamais gêné non plus pour frapper dans le tas, quand c'était mérité. Face aux abus policiers, aux manques de nos gouvernements, ou chaque fois qu'on nous prend pour des imbéciles en se disant que ça va passer, je sens mon psychopathe intérieur qui vibre, mais j'essaie de le retenir. J'ai peut-être seulement un mauvais caractère et zéro filtre, face au racisme, à l'homophobie et à la stupidité. Il y a de pires défauts.

Je lis rarement les commentaires des articles qui m'intéressent sur le net. Certains ne lisent que les commentaires. Chacun son divertissement. Le troll, lui, aime rentrer dans le lard de l'auteur ou de ceux qui aiment commenter, sans égard au sujet. Il a une opinion, et le monde entier doit l'entendre, surtout s'il y a une chance que celle-ci vous mette en colère. Au début, j'entrais dans leur jeu parce que j'aime bien faire éclater la bulle d'un abruti, ce qui revient quand même moins cher qu'un psy, question défoulement, mais le troll type ne s'arrête jamais. Tu lui réponds ? Il en rajoute une couche, parce qu'il est tout content d'attirer ton attention. Tu réponds encore ? Tu lui donnes l'impression d'être vivant, et c'est reparti pour un tour. Avant longtemps, tu te rends compte que tu as perdu une heure de ton temps à répondre à quelqu'un qui a du mal à attacher ses souliers tout seul, sans parler d'avoir une opinion sensée, alors tu finis par les laisser parler, en espérant que le karma existe, et que les freins d'un camion finiront bien par lâcher alors qu'il traverse la rue...

De façon générale, vous ne reconnaîtriez pas un troll en société, parce que la lâcheté les caractérise. Sans le confort de leur foyer, et l'anonymat relatif octroyé par la distance, ils se tiennent le plus souvent à carreau. Pour insulter directement les gens, ça prend un minimum de courage, ou de stupidité, selon la personne que tu insultes. Par exemple, je suis pas mal certain que personne n'est allé embêter Lucian Buté en face sur le résultat de ses analyses. Je sais que je ne le ferais pas en tout cas, parce qu'il me semble sympa, tout d'abord, mais surtout parce qu'il pourrait me coucher d'une main en faisant un sudoku de l'autre. Sur internet, toutefois, les trolls ne se sont pas gênés... Le troll qui n'est pas un lâche est généralement un inconscient, et ceux-là ne font pas de vieux os, car ils finissent toujours par provoquer la personne de trop. C'est la sélection naturelle, sauce internet.

Des milliers de trolls, à travers la province, ont des vies tristes et insipides, et déversent leur amertume sur les autres pour tenter de les ramener à leur niveau. Faites dérouler la section commentaires de n'importe quel article sur la politique, la religion, l'homosexualité ou tout sujet sensible qui vous vienne à l'esprit, et vous les trouverez sans même avoir à chercher. Ils sont nombreux.

Inutile, d'ailleurs, de tenter de les éduquer, parce que le plus souvent, ils ignorent tout de leur état, et se trouvent tout à fait exceptionnels. De plus, faudrait parler vachement fort pour enterrer l'émission de Radio-X qui constitue l'essentiel de leur apport en culture...

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