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Vers une mutation pornographique au cinéma <em>(en attendant Lars von Trier)</em>?

05/11/2013 11:49 EST | Actualisé 05/01/2014 05:12 EST

Il y a peu, je parlais ici même de Gonzo, mode d'emploi (réal: John B. Root). Le film, projeté dans le cadre du Festival du nouveau cinéma (FNC), se présentait comme un documentaire sur un tournage de film porno qui ne lésinait pas sur la production de fluides corporels.

Par un hasard du calendrier, le DVD du film Lovelace (réal: Jeffrey Friedman et Rob Epstein), sort en ce moment même avec comme cadre, lui aussi, le milieu de la pornographie. Par contre, il s'agit ici de celle des origines (du moins, des débuts de son exploitation commerciale de grande envergure).

Mettant en vedette une Amanda Seyfried très convaincante, le film propose une vision édulcorée de la vie de Linda Lovelace, première star du X qui partit, par la suite, en croisade contre la pornographie et les violences faites aux femmes. Si le traitement est particulièrement soft (malgré une classification 16 ans et plus au Québec), ce qui peut sembler logique en raison de son message, tous les films n'en font pas de même.

Les cinéphiles montréalais auront eu, cet automne, l'occasion de voir quelques productions beaucoup plus explicites. Avec son excellent film La vie d'Adèle, Palme d'or lors du dernier Festival de Cannes, Abdellatif Kechiche ne cache pas l'intimité de ses actrices! L'inconnu du Lac (réal: Alain Guiraudie) comporte pour sa part des scènes d'homosexualité masculine très crues, avec fellations et éjaculations en gros plan. Je cite ces deux films car ils sont sortis en salle récemment, mais les habitués de festivals pourraient dresser une liste bien plus longue (je mettrais en tête de liste, pour ma part, l'excellent Clip, de Maja Miloš, vu au FNC 2012 et maintenant disponible en DVD)

Mais ce phénomène est-il nouveau? Bien sur que non! Nous nous contenterons de citer quelques exemples marquants, comme Marlon Brando et sa plaquette de beurre (Le dernier tango à Paris) ou un œuf sortant d'un vagin dans L'empire des sens (lui aussi Palme d'or en son temps). Carole Laure aurait probablement envie d'ajouter Sweet Movie de Dušan Makavejev, qui osait faire ce que plus personne n'oserait faire aujourd'hui.

La nouveauté n'est pas l'existence de ces scènes, mais l'évolution du sens que leur donnent les metteurs en scène. Certes, les mœurs évoluent, mais surtout, ces scènes se départissent de plus en plus de leur aspect sulfureux (voir clandestin, dans le cas de L'empire des sens) pour devenir avant tout un moyen supplémentaire d'alimenter la fiction. Leur caractère provocateur était peut-être nécessaire à une époque où il fallait changer les mentalités, mais leur usage semble maintenant se voir attribuer un autre rôle. Lors de mon entrevue avec Abdellatif Kechiche, le metteur en scène me disait s'être très peu posé de questions quant aux limites à s'imposer, probablement car la longue scène de sexe de son film n'est pas intégrée pour choquer, mais pour témoigner d'«un acte d'amour».

Si pour lui, comme pour les cinéastes cités plus hauts, les représentations de la sexualité parviennent à renforcer l'impact de la fiction, c'est aussi parce qu'ils sont capables de ne pas sombrer dans la provocation, la scène-choc, celle dont on parle davantage pour son caractère sulfureux que pour ses qualités artistiques au service d'une narration ou d'un personnage.

À ce titre, nous attendons de pied ferme le Nymphomaniac de Lars von Trier qui cache trop souvent son talent derrière un esprit provocateur qu'il maîtrise parfois difficilement (que ce soit au cinéma ou dans ses déclarations publiques). S'il se plante, à côté des Kechiche ou Guiraudie, il risque de devenir un vieux ringard de la provocation.

Cependant, quel que soit le résultat, en intégrant numériquement des parties génitales d'acteurs pornographiques au corps de ses acteurs mainstream il aura au moins exploré une nouvelle piste. Peut-être même ouvre-t-il la voie à une nouvelle ère qui verrait naître la fusion de la pornographie et du cinéma traditionnel; une ère où un même personnage, dans un même plan, pourra être incarné par deux acteurs différents! La démarche peut laisser dubitatif... mais pourquoi pas, finalement?

Cela permettrait de montrer ce que veulent les réalisateurs sans traumatiser des acteurs généralistes, ni avoir recours à des acteurs pornographiques dont le talent de comédien laisse souvent à désirer!

Mais tout cela en vaut-il vraiment la peine?

À suivre...

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