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Se réconcilier avec (le cinéma de) Xavier Dolan

17/09/2014 11:49 EDT | Actualisé 17/11/2014 05:12 EST

Xavier Dolan ne laisse pas indifférent! Dès son premier film, il prenait le risque de déplaire. L'essai était courageux... mais déjà, la tendance du jeune cinéaste à se voir trop beau et trop intelligent pouvait agacer.

Puis vint Les amours imaginaires, très beau film peut-être trop tape-à-l'oeil pour certains mais finalement en phase avec l'univers post-adolescent qu'il dépeignait.

Dolan eut ensuite la bonne idée d'aborder un sujet plus complexe et ambitieux (Laurence Anyways). Il le fit malheureusement avec l'assurance d'un génie qu'il ne possédait pas et avec une arrogance toujours aussi ostensible et, d'année après année, de moins en moins excusable! Le film fut un pétard mouillé, bien chanceux de se retrouver malgré tout sélectionné au Festival de Cannes dans la section Un certain regard... même si le réalisateur, rêvant de se mesurer aux plus grands, aurait souhaiter à son film un autre sort. Ce revers lui fut peut-être finalement bénéfique.

Le film suivant, Tom à la ferme, abordait en effet lui aussi un sujet difficile (le deuil et l'homosexualité non acceptée par les autres) en gagnant un peu en maturité. Il restait par contre un handicap de choix: Dolan acteur. Une longue chevelure frisottée et blondasse change une tête, mais elle ne donne pas un talent... Or, il faut bien l'admettre, les talents d'acteur de Xavier Dolan sont très limités et son jeu, aussi caricatural que prévisible, finit par plomber le film.

On commençait donc à se dire que Les amours imaginaires était un bel accident de parcours, et qu'à force de vouloir être un génie trop omniprésent, Xavier Dolan allait finir par se brûler les ailes avant même d'avoir décollé du sol.

Mais soudain, contre toute attente, l'improbable prit forme avec Mommy.

Le jeune Dolan laissa enfin tomber sa chrysalide d'ado ne pensant qu'à lui. Il devint un jeune adulte, et par la même occasion un vrai cinéaste.

Certes, le réalisateur s'aime probablement toujours autant qu'avant et se voit certainement toujours plus grand qu'il ne l'est (son discours cannois ne laisse-t-il pas supposer qu'il s'attendait à recevoir la récompense suprême?). Pourtant, au visionnement de son film, il devient évident que quelque chose a changé. Pour une fois, ce qui saute au yeux n'est plus l'amour démesuré de Dolan pour lui-même (qu'il soit acteur ou metteur en scène), mais un profond respect pour ses personnages et pour le cinéma. Les premiers ne sont plus un outil au service d'un ego disproportionné, mais deviennent le point central du film, sa véritable raison d'exister. Pour sa part, la mise en scène semble elle aussi être plus au service de la logique interne du film que d'un talent en manque de reconnaissance universelle: les prises de risque visuelles servent plus la narration qu'elles ne sont destinés à épater la galerie et les petits moments pop agissent comme des respirations salvatrices. Ainsi, Dolan parvient à mettre de côté cet insupportable message subliminal qui déteignait sur tous ses films précédents - «Je suis un génie précoce: aimez-moi comme je m'aime» - pour enfin se mettre au service de son film.

En agissant de la sorte, il nous confirme qu'il commence à évoluer dans le bon sens. Surtout, il nous permet de voir son talent de manière plus objective.

Vous l'aurez compris, le personnage Dolan a tendance à m'exaspérer. Je ne suis pas le seul! Par contre, pour une fois, il ne phagocyte plus son film. Qu'importe donc ce que l'on peut penser de l'homme public. Peut-être s'assagira-t-il avec le temps? Peut-être pas. Mais cela ne compte pas vraiment... ou ne devrait pas compter.

Ce qui compte, c'est le cinéma!

Pour cette raison, même si Dolan vous exaspère, prenez sur vous et allez voir Mommy, son dernier film. Il se peut même que vous aimiez ça!

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Des gifs du film Mommy de Xavier Dolan

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