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Lettre ouverte à Mathieu Laverdière, directeur photo du film <em>Une jeune fille</em>

06/10/2013 10:04 EDT | Actualisé 07/12/2013 05:12 EST

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Je ne sais pas si Mathieu Laverdière est en passe de devenir le meilleur directeur photo du Québec, et je ne veux pas le savoir. Certains de ses collègues sont très talentueux, et je ne souhaite pas avoir en réponse à ce billet des réponses destinées à me venter les mérites de tel ou tel. Surtout, la direction photo n'est pas une compétition, et je ne souhaite pas me livrer à un comparatif entre lui et ses confrères. Ce que je sais, c'est que Mathieu Laverdière est celui qui me touche le plus... par ses choix autant que par son talent. Je ne l'ai jamais rencontré... mais après avoir vu Une jeune fille, j'ai eu envie de lui écrire ces quelques mots.

Cher Mathieu Laverdière,

Nous ne nous connaissons pas, mais pourtant, votre travail ne cesse de m'impressionner un peu plus film après film. Je sais que vous aviez déjà travaillé avec François Delisle ou Rodrigue Jean, mais c'est lorsque vous avez croisé la route de Marc Bisaillon que j'ai commencé à m'intéresser à vous. Dans son très beau film La vérité (largement sous-estimé à mon goût), vous n'accablez jamais les personnages que vous filmez, votre lumière semble au contraire les nourrir, leur donner la force de vivre et de faire face à leurs actes passés. Pour sa part, votre cadre y possède la fragilité et l'incertitude de la caméra tenue à l'épaule, mais parvient à rester suffisamment stable pour ne pas prendre le pas sur les personnages, leurs doutes, leurs souffrances. La qualité de votre photo a probablement grandement servi La vérité. L'attachement évident de Marc Bisaillon pour ses personnages m'a pour sa part permis de comprendre vos qualités, que l'on retrouvera tout le temps par la suite: pour vous, le fond et la forme ne font qu'un. Le second sert le premier, qui est plus important pour vous que votre ego de faiseur d'image. Vous donnez l'impression de ne pas créer une image pour elle-même, mais pour un film, et surtout, pour les personnages qu'elle contribue à rendre vivants.

Par la suite, nous avons eu la confirmation de vos qualités dans d'autres films. Alors que certains de vos collègues ont tendance à trop imposer leur marque aux films qu'ils photographient, vous semblez préférer les aider à être meilleurs, même si vous devez pour cela ne pas faire étalage de votre talent.

C'est ce qu'on retrouve dans Gabrielle. Votre image est vive et mobile, mais toujours lisible, attentive, respectueuse de ses personnages. Elle est un peu le poumon gauche de Gabrielle, comme la chorale dans laquelle elle chante est son poumon droit. Même lors de certaines scènes plus graphiques (Gabrielle en scooter avec sa sœur, Gabrielle perdue dans Montréal), l'image reste au service du film, des personnages, de leur joie ou de leur fragilité.

Nous pourrions parler de toute votre filmographie récente... vos offrez à Nuit #1 (que je dois avouer ne pas avoir beaucoup aimé en raison d'un texte d'une naïveté adolescente assez ridicule) une image remarquable, aussi poisseuse et glauque que celle de La vérité était lumineuse et remplie d'espoir. Vous offrez au Torrent (excellent film sous-estimé, comme La vérité) une image une fois de plus sublime qui nous aide à pénétrer dans l'univers mental du héros...

Mais je vais surtout parler d'Une jeune fille, qui sort au Québec ce vendredi. Je vous appréciais en grande partie pour votre maîtrise de la caméra à l'épaule. J'ai été avec le film de Catherine Martin impressionné par vos plans fixes (qui doivent représenter facilement les 3/4 du film). Des images sans soleil, cadrées à la perfection, qui montrent l'enfermèrent de l'héroïne dans le carcan de cette vie qui semble sans espoir (sans pour autant l'étouffer en raison d'une trop grande froideur). Subtilement, avec une facilité à nouveau déconcertante, vous filmez l'irruption d'un espoir en faisant évoluer votre manière de cadrer, en introduisant quelques rayons de soleil encore timides. Vous aidez ainsi Catherine Martin à redonner espoir à ses personnages un peu marginaux, à les rendre touchants, beaux, bien plus humains et attachants que leur entourage rongé par la cupidité.

En plus d'être belles, vos images aiment les films et leurs personnages plus qu'elles ne s'aiment elles-mêmes ou plus qu'elles ne sont au service d'une signature. Elles semblent toujours servir la même cause: celle des personnages, des films, en un mot du cinéma.

Pour cela, sincèrement, je vous remercie!

Jean-Marie Lanlo

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