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<em>Le Météore</em> de François Delisle : une double merveille

26/01/2014 09:53 EST | Actualisé 28/03/2014 05:12 EDT

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J'ai déjà écrit, à l'occasion de mon bilan 2013, tout le bien que je pensais du dernier film de François Delisle Le Météore (lire également ma mini critique).

L'actualité récente me pousse à parler une nouvelle fois du Météore! François Delisle a, en effet, eu la bonne idée de reprendre son texte pour en faire un livre, illustré des Polaroïds d'Anouk Lessard qui ont inspiré la genèse du film. Comme je l'ai déjà écrit dans ma critique référencée plus haut, dans le film, «l'image répond au texte, l'illustre, l'évoque, s'efface parfois devant lui ou au contraire le renforce.» Si le dialogue entre l'image et le texte y est magnifique, rien ne pouvait permettre d'assurer que le texte seul aurait la même force.

Très vite pourtant, en feuilletant le livre, nous sommes rassurés. Dès la troisième page, le texte prend le dessus sur nos souvenirs du film. «Ma sœur va mourir. La première de la famille. Ça commence.» Le style sec de Deslise, sa capacité à faire vivre en quelques mots ses personnages et leurs souffrances, leurs craintes ou leurs regrets devient une évidence. Son texte n'est plus uniquement l'élément d'un film, mais devient une oeuvre littéraire autonome.

Nous n'aurons pas l'audace de comparer Deslile à la fois à Duras et à Resnais, mais pourtant, il me revient le souvenir de mon expérience de spectateur/lecteur d'Hiroshima mon amour. Pour moi, l'élément essentiel du scénario de Duras (disponible en format poche, chez Folio) est l'histoire d'amour entre une Française et un soldat allemand. Par contre, le film porte surtout, à mes yeux, sur la rencontre d'une Française et un Japonais. Les autres spectateurs/lecteurs «des» Hiroshima mon amour ressentent peut-être les choses différemment, mais le texte de Duras et le film de Resnais restent dans mon souvenir personnel deux œuvres à part entière, avec qui j'entretiens deux rapports distincts. À la lecture du Météore, je retrouve cette même impression, contrairement à ce qui se produit habituellement lorsqu'on lit un scénario (on lui superpose alors presque naturellement le souvenir des images du film).

Le lecteur pourra facilement vérifier s'il partage mes impressions grâce au supplément offert avec le livre (un DVD du film de Delisle!). En visionnant le film après avoir lu le livre, il reconnaîtra, bien évidemment, le texte commun aux deux œuvres... mais il aura surtout peut-être le plaisir de vivre des émotions différentes, d'être bouleversé par la charge émotionnelle de ces deux œuvres à des moments qui n'ont rien de commun.

Peut-être, cependant, verra-t-il une similitude entre ces deux expériences complémentaires. Après avoir refermé le livre, comme après les derniers instants du générique de fin, il ressentira peut-être la même chair de poule envahir ses avant-bras... à moins qu'il ne reste, dans les deux cas, abasourdi par des oeuvres si fortes qu'elles semblent venir d'ailleurs.

Comme un météore, en quelque sorte...

Le livre jouit d'une distribution limitée et n'est disponible que dans les librairies Le port de tête et Raffin.

Le DVD seul sera prochainement disponible chez FunFilm.

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