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Pourquoi il ne faut pas arrêter de subventionner les écoles privées?

13/04/2016 10:55 EDT | Actualisé 14/04/2017 05:12 EDT

En réponse au billet de Martin Legault «Des écoles publiques optimales pour soutenir l'interculturalisme, l'égalité des chances et l'économie», publié sur le site du Huffington Post.

M. Legault, vous affirmez qu'il y a une croissance du nombre d'élèves qui fréquentent l'école privée au Québec. Selon les statistiques du ministère de l'Éducation, le pourcentage se situe à 12 % depuis une dizaine d'années. Il peut y avoir de petites fluctuations en nombre absolu attribuables aux changements démographiques, mais nous sommes en situation de stabilité.

Nous sommes bien d'accord avec vous qu'il faut repenser notre système d'éducation afin d'amener davantage d'élèves à la diplomation. Le nombre de jeunes Québécois qui quittent l'école sans diplôme est une honte. Les centres de formation professionnelle et les écoles d'éducation aux adultes font un bon travail de récupération, mais nous laissons tomber beaucoup trop de jeunes en cours de route, compromettant ainsi leur avenir et celui de notre société.

Abolir les subventions à l'école privée est-elle une bonne façon d'amener plus d'élèves à la réussite scolaire?

La réponse est non. C'est un mythe de croire qu'en abolissant les subventions à l'école privée, on obtiendra une plus grande mixité sociale dans les classes et de meilleurs résultats.

Que se passe-t-il dans les endroits où l'école privée n'est pas subventionnée, comme aux États-Unis? L'école privée est réservée à l'élite financière, soit les familles qui ont un revenu de plus de 200 000 $ par année. Il y a bien quelques élèves qui bénéficient de bourses, mais de façon générale, les familles des classes moyennes et aisées choisissent d'habiter dans des quartiers où les écoles publiques offrent des programmes particuliers et sélectionnent les élèves. La qualité de l'école publique du quartier devient un critère de choix pour l'achat d'une résidence et influe sur le prix des habitations.

On constate ce phénomène dans d'autres juridictions, notamment en Ontario. Depuis que le gouvernement a coupé les subventions aux écoles privées, on constate la multiplication des programmes sélectifs, comme le programme d'immersion française, dans les écoles publiques des quartiers plus aisés. Ces programmes attirent des élèves qui auraient opté pour l'école privée si elle leur avait été accessible. On retrouve ainsi l'équivalent des écoles privées québécoises, mais entièrement financées par les contribuables.

Si le gouvernement arrêtait demain matin de subventionner l'école privée, la vaste majorité d'entre elles fermeraient, puisque peu de familles québécoises peuvent débourser des montants de l'ordre de 10 000 $ par année en frais de scolarité. Il s'en suivrait un déplacement massif des élèves des écoles privées vers des programmes particuliers des écoles publiques, entraînant des frais additionnels de plus de 600 millions $ par année pour le gouvernement du Québec, sans compter la hausse des taxes scolaires et les investissements en immobilisation que devrait faire le gouvernement afin d'avoir suffisamment de places pour accueillir ces élèves.

L'école privée: un organisme à but non lucratif autonome, soutenu par sa communauté

Les écoles privées québécoises sont des organismes à but non lucratif qui appartiennent à leur communauté. Certaines sont des coopératives. La majorité d'entre elles existent depuis bien avant la Révolution tranquille, la plus vieille étant L'École des Ursulines de Québec, fondée en 1639 par Marie-de-l'Incarnation.

Ces écoles font partie de notre patrimoine. Avec le temps, les communautés religieuses se sont retirées et les écoles sont devenues laïques, mais elles demeurent fidèles à la culture québécoise et permettent à leurs élèves de s'imprégner de notre histoire. Aussi, il faut le mentionner, elles protègent le patrimoine québécois en permettant à des bâtiments patrimoniaux de conserver leur vocation première.

Certaines écoles privées ont été créées au cours des cinquante dernières années par des parents qui rêvaient d'une école différente, autonome et inclusive. Ces écoles offrent un encadrement de qualité et favorisent la conciliation travail-famille.

Les écoles privées ont l'obligation, tout comme les écoles publiques, de suivre le Programme de formation de l'école québécoise et d'embaucher des enseignants qui ont leur permis d'enseignement du Québec. Ce qui les distingue de l'école publique, c'est leur autonomie. Elles relèvent directement du ministère de l'Éducation et elles sont gérées par leur communauté.

Chaque école privée québécoise a une vision qui lui est propre, détermine elle-même son projet éducatif en concertation avec la communauté, embauche son personnel et négocie directement avec lui les conditions de travail. L'école privée est responsable de ses installations et les entretient avec soin.

Les écoles privées affichent des résultats impressionnants en termes de réussite scolaire. Les parents qui les choisissent sont satisfaits à 99 %, selon un sondage CROP réalisé à l'automne 2014. Les familles et les anciens y sont profondément attachés et contribuent activement à leur développement, en s'impliquant au sein du conseil d'administration et de divers comités, ou encore en contribuant à la Fondation pour donner des bourses d'études aux élèves de familles moins favorisées.

Depuis une dizaine d'années, les nombreux ministres de l'Éducation ont fait pression sur les écoles privées subventionnées pour qu'elles accueillent davantage d'élèves ayant des défis particuliers. Elles ont répondu à l'appel et développé des programmes ou des séries de mesures pour accueillir davantage de ces élèves, et ce, sans aide financière de l'État. Cela s'est fait en collaboration avec le personnel, dans le respect du projet éducatif de l'école, et beaucoup d'efforts ont été déployés pour que les enseignants soient formés adéquatement afin d'amener ces élèves à la réussite. Les résultats sont impressionnants.

Parce qu'elle est autonome et soutenue par sa communauté, l'école privée québécoise est en mesure de s'adapter aux défis du 21e siècle et d'amener à la réussite des jeunes aux profils variés.

Plutôt que de plaider en faveur de la disparition de ce qui fonctionne bien en éducation au Québec, pourquoi ne pas s'en inspirer pour amener tous nos jeunes à la réussite?

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