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La pensée molle de Jean-François Lisée

18/04/2017 10:51 EDT | Actualisé 19/04/2017 02:37 EDT

Le chef du PQ y est allé dernièrement d'une autre déclaration malheureuse et maladroite en soutenant que «Noël et Pâques ne sont pas que des fêtes religieuses». Qu'est-ce à dire au juste? De prime abord, j'ai cru que Lisée voulait dire que Noël et Pâques ne sont pas des fêtes religieuses. Erreur, et je m'excuse. J'ai glissé sur cette peau de banane que le chef a laissé traîner derrière lui. Par ailleurs, assurément, Pâques, par exemple, est d'abord une fête juive qui commémore l'exode des juifs d'Égypte. Mais, de cela, Lisée n'en a cure.

Sommes-nous ici devant les désormais populaires «faits alternatifs»? Du genre: les fêtes religieuses chrétiennes de Noël et Pâques ne sont pas véritablement des fêtes religieuses? Cette assertion est évidemment manifestement fausse. Ce que voulait dire Lisée, selon toute vraisemblance, c'est que ces fêtes religieuses sont des fêtes qui n'ont d'existence que dans le cadre politique d'un État laïque moderne - l'État québécois. Donc, ce sont d'abord des fêtes - des célébrations individuelles et privées - sous la haute tutelle de l'État. Un État laïque ne doit en aucune manière cautionner ces célébrations «sectaires» parce qu'elles n'intéressent qu'une minorité de Québécois. Se voulant rassembleur, l'État laïque ne doit privilégier aucune religion ou aucune spiritualité. C'est ainsi que, par exemple, la fête «sectaire» de la Saint-Jean-Baptiste est devenue, par rectitude politique, la Fête nationale de tous les Québécois. La référence au catholicisme, qui a pourtant marqué le Canada français, a été biffée par le législateur.

Le regretté Jacques Grand'Maison pourfendait ce qu'il désignait comme la «pensée molle», les valeurs molles, c'est-à-dire: «les pratiques de vie médiocres, des liens et appartenances éphémères, des solidarités et des manifestations ponctuelles.» (Ces valeurs dont on parle si peu. Essai sur l'état des mœurs au Québec, 2015).

L'État laïque met sur un même pied toutes les valeurs, toutes les croyances. Il plaide pour le pluralisme des valeurs et des croyances; sa vertu centrale est la tolérance.

L'État laïque met sur un même pied toutes les valeurs, toutes les croyances. Il plaide pour le pluralisme des valeurs et des croyances; sa vertu centrale est la tolérance. Nous assistons au triomphe de la pensée molle.

Lorsque, comme Grand'Maison, nous osons mettre en question la pensée molle dominante, on se voit taxé de vieux réac de droite, de rétrograde, de néoconservateur, etc.

En fait, la pensée molle dont parlait Grand'Maison, c'est le rationalisme ambiant de la civilisation occidentale qui en est cause. C'est au philosophe britannique Michael Oakeshott que l'on doit cette importante élucidation dans son essai Le rationalisme en politique (1949).

Le rationalisme carbure aux problèmes. Le mystère, il ne peut y en exister selon sa lorgnette rationaliste. Tout, un jour, sera explicable rationnellement. Or, aujourd'hui, les démocraties occidentales sont aux prises avec le pluralisme des valeurs et des croyances. C'est le problème de l'heure. L'État laïque rationnel en est la solution. D'où la pléthore de chartes de tout acabit.

Or, en rasant toutes les croyances religieuses à la même hauteur, on se trouve à les pervertir, à les ratatiner telle une peau de chagrin. D'où la pensée molle: le relativisme des valeurs et de croyances est enseigné dans le cours Éthique et culture religieuse depuis 2008. Ce qui conduit au nihilisme: la négation de toute croyance, de toute valeur. Ô misère!

Nietzsche annonça ce qu'il appela la «transmutation» des valeurs. Le processus est bien amorcé, mais vers le bas. Les vertus fondamentales chrétiennes - foi, espérance et charité - sont désormais mises hors d'usage en raison du pluralisme. Ce qui conduit naturellement Lisée à contester la légitimité du sens des fêtes chrétiennes de Noël et de Pâques.

Lorsqu'un parti comme le Parti Québécois en vient à contester la légitimité de pans complets de la culture religieuse des Québécois, prétextant le caractère pluraliste de la société québécoise, quelle belle façon pour ce rationalisme de se tirer dans le pied en jetant aux orties ce qu'il prétend par ailleurs promouvoir, à savoir la culture québécoise!

Lisée n'est qu'un autre épigone de cette «maladie transmise culturellement» et qui a pour nom le rationalisme.

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