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Hors de la Science, point de salut!

Je suis croyant de confession catholique, et trouve blessant qu'une responsable politique, représentant de tous les Canadiens comme l'est madame Payette, à titre de gouverneure générale, amalgame l'astrologie à la foi chrétienne.

07/11/2017 09:00 EST | Actualisé 07/11/2017 13:22 EST
Chris Wattie / Reuters
Former astronaut Julie Payette takes part in a news conference announcing her appointment as Canada's next governor general, in the Senate foyer on Parliament Hill in Ottawa, Ontario, Canada, July 13, 2017. REUTERS/Chris Wattie

Julie Payette, la nouvelle gouverneure générale en poste depuis le 2 octobre dernier, a pris la parole, mercredi, devant quelques centaines de scientifiques et de chercheurs réunis à Ottawa dans le cadre du congrès annuel de la Conférence sur les politiques scientifiques canadiennes (CPSC).

Dans son discours, Mme Payette, une ancienne astronaute diplômée en génie informatique, s'est demandé comment il est possible que certaines personnes croient encore qu'une « intervention divine » soit à l'origine de la vie ou que la personnalité soit déterminée par l'astrologie.

Comme si la croyance chrétienne était parfaitement irrationnelle à l'égal de l'astrologie!

Je ne suis pas adepte de l'astrologie. Toutefois, je suis croyant de confession catholique, et trouve blessant qu'une responsable politique, représentant de tous les Canadiens comme l'est madame Payette, à titre de gouverneure générale, amalgame l'astrologie à la foi chrétienne voulant que Dieu soit le créateur de tout l'univers, en particulier de la vie sur terre. Comme si la croyance chrétienne était parfaitement irrationnelle à l'égal de l'astrologie!

La position de la gouverneure générale me rappelle celle du philosophe Bertrand Russell qui assimilait volontiers la croyance en Dieu à la croyance en l'existence d'une théière chinoise en orbite autour de la terre...

Madame Payette mérite tout mon respect pour sa carrière scientifique d'astronaute. Toutefois, en matière de sagesse, elle me déçoit grandement. Aujourd'hui, nous avons coutume de faire de la science le sommet de la sagesse. Comme l'écrit le philosophe néo-thomiste Jacques Maritain : « La tragédie de la civilisation moderne ne vient pas de ce qu'elle a cultivé et aimé la science à un degré élevé et avec des réussites admirables, mais bien de ce que cette civilisation a aimé la science contre la sagesse. » (« Science et philosophie », dans Quatre essais sur l'esprit dans sa condition charnelle, Alsatia, Paris, 1956, p. 170)

En effet, la sagesse a disparu, laissant tout le champ libre à la science. Nous assistons donc au triomphe des Lumières, la victoire de la 'Raison', sur la superstition, dont la religion en est la manifestation principale. Voltaire se plaisait à déclarer : « La superstition enflamme le monde; la Raison l'éteint. ». Comme il serait bon, selon les Philosophes des Lumières, dont Julie Payette se fait l'écho, si les gens devenaient enfin raisonnables – dont les musulmans en particulier - le monde vivrait dans une paix soigneuse. Voilà, en gros, la « sagesse » des modernes.

La sagesse s'en est donc allée. Ne comptez plus sur aucun grand philosophe ou sage. Socrate ou Jésus, par exemple. Comme le disait Carl Sagan : « On ne peut entièrement s'en remettre à ce que les disent. Il faut plutôt considérer ce que sont les preuves. » Il faudrait donc être objectif en évitant le témoignage biaisé des gens. » (The Varieties of Scientific Experience. A Personnal View of the search for God, 2006, p. 153).

Il n'y a pas de vérité sans preuve laquelle doit obéir aux canons de la méthodologie scientifique.

Preuve, preuve, preuve ! Voilà les trois mots-clés de la sagesse moderne. Il n'y a pas de vérité sans preuve laquelle doit obéir aux canons de la méthodologie scientifique.

Voici un tableau (une peinture) de Riopelle. La signature en donne la garantie. Il s'agit d'un vrai Riopelle. Deux concepts de vérité sont ici enjeu. Car la signature n'est peut-être pas celle de la main du peintre, mais d'un faussaire. Qu'est-ce qui le garantit alors ? D'autres éléments factuels dont le matériau de la toile, les coups de pinceau, la mixture des couleurs utilisées à l'époque, etc. C'est la vérité (ou fausseté) factuelle. D'autre part, il y a le style caractéristique du peintre; sa manière picturale propre, etc., qui signe l'authenticité de l'oeuvre. Ici, la vérité ne renvoie pas aux faits, mais à des concepts. C'est la vérité conceptuelle.

La sagesse présente donc deux conceptions de la vérité : vérité factuelle et vérité conceptuelle. La science, du moins selon ses épigones, dont la vénérable Julie Payette, ne carbureraient qu'aux faits, qu'à la vérité factuelle.

On ne jure aujourd'hui que par les faits. Erreur. Il y a aussi la vérité conceptuelle qui demeure centrale. Car si ma preuve n'est pas de nature factuelle, je n'ai pas de preuve. Si je ne puis voir, toucher, entendre, sentir Dieu, je n'ai pas de preuve de son existence. En d'autres termes, le croyant n'a pas de «vraies» preuves de Dieu. Ici, «avoir des preuves», de véritables preuves, de Dieu signifie 'avoir une preuve sensible au moyen des cinq sens'. Or, une «vraie preuve» est une vérité conceptuelle en tant qu'elle est conforme à la méthodologie de la science.

Toute vérité en science ne correspond donc pas forcément à une vérité factuelle. Mais l'«idéologie» scientifique est telle qu'elle veut que tout doive reposer uniquement sur des faits. Ce qui est faux.

Celui qui a le mieux compris la sagesse concernant la vérité, c'est un théologien, saint Thomas d'Aquin (1224-1274). Dans sa fameuse Somme théologique que les modernes ont rejetée, l'Aquinate distingue la vérité factuelle et la vérité conceptuelle. On ne peut avoir l'une sans l'autre.

Bertrand Russell, qui détestait souverainement Thomas d'Aquin, l'excluait du cénacle des grands philosophes (Voir son Histoire de la philosophie occidentale, Livre I, chapitre XIII). C'est une fort sérieuse méprise. Un trait fut tiré sur la sagesse. Car Russell, en portant aux nues la vérité factuelle de la science, se trouva à dénigrer la sagesse qui distingue aussi la vérité conceptuelle.

Madame Payette ne fait que poursuivre l'œuvre de sape de Lord Russell. L'Âge des ténèbres n'est pas celui du Moyen-Âge où vécut saint Thomas d'Aquin, mais notre époque contemporaine qui rejette la sagesse.

George Orwell déclarait que la disparition de la vérité du monde l'effrayait plus que les bombes. Saluons la sagesse de l'auteur de 1984.