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Après 50 ans: faillite de l'enseignement général au cégep

Le problème fondamental du progressisme en éducation est le nivellement par le bas.

12/09/2017 09:00 EDT | Actualisé 12/09/2017 09:29 EDT
Sami Sert via Getty Images
La victoire de la pensée politique progressiste fut telle qu'on assista depuis lors à une espèce d'autodafé d'un immense pan de la culture occidentale.

Le Devoirdans son édition du 7 septembre dernier consacrait une page au succès auprès de jeunes adultes que connaît le Collège néo-classique, affilié au Collège universitaire dominicain d'Ottawa.

Ces jeunes avouent manquer « de culture générale et de perspective historique ». Le père Maxime Allard, dominicain, cofondateur du Collège néo-classique déclare : « La culture générale, l'histoire des grands principes, l'histoire des institutions, ça peut servir à la prise de décisions dans l'espace public, dans l'espace politique et social. » Et comment donc !

Prenons seulement l'histoire des grands principes. Je me réfère à ce que je connais le mieux, l'enseignement de la philosophie au cégep. Quels enjeux; quels principes sont en cause ? Un recueil d'essais, L'enseignement de la philosophie au cégep, est paru 2015 (PUL), sous la direction d'un enseignant en philosophie, Pierre Després (cégep Montmorency).

Le texte de mon collègue Després, intitulé « Le Rapport Parent. Un changement de paradigme pour la philosophie (1963-1967) » (p. 11-43), mérite le détour, car la pensée politique - qui se laisse deviner en filigrane - à l'origine de la création des cégeps est en jeux.

Au fond, ce qui s'est affronté, dans ces années agitées dans le sillage de ce qu'il est convenu d'appeler la « Révolution tranquille » au Québec, par opposition à ce qu'il est aussi convenu de désigner comme « La Grande Noirceur », c'est la victoire en éducation d'une pensée politique progressiste sur une autre pensée politique conspuée et honnie, le conservatisme. Ce fut pour ainsi dire l'intronisation de la philosophie rationaliste du siècle des Lumières au Québec. Ce qui signifie la victoire de l'humanisme et du laïcisme sur la vision chrétienne du monde. Bref, ce fut le triomphe de la « raison naturelle » sur la foi.

De ce fait, on assista à une condamnation de toute pensée ouverte à la transcendance, au surnaturel. C'est le triomphe de la rationalité. (D'ailleurs, le premier cours de philosophie au collégial pour le titre de Philosophie et Rationalité). Fut exclue, désormais, l'étude de toute pensée qui contrevient aux normes de la Rationalité, c'est-à-dire de la Raison.

Cette valeur ultime, ce parti-pris rationaliste, du moins dans l'enseignement de la philosophie au collégial, exclut l'étude de classiques philosophico-théologique, telles Les Confessions de saint Augustin, lequel se réclame autant de la Bible que de Platon ; la Somme théologique de Thomas d'Aquin (1225-1274), génial commentateur d'Aristote en plus d'être le plus grand penseur de l'Église catholique ; les Pensées du non moins génial Blaise Pascal (1623-1662), matériaux qui devaient aboutir à une Apologie du christianisme. Plus près de nous, l'oeuvre de Gabriel Marcel (1889-1973), existentialiste chrétien, a été oubliée dans l'ombre de celle de Jean-Paul Sartre. Ces oeuvres majeures, avec bien d'autres, sont tombées dans l'oubli le plus crasse. L'Âge des Ténèbres n'est pas que le titre du film.

La victoire de la pensée politique progressiste fut telle qu'on assista depuis lors à une espèce d'autodafé d'un immense pan de la culture occidentale.

La victoire de la pensée politique progressiste fut telle qu'on assista depuis lors à une espèce d'autodafé d'un immense pan de la culture occidentale. Le progressisme en éducation a, semble-t-il, pris à la lettre le mot du célèbre David Hume (1711-1716) clôturant ainsi son Enquête sur l'entendement humain : Mettez au feu tous les ouvrages de métaphysique et de théologie !

Ainsi va la modernité. Aussi, lorsque bon nombre se demandent, en se rebiffant tout en niant, que les jeunes manquent de culture, ils jouent à l'autruche.

Lorsque le grand Stephen Hawking, du haut de sa chaire de physique à la prestigieuse Université de Cambridge, déclare que « ... la philosophie est morte, faute d'avoir réussi à suivre les développements de la science moderne, en particulier la physique » (Y a-t-il un grand architecte dans l'Univers ?, p.11), on ne doit plus s'étonner que les jeunes se détournent de l'étude de la philosophie, de la métaphysique en particulier, puisqu'il s'agirait d'une pure perte de temps.

Notre culture se trouve sous l'emprise du rationalisme trouvant sa plus nette expression sous celle de la science constituant le paradigme ultime et inégalé du savoir. Or, notre belle Science usurpa son titre glorieux à la Métaphysique dont ses explications ne seraient que la projection subjective spontanée du réel. Auguste Comte aurait eu finalement raison d'affirmer que nous sommes entrés dans le troisième état de la quête du savoir, la connaissance scientifique, représentant la maturité de l'esprit humain.

Quelle foutaise !

Lorsque j'étais étudiant, je n'ai pas étudié la métaphysique d'Aristote, son concepteur. J'en ai gardé une sévère amertume. Ce n'est que bien plus tard que j'ai abordé le sujet par moi-même. On m'a fait étudier les auteurs vantés par Pierre Després, les Marx, Freud, Nietzsche et Sartre, bref ceux « qui sèment systématiquement le soupçon sur la philosophie judéo-chrétienne occidentale. » (p. 37)

Question : pourquoi ne pas étudier une philosophe comme Ayn Rand (1905-1982) ? Grande dame de la littérature avec son fameux roman Altas Shrugged ? Parce qu'elle n'était pas féministe ; qu'elle fut anti-collectiviste, et qu'on alla jusqu'à la qualifier de prêtresse du capitalisme ? Le progressisme qui contamine toute l'éducation, dont celle du cégep, sacrifie des pans de la culture occidentale. De là, ces jeunes adultes qui, aujourd'hui, réclament une formation générale couvrant la culture occidentale dans son intégralité. Ils sont victimes du progressisme.

Le problème fondamental du progressisme en éducation est le nivellement par le bas.

Le problème fondamental du progressisme en éducation est le nivellement par le bas. L'étude de la métaphysique est l'étude de la discipline la plus élevée pour l'esprit humain. Mais la fameuse « raison naturelle » des humanistes (dont Pierre Després, Normand Baillargeon, et surtout Georges Leroux), qu'écoutent religieusement les fonctionnaires du ministère de l'Éducation, ratatine l'esprit de nos jeunes. Or, la foi n'a jamais été comprise par un Thomas d'Aquin comme une sorte de déraison, mais l'achèvement de la raison.

Le progressisme en éducation consiste à toujours baisser la barre afin que tout le monde soit au-dessus. Pourquoi agir de la sorte ? Pour la sacro-sainte Égalité, valeur ultime et dernière de nos rutilantes démocraties carburant au progressisme. Mais c'est là une autre histoire, sur laquelle je me suis déjà étendue dans de précédents billets.

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