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Où sont les médecins en trop?

04/10/2016 10:46 EDT | Actualisé 04/10/2016 10:46 EDT

Tiens, parlons santé pour faire changement! Elles sont rares les journées où le domaine de la santé n'est pas sur la sellette. Depuis l'entrée en scène du fougueux ministre Gaétan Barrette, la marmite surchauffe à plein régime. Nous avons parfois l'impression que notre système de santé, c'est comme une tour de Babel. Un immense bateau où règnent confusion, dialogue de sourds, chasse gardée, lutte de pouvoirs, manque de ressources et j'en passe. C'est du moins l'impression générale véhiculée par les médias, les acteurs et les usagers.

Pourtant, il s'y fait de l'excellent travail, certes pas toujours valorisé et souligné. Le problème semble davantage administratif, organisationnel, structurel quoi. Nul ne doute du professionnalisme et de la compétence des acteurs du système de santé, mais il y a quelque chose qui ne tourne pas rond. Selon les sources officielles, il manquerait toujours 500 médecins de famille au Québec. Là encore, personne ne s'entend sur ce chiffre.

C'est sans contredit une question vitale et de justice sociale. Tous les Québécois se partagent le lourd fardeau financier de ce système embourbé depuis des années. Le budget provincial de la santé, à lui seul, représente tout de même 38,4 % des dépenses de l'État québécois. C'est énorme et important. Comment se fait-il qu'en 2016 il y ait près d'un demi-million de citoyens qui n'ont pas accès à un médecin de famille? Pourtant, le ministre Barrette affirmait récemment qu'il y a 2 000 médecins de trop au Québec. Mais où se cachent-ils ces omnipraticiens que tout le monde réclame? Pour sa part, la Fédération des médecins affirme catégoriquement qu'il y a incontestablement assez de médecins dans la province pour traiter tout le monde. Alors, il est où le problème?

Depuis cinq ans, la rémunération de nos médecins spécialistes a augmenté de 33%, ce n'est pas un leurre.

Nous apprenions par les médias la semaine dernière que les omnipraticiens boudent le fameux Guichet d'accès à un médecin de famille (GAMF) mis en place par le gouvernement en avril 2016. Cet outil avait créé un engouement chez les gens cherchant désespérément un médecin. Imaginés, moins de 10% des médecins de famille l'ont l'utilisé pour trouver des patients prétextant, entre autres, que son usage est un peu complexe. On peut certainement s'interroger sur la bonne volonté de nos médecins qui sont fort bien rémunérés à même les deniers publics. Le salaire des médecins ne cesse d'augmenter alors que nous avons toujours un sérieux problème d'accès.

En 2015-2016, la rémunération totale des médecins est passée à 7,3 milliards $, une hausse de 8%. Depuis cinq ans, la rémunération de nos médecins spécialistes a augmenté de 33%, ce n'est pas un leurre. Aujourd'hui, elle représente près du quart du budget total de la santé. En fait, les médecins du Québec, qui ont travaillé à temps complet, ont récolté 331 000 $ en moyenne au cours de l'année terminée au 31 mars 2014, selon l'Institut canadien d'information sur la santé (ICIS), soit 1% de plus que la moyenne canadienne et 8,5 % de plus qu'en Ontario. Force nous est de constater que cette hausse faramineuse de la rémunération des médecins au cours des dernières années ne s'est pas traduite, selon les analystes, par de meilleurs soins offerts à la population.

Le Québec compte actuellement 20 000 médecins en pratique. Fait étonnant, il y a 1 000 spécialistes de plus que d'omnipraticiens; situation unique au Canada. Notre robuste ministre de la santé est convaincu qu'il y a trop de médecins au Québec et songe même à réduire progressivement l'accès aux facultés de médecine. Qui a raison dans ces batailles de chiffres? Certains observateurs signalent même que nos médecins travaillent beaucoup moins qu'ailleurs au pays. De plus en plus de voix s'élèvent aussi pour dénoncer la toute-puissance des médecins sur le système de santé et la perte totale de contrôle du gouvernement sur la «caste» médicale. Il ne s'agit pas ici de sous-payer nos médecins, mais de revoir en profondeur leur mandat et leur juste place dans le système de santé. La gestion des établissements de santé devrait toujours se retrouver dans les mains d'administrateurs avisés et compétents auxquels les médecins sont redevables.

Il faut bien comprendre que les récentes mesures d'austérité du gouvernement Couillard, imposées au système de santé et ailleurs, n'ont guère touché la rémunération des médecins, au contraire. Faut-il y voir un lien entre le premier ministre et le ministre de la Santé qui sont eux aussi des médecins? Nous le savons que trop bien, les compressions budgétaires dans un régime minceur touchent davantage les moins nantis, les plus vulnérables de la société. On ne peut toujours demander aux moins fortunés de se serrer la ceinture.

Sachons qu'il y a près d'un demi-million de travailleurs québécois dont le revenu se compose uniquement du salaire minimum, soit au taux horaire de 10,75 $. Les médecins du Québec ne vivent pas dans la misère et sont parmi les mieux rémunérés au pays. Il est incompréhensible, s'il y a un surplus de médecins, que tant de gens n'aient toujours pas accès à un médecin de famille. Cet accès est une nécessité vitale pour la population québécoise.

La possession d'un meilleur état de santé possible constitue l'un des droits fondamentaux à tout être humain. S'il y a une mauvaise répartition des médecins sur le territoire québécois, c'est au ministère de la Santé d'y voir, de prendre les mesures nécessaires pour une meilleure répartition. Nous le savons que trop bien, la santé a un coût, mais entre nous, elle n'a pas de prix!

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