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Femmes de nos vies!

07/03/2016 09:57 EST | Actualisé 08/03/2017 05:12 EST

Nous vivons dans un monde où faire sa place soulève un défi de taille! Depuis cinquante ans, il y a bien des choses qui ont changé dans ce Québec aux espaces infinis. La population québécoise s'est certes diversifiée à un rythme rapide, les manières de vivre se sont aussi modifiées, en particulier dans les grandes agglomérations, les points de repère collectifs sont de plus en plus diffus.

Au fil des récentes décennies, les femmes d'ici ont pris davantage leur place et cela au prix de lourds sacrifices. Nous le savons tous, les femmes du pays n'ont pas toujours eu les mêmes droits que les hommes dans les diverses sphères de la société canadienne, québécoise. Tous les ans, la Journée internationale des femmes, célébrée le 8 mars, s'avère somme toute un rendez-vous annuel important pour réfléchir et faire le point sur le rôle indispensable et crucial des femmes dans nos vies et dans notre collectivité.

Les récents propos, presque incendiaires, sur le féminisme de la vice-première ministre et responsable de la Condition féminine du Québec Lise Thériault ont provoqué un tollé de réactions vives et fait monter aux barricades de nombreuses femmes.

Elle brillait d'ailleurs par son absence lors du Sommet sur les femmes tenu à Montréal les 3 et 4 mars dernier et qui coïncidait au 75e anniversaire du droit de vote obtenu par les femmes québécoises. Depuis son arrivée au gouvernement, cette ministre semble avoir le don de susciter la controverse et de s'enliser dans les sables mouvants de la politique.

La tempête médiatique qui en a suivi démontre hors de tout doute que le féminisme n'est point mort et que les femmes d'ici continuent leur inlassable lutte pour leurs droits. La création de la journée mondiale des femmes en 1977 avait suscité beaucoup d'espoir au sein des mouvements qui militent pour les droits des femmes et avait donné un appui certain à des revendications justes en matière de reconnaissance et d'équité dans ce monde où les tendances masculines dominatrices se manifestent depuis belle lurette. Depuis l'initiative lancée par l'ONU, qu'en est-il? Lors des premiers jours de mars, les paroles du mythique chanteur québécois Claude Dubois remontent toujours avec justesse en moi: «Femme de rêve, femme d'espoir heureux».

Plusieurs analyses et bilans sur la situation de la femme ici et dans le monde ont été effectués ces dernières années dans de nombreux quotidiens, sur diverses chaînes radiophoniques et télévisées. La condition des femmes a certes évolué dans de nombreux pays développés et en voie de développement. Même s'il y a eu des progrès importants dans diverses sphères de la société comme le soulignaient plusieurs analyses qualitatives, de nombreuses Québécoises portent encore de profondes insatisfactions. Le Sommet des femmes de la semaine dernière fut éloquent à ce sujet. Certaines inégalités perdurent dans le temps et il n'est jamais facile pour une femme de se tailler, encore aujourd'hui, une place dans un monde où certaines traditions et plusieurs préjugés ont la couenne dure.

L'exploitation de la femme et la violence envers elle perdurent dans de nombreux pays sur la planète. On estime à quatre millions par an, dans le monde, le nombre de femmes et de fillettes achetées et vendues à un mari, un proxénète ou un marchand d'esclaves. La sortie du troublant film québécois Polytechnique en février 2009 illustre sombrement l'histoire de haine contre les femmes, une histoire réelle qui s'est passée chez nous.

Ce film tragique, réalisé par Denis Villeneuve, qui évoque l'événement terrible du 6 décembre 1989 alors que quatorze jeunes femmes furent tuées de sang-froid, relança tout le débat sur la violence contre les femmes. Vingt-cinq ans plus tard, au Canada, on rapporte encore qu'une femme sur quatre est victime d'agression sexuelle au cours de sa vie. Les préjugés sexistes, les propos à contenu misogyne et la violence contre les femmes ne sont pas que choses du passé.

En 2011, les victimes de violence familiale étaient majoritairement de sexe féminin à 69%. On avait dénombré 16 458 victimes de violence conjugale, dont 86% étaient des femmes.

La vie des femmes de ce pays est héroïque à bien des égards. Sans elles, le Québec d'aujourd'hui n'existerait pas. Nous, fils et filles de ces femmes hors du commun, sommes redevables à ces âmes généreuses qui ont donné naissance au Québec d'aujourd'hui. Je ne puis passer sous silence des femmes qui ont marqué mon existence, m'ont fait grandir et m'ont inculqué les valeurs qui me guident, me transcendent. Depuis toujours, les femmes ont joué un rôle capital dans la construction et le développement du Québec, devenu une terre d'accueil tant recherchée. De nombreux auteurs et historiens prétendent même avec force que le Québec, sur plusieurs aspects, s'apparente à une société matriarcale. Pour ma part, j'ai toutefois quelques réserves à ce sujet.

Cependant, nul ne met en doute que les femmes québécoises ont été fortes, voire héroïques dans le parcours historique de notre coin de terre. Elles ont fait preuve d'une résilience hors du commun, d'une inventivité exceptionnelle et d'un courage étonnant devant les défis colossaux qui se présentaient à cette Nouvelle-France en friche. Nous n'avons qu'à penser à ces femmes d'envergure telles les Marguerite Bourgeois, Jeanne Mance, Marie de l'Incarnation, Jeanne Le Ber, Madame de La Peltrie et tant d'autres. Elles ont imprégné à jamais notre fabuleuse histoire, notre riche culture et nos profondes valeurs. Je le répète avec conviction, sans elles, le Québec ne serait pas ce qu'il est devenu.

Les femmes ont gravi de nombreux échelons et fait tomber plusieurs tabous tenaces au cours des dernières décennies. Dans la plupart des universités québécoises, elles sont supérieures en nombre. Depuis le tournant du millénaire, les femmes sont proportionnellement plus nombreuses que leurs homologues masculins à avoir fait des études universitaires et leur taux de diplomation est supérieur de 5% à celui des hommes en 2012. Impressionnant tout de même!

Toutefois, le monde des affaires résiste toujours, car le nombre d'entre elles à occuper des postes de haute direction n'a guère augmenté au cours des deux dernières décennies. Plusieurs études signalent que la parité entre les femmes et les hommes dans les lieux de pouvoir ne fait pas le compte après toutes ces années de lutte.

Le célèbre et prolifique Éric-Emmanuel Schmitt, auteur de l'excellent livre La femme au miroir, disait cette phrase étonnante, mais combien éclairante face au défi du quotidien qui nous tenaille: «Être optimiste est un combat.» Relevons-nous, car le meilleur est à venir si nous sommes solidaires! Quelque part, je n'en ai jamais douté, nous avons tous du féminin en nous, car après tout, la femme est notre mère à tous.

À l'instar de Julien Clerc, nous pourrions fredonner avec joie et d'un regard émerveillé ces quelques mots de cette superbe chanson: «Femmes... je vous aime. Vous êtes ma mère, je vous ressemble.»

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