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Jurassic World: Il vaut mieux être atteint d'amnésie!

21/06/2015 01:02 EDT | Actualisé 20/06/2016 05:12 EDT

On ne me fouettera jamais pour avoir écrit ce texte. Raif Badawi, lui, a été condamné à 1000 coups de fouet et 10 ans de prison pour avoir exprimé son opinion.

Ma mère m'a appris à compter avec des tomates... Aujourd'hui, les jeunes générations apprendront sûrement à compter avec les suites des films blockbusters! Jurassic Park 1, 2, 3, 4... Comme les tomates, les suites de la série Jurassic Park se répètent et se ressemblent énormément: même prémisse, même conclusion!

Afin d'éloigner dès le départ toute confusion ou espoir dans votre esprit, autant vous dire que le changement du titre - passage de Jurassic Park à Jurassic World - n'amène aucune transformation incroyable au récit ou une réelle dimension supplémentaire à l'histoire: il s'agit bien d'un parc d'attraction avec des dinosaures, construit à côté des restes des précédents parcs, sur la même île que nous découvrions dans le premier Jurassic Park réalisé par Steven Spielberg en 1993.

Le scénario très familial: deux adolescents, dont les parents pleurnicheurs sont en plein divorce, sont envoyés dans un parc à dinosaures rejoindre leur tante - carriériste et sans cœur - qui s'occupe de la gestion de ce parc. Oups! Un dinosaure s'échappe... Je vous laisse imaginer la suite ou consulter le résumé des scénarios du Jurassic Park 1, 2, 3...

Moraliste sympathique

Afin d'attirer les clients blasés qui ne réagissent qu'à l'appel de la nouveauté et aux sensations fortes, les membres de la direction du parc sont toujours prêts à dépasser les limites de la science, les normes de sécurité et, surtout, l'éthique pour créer la surprise sur laquelle ils vont pouvoir se faire toujours plus d'argent, augmenter leurs actifs... Intéressant de constater que ces derniers nomment également «actifs» toutes ces nouvelles créatures qui ne bénéficient d'aucun droit... et qu'ils peuvent les supprimer à leur guise.

Le morale du film est donc extrêmement limpide, comme l'exprime le réalisateur Colin Trevorrow en dénonçant très clairement les dérives qu'entraîne notre cupidité en matière de profits ou encore notre inconscience dans le domaine de la génétique: «Nous sommes entourés de merveilles et pourtant nous en voulons toujours plus, et nous le voulons plus grand, plus rapide, plus fort, mieux».

Ni original, ni curieux

Force est de constater que le réalisateur suit à la lettre ses prescriptions dans son film: ce dernier opus de Jurassic Park - pardon, Jurassic World - tout comme son nouveau monstre hybride, n'est effectivement pas plus grand, plus rapide, plus effrayant, ni mieux que les précédents.

Pourtant, toute la nouveauté résidait ici: dans la création de dinosaures hybrides entièrement conçus par des généticiens sans vergogne. Nous aurions pu nous attendre alors à une explosion d'imagination de la part du réalisateur, créant nouvelles créatures sur nouvelles créatures. Il n'en est rien, il n'y en a qu'un: L'Indominus rex qui ressemble comme deux gouttes d'eau au célèbre Tyrannosaurus rex des précédents films, mais version albinos!

Que dire aussi du peu de variété d'animaux préhistoriques présentés dans Jurassic World, à peine plus d'une dizaine! Les fans de dinosaures auraient pu rappeler au réalisateur qu'il existe à ce jour à peu près 700 espèces de dinosaures répertoriées...

De fait, puisque ce sont exactement les mêmes dinosaures (sauf l'hybride et un dinosaure aquatique) que dans les anciennes versions. Nous avons droit aux mêmes scènes, aux mêmes attaques, aux mêmes cadrages - hormis une belle vue d'ensemble du parc - et aux mêmes prises de vue de ces animaux.

Les personnages: des clichés préhistoriques

Dans ce Jurassic World, il y a les gentils, il y a ceux qui sont dans l'erreur et qui seront ramenés à la raison, et il y a les très, très méchants hommes, ces derniers voulant utiliser ces dinosaures à des fins militaires. Et puis il y a les bons, dont le sauveur Owen Grady, incarné par Chris Pratt, qui fera tout ce qui est en son pouvoir pour les arrêter, bien sûr.

Puis les filles sont très filles, et les garçons sont très garçons. Il y a celle, comme l'insupportable mère des ados, qui ne sait rien faire d'autre que de pleurer en s'inquiétant pour ses enfants, ou au contraire celle, comme la gérante du parc, incarnée par Bryce Dallas Howard, qui est capable de courir sur des kilomètres de jungle très dense sur plus de 10 centimètres de talons hauts pour ne rien perdre de sa féminité. Les garçons, eux, bien sûr, sont beaux et musclés, sur des motos et portent les armes.

Vous aurez droit à quelques brins d'humour, particulièrement lors de scènes qui touchent aux relations interpersonnelles entre hommes et femmes... Mais ici, l'humour potache remplace malheureusement le cynisme joyeux - tant apprécié dans ce genre de film unidimensionnel - qu'incarnait Jeff Goldlum dans le premier Jurassic Park.

Un wagon d'invraisemblances

Il y a de quoi être très sceptique sur bien des éléments du film, mais plusieurs pourraient éventuellement être mis sur le compte de l'humour, voire du kitsch, comme lorsque notre héros roule à plus de 80 km/h en ligne droite toujours dans la jungle dense au milieu des ses amis les vélociraptors.

Mais ce qui, à mon avis, ne fonctionne pas du tout, c'est lorsque les invraisemblances sont mises sur le dos des dinosaures, comme par exemple lorsque le Tyrannosaurus rex quitte sagement le terrain des hostilités après un combat avec l'hybride et laisse tranquillement nos héros tomber dans les bras l'un de l'autre. Mais je ne vous en dis pas plus...

Comme l'écrivait si bien Nicolas de Chamfort, «il y a des redites pour l'oreille et pour l'esprit: il n'y en a point pour le cœur».

Vous aurez bien quelques frissons nerveux... Vous aurez peut-être encore l'étincelle que j'ai eue dans les yeux lorsque j'ai vu le premier dinosaure réaliste sur grand écran dans le premier Jurassic Park, ou encore la tendresse de ceux qui retournent éternellement voir dans le même zoo les mêmes animaux...

Mais ne doutez pas qu'à l'heure où les Godzilla et autres monstres peuplent largement l'univers de nos grands écrans, même les plus jeunes risquent de trouver cela assez ordinaire...

Ma note : 3/10, ou 6/10 pour celles et ceux qui - comme mon amie Marie-Pier qui m'a soutenu dans cette épreuve - n'ont jamais vu un seul Jurassic Park!

Mes autres critiques de films actuellement à l'affiche:

Mad Max: le féminisme, ce héros! (Ma note: 8/10)

Ex Machina: un film trop lent, trop creux (Ma note: 4/10)

Et sur ma page Facebook Les critiques cinéma de Jeff Macaron:

La passion d'Augustine (Ma note: 7, 5/10)

La dame en or (Ma note: 4/10)

Sorties en DVD que je recommande (disponibles gratuitement à la Grande bibliothèque à Montréal!):

• L'étonnant Gerontophilia de Bruce LaBruce (Ma note: 8/10)

• Et le remarquable The Good Lie de Philippe Falardeau (Ma note: 8,5/10)

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