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Commerce: comment éclairer les lanternes de Sam Hamad?

Publication: 15/01/2014 00:13

La chose est paradoxale. Le critique libéral Sam Hamad se plaint que j'écris trop, sur ce blogue et au New York Times. Je le conçois fort bien, car il est très rarement d'accord avec mes écrits.

Mais dans un communiqué publié le 13 janvier, il me pose des questions. Que faire sinon lui répondre? J'espère qu'il ne le prendra pas mal.

J'estime en effet qu'il est du devoir des membres du gouvernement de répondre aux questions, notamment de l'opposition. Il y a même une période réservée à cet exercice, chaque jour où siège l'Assemblée.

Mais j'ai la faiblesse de penser qu'il est du devoir des membres de l'opposition de se tenir au courant des actions du gouvernement, ce qui semble n'être vraiment pas le cas du député Hamad.

Mais, je suis bon joueur, et je veux bien lui mâcher le travail et lui récapituler les faits.

Sa question: «Depuis la signature de l'Accord Canada-Union européenne, a-t-il [Lisée] posé des gestes concrets pour finaliser l'Accord et positionner le Québec comme porte d'entrée de l'Europe en Amérique du Nord? Est-ce que des rencontres avec des sociétés étrangères ont eu lieu?»

Excellente question, M. le député, je vous remercie de l'avoir posée. La réponse courte est: oui, évidemment. La réponse longue suit ici.


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  • L'accord n'est pas encore signé

    Le pacte d'échange a besoin de l'accord des provinces du Canada et des états membres de l'Union européenne pour être entériné. Jusqu'à maintenant, les provinces semblent d'accord: les dirigeants du Québec, du Manitoba, du Nouveau-Brunswick, de Terre-Neuve et de Saskatchewan ont tous fait l'éloge du pacte, et l'Ontario y semble favorable à condition qu'elle puisse obtenir des compensations pour les dommages que causera le pacte sur ses industries. <em>Photo: le premier ministre canadien Stephen Harper et le président de la Commission européenne Jose Manuel Barroso échangent une poignée de mains aprés une conférence de presse commune, le vendredi 18 octobre 2013, à la Commission européenne, à Bruxelles (Belgique).</em>

  • Les brevets sur les médicaments

    Le Canada étendra partiellement la protection des brevets sur les médicaments de marque, ce qui retarderait l'arrivée des médicaments génériques de deux ans maximum. Les officiels disent qu'il faudra huit ans avant qu'on puisse constater les changements. D'autres rapports ont suggéré qu'un brevet allongé sur les drogues coûterait au système de soins de santé entre 1 milliard et 3 milliards $ par an. Selon Jim Keon, président de l'Association canadienne du médicament générique, le pacte "retardera l'entrée sur le marché de médicaments génériques économiques au Canada dans le futur, augmentant les coûts en santé pour les provinces, les employeurs participant à l'assurance santé de leurs employés et les Canadiens qui paient de leur poche leurs médicaments prescrits." Le gouvernement fédéral a laissé entendre qu'il offrirait des compensations aux provinces.

  • L'automobile

    Les fabricants de véhicules domestiques pourront augmenter leurs ventes en Europe de 10000 à 100 000 unités. L'UE supprimera progressivement sa taxe de 10% sur les imports, et le Canada supprimera sa taxe de 6% sur les imports de véhicules européens. Ce pourrait être une bonne nouvelle pour les Canadiens amateurs de voitures de luxe européennes, car ces véhicules seront moins chers. Mais en revanche, ce serait une mauvaise nouvelle pour les fabricants de véhicules canadiens. Dennis DesRosiers, de DesRosiers Auto Analysts: "Je ne pense pas qu'on puisse connaître l'impact de l'accord sur le secteur automobile ... L'industrie [canadienne] a connu son apogée en l'an 2000 et a connu des difficultés depuis. Elle vient de connaître l'une des pires décennies de son histoire et continue à se détériorer."

  • L'agriculture

    Les éleveurs de bœuf canadiens augmentent leur quota de 50 000 tonnes, en plus des 15 000 tonnes de bœuf de qualité supérieure. Les éleveurs de porc verront leurs quotas augmenter de 6000 à 80 000 tonnes. Mais les producteurs devront passer à des produits sans hormones pour le marché européen, ce qui selon les experts augmenterait le coût de 15%. Martin Unrau, président de l'Association des éleveurs canadiens, déclare : "Le retrait de barrières mises en place depuis longtemps, comme les taxes élevées, permet finalement aux éleveurs canadiens de bénéficier de la forte valeur du marché du bœuf européen." Avis des producteurs laitiers de l'Ontario: "On prendra les revenus des producteurs laitiers canadiens pour les donner aux Européens."

  • Les contrats gouvernementaux

    Les compagnies pourront miser sur les contrats d'importance signés par le gouvernement. Une étude montre que ce nouvel accès donnera aux compagnies européennes la liberté d'offrir leurs services sur des contrats fédéraux, pour entre 15 milliards et 19 milliards $ par an, et sur des contrats municipaux à hauteur de 112 milliards $ par an. Des critiques disent que l'accès accordé à l'Union européenne aux contrats d'embauche canadiens pourrait être synonyme de pertes d'emploi au Canada, qui renoncerait à sa politique du «embaucher canadien». Selon Trade Justice Network, "les gouvernements canadiens perdraient un puissant outil pour la création d'emploi et le développement économique."

  • L'investissement étranger

    Le rachat de firmes canadiennes par des capitaux étrangers requiert désormais un examen formel du gouvernement fédéral si le contrat équivaut ou excède 1 milliard $, mais cet accord portera cette limite à 1,5 milliard $.

  • L'eau pour le profit?

    Des groupes de travailleurs et de consommateurs craignent que cet accord mène à la privatisation des infrastructures et des réserves en eau du Canada. Selon certaines fuites émanant des négotiations, <a href="http://www.thestar.com/business/2012/01/25/canada_seeks_to_carve_out_agriculture_telecom_in_eu_trade_talks_documents.html" target="_blank">le Canada n'aurait pas essayé de protéger ses ressources en eau</a>. Le Conseil des Canadiens écrit: "Cet accord donnera aux sociétés françaises Suez et Veolia, les deux plus grands fournisseurs d'eau au monde, la possibilité de gérer nos réserves pour en tirer profit. En vertu d'un récent décret, le gouvernement Harper a restreint le financement fédéral des infrastructures d'eau municipales ou le passage à la privatisation des services d'eau. Les fournisseurs d'eau privés imposent des coûts beaucoup plus élevés que les fournisseurs publics et sont beaucoup moins stricts quant à la protection de la source."

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