Jean Francois Fortin

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Le calvaire de Droits et Démocratie

Publication: 5/04/2012 14:40

Dans la nuit du jeudi 7 janvier au vendredi 8 janvier 2010, mourait à l'âge de 66 ans, Rémy Beauregard, président de Droits et Démocratie. Il succombait à une crise cardiaque survenue après avoir participé à des rencontres du conseil d'administration de son organisme à Toronto.

Au cours de ces rencontres de janvier 2010, deux membres du conseil d'administration démissionnaient pour protester contre le virage idéologique imposé par les conservateurs à l'organisme, Sima Samar, directrice de la Commission indépendante des droits de la personne en Afghanistan et Payam Akhavan, professeur à l'Université McGill. Guido Riveros Franck était, pour sa part, congédié.

Ces départs s'expliquaient en bonne partie par la nomination au sein du conseil d'administration des hommes du gouvernement : David Matas, avocat de B'naiBrith Canada, et Michael Van Pelt, président de Cardus, un think tank chrétien. Ceux-ci ainsi que notamment Aurel Braum, Elliot Tepper et Jacques Gauthier, tous membres du conseil, entamaient une redéfinition de l'organisme plus à droite dans l'esprit conservateur social défendu par le gouvernement.

Les employés, atterrés par la mort de leur président et dégoûtés par le virage de Droits et Démocratie, demandaient dans une lettre adressée à Stephen Harper et Lawrence Cannon, alors ministre des Affaires étrangères le 11 janvier 2010 la démission du président du conseil d'administration, Aurel Braun, et d'Elliott Tepper et de Jacques P. Gauthier. «Le personnel est très ébranlé et cherche à communiquer sa perte de confiance envers certains membres du conseil d'administration. Le gouvernement est notre employeur, et il n'est pas question de révolte. Il s'agit d'une démarche structurée pour faire part d'un véritable problème», expliquait à l'époque Charles Vallerand, le directeur des communications de l'organisme au Devoir.

Les changements de politiques de Droits et Démocratie qui avaient suscité l'ire de Monsieur Beauregard et la démission de Sima Samar et Payam Akhavan comprenaient notamment la fin de programmes d'aide au Moyen-Orient et particulièrement en Palestine, la rupture des liens avec des groupes critiquant les politiques d'Israël et la fin de la collaboration avec le Conseil des droits de l'homme de l'ONU. Il s'agissait d'un virage majeur que ni le gouvernement ni les membres conservateurs du gouvernement n'étaient prêts à reconnaitre. «Les décisions en matière de dépenses doivent être entièrement justifiées et sembler équitables et raisonnables aux yeux du public canadien», affirmaient dans une lettre publique les sept membres conservateurs, dont plusieurs étaient prêts de B'naiBrith .

On lisait dans le même texte : « Le conseil d'administration a pris très au sérieux plusieurs décisions non autorisées prises par le personnel de dépenser les fonds des contribuables à des fins que la plupart des contribuables et des dirigeants politiques considéreraient comme épouvantables. » Et le nouveau conseil d'administration conservateur de Droits et Démocratie allait faire payer les employés...Ils croyaient en baver, ils n'avaient rien vu.

La même nuit, entre le 22 et le 23 janvier, les locaux de Droits et Démocratie, situés sur le boulevard de Maisonneuve, se faisaient défoncer et deux ordinateurs portables étaient volés, dont l'un contenant des informations sur les relations avec les médias.


Puis, le président par intérim, Jacques Gauthier, suspendait le 29 janvier trois directeurs, Marie-France Cloutier, Razmik Panossian et le directeur des communications, Charles Vallerand, et engageait un enquêteur privé de la firme SIRCO spécialisée dans les infiltrations, les caméras cachées, la surveillance et la fouille d'ordinateurs.

Le 2 mars 2010 à 22h20, les conservateurs nommaient Gérard Latulippe, ex-candidat de l'Alliance canadienne, dont les positions sur les musulmans, le mariage gai et la peine de mort étaient contraires aux lois adoptées par le Parlement, président de Droits et démocratie et en profitaient pour licencier les trois directeurs suspendus.

Les trois partis d'Opposition se sont évidemment opposés avec virulence à cette nomination partisane, mais le ministre Cannon n'en a eu rien à faire, malgré que la Loi sur Droits et Démocratie précise à l'article 7.2 :

Les nominations au titre d'administrateur sont effectuées à la suite de la consultation, par le ministre, du chef de l'opposition et du chef de chacun des autres partis reconnus à la Chambre des communes.

Le 11 mars 2010, l'Assemblée nationale adoptait une motion unanime appuyant les employés de Droits et Démocratie, mais il était déjà trop tard. Le mal était fait, Droits et Démocratie ne serviraient plus désormais que les organismes approuvés par les conservateurs, l'organisme indépendant mourait.

Le 3 avril 2012, le ministre Baird profite du budget Flaherty et cloue le cercueil de l'organisme. « Dans le cadre de nos efforts visant à réaliser des économies tout en maximisant notre efficacité, j'annonce que le gouvernement du Canada a l'intention de fermer le Centre international des droits de la personne et du développement démocratique. », déclare-t-il.

Dans ce fiasco monumental, l'idéologie conservatrice s'est attaquée à un organisme dont la mission était de défendre :

a) le droit à un niveau de vie suffisant;

b) le droit de n'être soumis ni à la torture, ni à un traitement ou une punition cruels, inhumains ou dégradants;

c) le droit à la liberté d'opinion et d'expression;

d) le droit de voter et de se faire élire, dans un système politique pluraliste, lors d'élections honnêtes et périodiques.

Rien là-dedans de prioritaire pour ce gouvernement, on ne le sait que trop. A quelques jours de Pâques, le calvaire de Droits et Démocratie prend fin. Les conservateurs auront joué à la fois le rôle de Judas, des Romains et de Ponce Pilate, trahissant l'organisme, le crucifiant et s'en lavant les mains. Honte sur eux !

 
Dans la nuit du jeudi 7 janvier au vendredi 8 janvier 2010, mourait à l'âge de 66 ans, Rémy Beauregard, président de Droits et Démocratie. Il succombait à une crise cardiaque survenue après avo...
Dans la nuit du jeudi 7 janvier au vendredi 8 janvier 2010, mourait à l'âge de 66 ans, Rémy Beauregard, président de Droits et Démocratie. Il succombait à une crise cardiaque survenue après avo...
 
 
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09:59 sur 12/04/2012
Il est etrange que Droits et démocratie ne soit jamais intéressée aux abus des droits de la personne dans les pays arabes: la situation des minorités, les droits de l'homme systématiquement bafoués et j'en passe...
Le dit printemps arabe ne fait que commencer à mettre en évidence ce que bien des NGO ont ignoré de façon irresponsable.
14:15 sur 08/04/2012
Je trouve que M. Fortin résume très bien ce crime contre la démocratie perpétré par les sionismes d'Ottawa. Le plus navrant c'est que qu'il y aura des conséquences graves sur les Palestiniens qui souffriront de ce changement de politique canadienne. Lorsque sera commis le prochain crime contre l'humanité de l'armée d'assassins du Tsahal, nous nous rappellerons cette histoire pour illustrer le vrai visage de la supposée (seule) démocratie que serait Israël au Moyen-Orient.

Je me rappelle aussi le commentaire de Gauthier qui reprochait à M. Beauregard de ne pas voir un seul juif au sein de son organisme!!!!...Non mais!! Je me demande pourquoi aucun journaliste n'a le courage de vérifier l'infiltration des sionistes dans les différents organes de l'État. C'est dégueulasse!
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Pierre Deruelle
pierre m de ruelle
12:28 sur 07/04/2012
Droits et deconocratie...
enfin un autre organisme dont les principaux acteurs vont enfin pouvoir prendre une retraite a mes frais...
pierre m de ruelle
09:18 sur 07/04/2012
Guerre d'ÉGOS. S'Ils voulaient être totalement autonome il fallait qu'ils assurent leur financement autrement. Ils se croyaient indépendant et avec toute la latitutde de faire la guerre avec ceux qui les finançaient?Bon exemple d'éun état tentaculaire qui se développe en voulant se sentir indépendant du centre politique, celui ou les élus démocratiques de la polution ont un mot a dire sur les dépense de nos impots. On en a d,autres comme ça hydro-québec par exemple qui croient ne pas avoir de compte a rendre au gouvernement sur ses dépenses, des hopitaux, etc et qui se font renflouer lors qu'ils font des déficits, se paient de gros bonus, ou veulent se payer des infrastructures. La démocratie c'est ne pas permettre a des organismes de se développer a nos dépend sans avoir aucun droit de regard. On doit imposer la coopération citoyenne. Tout les citoyens qui peuvent voter via le web sur toutes les décisions. Ainsi si on compte pour au moins 25% des votes toaux dans la chambre il est plus difficile pour un parti de tout décider suel. Il doit meme s'il est majoritaire avoir l'appuie d'une partie de la population ou de l'opposition pour faire passer une décision. La démocratie devrait s'exercer sur toutes les décisions pas sur un mandat a l'aveugle.
02:13 sur 07/04/2012
Votre billet est un bon rapport d'autopsie, puisque vous établissez clairement les causes du décès de cet organisme... On comprend bien que cette exécution orchestrée par le gouvernement est une manifestation des tendances autoritaires du régime en place à Ottawa.
10:10 sur 06/04/2012
Grand merci pour votre article. On n'a pas fini d'en voir! Je ne crois plus au gouvernement majoritaire. C'est vraiment dépassé et dangeureux.