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Notre Histoire n'est pas à vendre!

Publication: 15/05/2012 08:10

Si comme Jos Montferrant, vous aviez le cul sur le bord du Cap Diamant, vous l'auriez sans doute planté sur la Terrasse Dufferin et sous celle-ci, la crypte de Fort-Saint-Louis, « une crypte archéologique qui dévoile ce qui fut, pendant plus de 200 ans, sous le Régime français comme sous le Régime anglais, la résidence officielle et le siège de pouvoir des gouverneurs français et britanniques. »

Là vécurent Champlain, Montmagny, Frontenac, Beauharnois, Vaudreuil. Là à quelques pas de l'endroit où se trouve aujourd'hui sa statue, mourut Champlain en 1635. À quelques pas de là encore, devant les remparts de pierre construits par Chaussegros et Léry en 1745 suite à la chute de Louisbourg, eut lieu la bataille des Plaines d'Abraham. Puis à partir de la Conquête, les gouverneurs anglais firent, pour un temps, du Château Saint-Louis leur lieu de résidence.

En 2005, des recherches archéologiques approfondies permirent la découverte de nombreux artefacts, ces objets du passé qui nous permettent de saisir l'histoire. « Les fouilles ont aussi révélé une quantité impressionnante d'objets qui témoignent de la vie quotidienne des gouverneurs et de leur entourage immédiat, depuis l'occupation des lieux par Samuel de Champlain et ses hommes, en 1620, jusqu'à l'incendie du château, en 1834. »

Plus que des objets, ces artefacts sont des balises qui nous expliquent ce que nous étions et nous permettent de comprendre le chemin parcouru. Pour le Québec, ces découvertes du passé sont fondamentales, elles confirment que nous étions.

Historiens, archéologues, anthropologues, touristes, badauds férus d'histoire, familles par un samedi d'été qui visitent le Vieux Québec, tous ont accès à ces témoignages des temps passés. Là, sur les lieux historiques de la Nouvelle-France, des guides-interprètes, des restaurateurs, des spécialistes enseignent, préservent et expliquent notre Histoire.

William Moss, archéologue principal à la Ville de Québec, disait en 1988, dans une entrevue à Continuité : « On peut détruire en quelques minutes des siècles d'histoire si on ne pose pas à temps les gestes appropriés. »

Les conservateurs, dans leur obsession irrationnelle de tout rationaliser, ont décidé d'entreprendre des coupes draconiennes à Parcs Canada qui gère aussi les lieux historiques nationaux, dont notamment les Forges de Saint-Maurice, le Manoir Papineau à Montebello, les Forts de Lévis, la Grosse Ile ou le Fort Saint-Louis, pour n'en nommer que quelques eux. Sabrant dans des postes spécialisés dans la préservation de l'histoire, le gouvernement a décidé de rapatrier dans la région de la Capitale fédérale des collections complètes d'artefacts qu'il entreposera dans un lieu indéterminé, selon Michel Boivin, directeur exécutif pour le Québec à Parcs Canada.

Le gouvernement conservateur, maître de la réécriture historique -Stephen Harper présentait Champlain comme le premier gouverneur du Canada plus de 250 ans avant le Canada !-, expliquait que ces objets pourraient être vendus à des musées, à des collectionneurs, voire au gouvernement du Québec, et ainsi redevenir accessibles à la population. Comme ils l'ont fait ailleurs.

C'est là que nous en sommes arrivés. Le gouvernement fédéral dépouille le Québec de fragments de son histoire et fait une grande vente de garage. Les Anglais utilisent l'expression « Spoils of war », butin de guerre. Les conservateurs concluent la Conquête et dérobent nos trésors nationaux -nation qu'ils ont reconnue- pour les vendre aux plus offrants.

Tant le Parti Québécois que le Bloc Québécois ont sonné l'alarme sur ce scandale et il est impératif d'empêcher ce cambriolage de notre Histoire. Les deux partis ont demandé le transfert à Québec de la culture tout comme le gouvernement libéral, d'ailleurs, qui a envoyé une lettre à cet effet, mais qui n'a jamais eu de réponse.

Le gouvernement Harper nous a démontré à de nombreuses occasions qu'il représentait un risque pour notre présent et notre avenir collectif, il représente désormais un risque pour notre passé.

Nous nous engageons à défendre les emplois nécessaires à la préservation de notre héritage, demandons que le gouvernement fédéral fasse marche arrière, que le gouvernement québécois mette ses culottes et défende avec hargne et détermination le rapatriement de la culture et le maintien de ces artefacts dans leurs lieux d'origine et invitons la population à faire part de son indignation au ministre responsable, Peter Kent.

Il faut empêcher la vente de garage de notre histoire maintenant.

 
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