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Pourquoi le renvoi de James Comey pourrait provoquer une grave crise aux États-Unis

10/05/2017 10:17 EDT | Actualisé 10/05/2017 10:19 EDT

Comme toujours avec Trump, la surprise a été totale: le président américain a brutalement viré James Comey, le directeur du FBI. Le public a entendu parler de Comey dans les derniers mois de la campagne présidentielle, principalement lorsqu'il a ouvert une nouvelle enquête à propos des courriels d'Hillary Clinton, jetant du même coup le discrédit sur sa candidature quelques jours à peine avant le vote et boostant bien involontairement le résultat obtenu par Donald Trump. La démocrate est revenue sur cet événement voici à peine quelques jours et s'est dite persuadée que cela avait été un des facteurs déterminants qui ont précipité sa chute.

Officiellement, c'est en référence à cet épisode que Donald Trump a limogé le directeur de la police fédérale. Il le lui a d'ailleurs écrit dans une lettre, expliquant que seule la fin de ses fonctions permettrait de rétablir la confiance du public envers cette institution hautement respectée.

Personne n'imaginait un tel dénouement qui est un événement très rare, d'autant que le directeur de FBI est nommé pour 10 ans et que James Comey avait été nommé par Barack Obama en 2013.

Personne n'imaginait un tel dénouement qui est un événement très rare, d'autant que le directeur de FBI est nommé pour 10 ans et que James Comey avait été nommé par Barack Obama en 2013. Il devait donc rester en fonction jusqu'en 2023. Seule une faute grave peut justifier son remplacement en vertu des lois américaines. Le seul précédent est le renvoi de Williams Sessions par Bill Clinton, en 1993, au motif qu'il avait confondu les moyens du FBI avec les siens, faisant équiper sa maison, aux frais du contribuable, d'un système de surveillance dernier cri et utilisant l'avion du FBI à sa guise pour des voyages personnels.

Rien de tel ici. La suspicion s'est alors propagée comme une traînée de poudre et un autre précédent, celui du limogeage d'Archibald Cox par Nixon, le 10 novembre 1973, a traversé tous les esprits. Cet épisode malheureux, appelé désormais le Massacre du Samedi Soir est intervenu dans une tentative du président, alors mis en cause, d'échapper à une enquête fédérale et de son refus de remettre des enregistrements au procureur indépendant qui avait été nommé pour essayer de démêler le vrai du faux.

Les démocrates, persuadés d'être dans un épisode aussi sérieux, se sont immédiatement exprimés pour déplorer ce limogeage soudain, mettant en doute les raisons invoquées. Keith Ellison, Kirsten Gillibrand, Kamala Harris, Brian Schatz, Thomas Perez: toutes les franges du parti ont alors parlé d'une même voix.

Leurs doutes sont nourris par une autre affaire, qu'ils jugent bien plus grave: une enquête est en cours devant le Congrès, pour établir la nature des liens -s'il y en a- entre la campagne de Donald Trump et la Russie. De très nombreuses mises en cause sont intervenues au cours des derniers mois et beaucoup pensent et disent ouvertement que le président lui-même pourrait être mis en cause, ce qui est très grave, car cela conduirait inévitablement à une procédure d'Impeachment, qui peut alors entraîner une destitution. C'est pourquoi les poids lourds du parti, Chuck Schumer, Nancy Pelosi, Bernie Sanders ou Elizabeth Warren, ont aussitôt réclamé la nomination d'un procureur indépendant.

Les républicains ont également bien saisi la gravité de la situation et même les plus opposés à ce renvoi ont essayé d'exprimer leurs sentiments avec beaucoup de réserve. On constate donc que le Parti républicain estime avoir encore besoin de ce président et compte faire bloc autour de lui.

Pour preuve, on a entendu tous les grands leaders qui ont souligné que la décision du président a été prise sur la recommandation de Jeff Sessions, le ministre de la Justice, et surtout de Rod Roseinstein, son bras droit. Or, ce dernier, qui a occupé différents hauts-postes dans le domaine de la justice depuis 30 ans, est très respecté pour ses positions non partisanes. Barack Obama en avait fait son procureur dans le Maryland et sa nomination par Donald Trump a été confirmée par 94 voix contre 6, au Sénat. Rod Rosenstein, dans une note adressée au président, critiquait alors vertement la gestion de la crise des courriels par le directeur du FBI, faisant remarquer que celui-ci avait pris totalement seul des décisions cruciales -comme celle de conclure les enquêtes fin juillet ou dans rouvrir une autre fin octobre-, dans un dossier pénal qui est certainement un des plus médiatisés de ces dix dernières années. Pour Rosenstein, James Comey aurait dû transmettre ses conclusions à une autorité judiciaire qui, elle, aurait pu décider de la suite qu'il convenait de donner.

L'affaire a donc pris un tour très politique et cette situation très tendue pourrait bien déboucher sur une crise importante. Andrew Cabe, l'adjoint de Comey, a été nommé provisoirement à la direction du FBI, pour gérer les affaires courantes. Tout le monde va maintenant scruter du côté de la Maison-Blanche, pour connaître le nom du remplaçant officiel. Le choix va être difficile, car les démocrates n'accepteront pas la nomination d'un conservateur ou d'un proche de Donald Trump. Ils accusent aujourd'hui ouvertement leur président d'autoritarisme et pire de vouloir cacher la vérité aux Américains. L'apaisement des tensions aux États-Unis n'est pas pour demain.

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Ce billet a d'abord été publié sur le site du HuffPost France.

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