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Le Nevada sera-t-il un répit pour Hillary et l'establishment? Pas si sûr

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Les règles des caucus et des primaires comportent beaucoup de subtilités qui avantagent Hillary Clinton. Quoique...

Dans ce processus de sélection du candidat, les démocrates feront un détour par le Nevada le 20 février, avant la primaire en Caroline du Sud du 27 février. Après l'Iowa et une victoire étriquée, le New Hampshire et une défaite cuisante, les experts annoncent maintenant une victoire d'Hillary Clinton dans le Nevada, et peut-être même une victoire écrasante. La Berniemania venait tout juste de dépasser les frontières américaines et de toucher le reste du monde. Donc, à peine le phénomène se serait-il révélé, ce serait déjà terminé ? Aurions-nous manqué une étape ?

Des règles complexes

En réalité, c'est une nouvelle pièce qui s'ajoute à ce complexe puzzle qu'on appelle «les primaires». Pendant plusieurs mois, les candidats parcourent le pays et font face à une série d'élections dont les règles sont variables d'un État à l'autre. En fonction des résultats obtenus, les candidats remportent alors un certain nombre de délégués, à la proportionnelle de leurs résultats.

Le nombre de délégués est fixé dans chaque État sur une base un peu complexe, mélange de taille de l'État, du nombre d'habitants et de représentation politique sur place. Il y avait ainsi 44 délégués en jeu dans l'Iowa et 23 dans le New Hampshire pour le Parti démocrate. À travers tout le pays, cela varie de 6 pour le Dakota du Nord à 476 en Californie, toujours pour ce qui concerne les démocrates.

Bernie Sanders en a déjà gagné 21 dans l'Iowa et 15 dans le New Hampshire, soit un total de 36. Hillary Clinton en a récolté respectivement 23 et 9, soit un total de 32. Elle est donc un tout petit peu à la traîne, mais tout cela n'est cependant pas très déterminant puisque cela ne représente que 2 % du total. En effet, chez les démocrates, 4 764 délégués seront désignés. Ces délégués, enfin, se réuniront durant l'été et seront comptés. Celui qui en aura remporté le plus aura gagné.

Des super-délégués ?

Il y a cependant, et seulement chez les démocrates, une subtilité assez inattendue : il existe dans ce parti des «super-délégués» qui ne passent pas par ce même processus d'élections mais sont désignés par les instances du parti, au niveau de chaque État.

Ces 712 «super-délégués» ne doivent leur allégeance à aucun candidat en particulier et ne sont pas astreints à voter en fonction des résultats de l'élection primaire ou des caucus de leurs États respectifs. Ce sont des responsables occupant des fonctions électives dans les États ou de hautes personnalités, et donc plutôt favorables à l'establishment, et donc à Hillary Clinton. Pour être précis, 414 d'entre eux sont clairement affiliés à Hillary Clinton et ils ne sont que 14 à s'affirmer en faveur de Bernie Sanders. 282 ne sont affiliés à aucun candidat mais pencheront très certainement sans hésiter pour Hillary pour une écrasante majorité d'entre eux.

Ainsi, pour le New Hampshire, qui a désigné 8 super-délégués (comme l'Iowa), l'excellent score 15 à 9 de Bernie Sanders peut se transformer en 15 à 17 et la gagnante est au final... Hillary Clinton !

Et dans le Nevada ?

Si le poids du parti est aussi écrasant, on peut effectivement craindre qu'il n'y ait pas de match dans le Nevada. Cet État a opté pour une primaire fermée, ce qui signifie que seuls les militants dûment enregistrés au sein du parti peuvent voter. Il est vrai que l'on peut s'affilier le jour même si on le souhaite et participer ainsi au choix. Mais cela exclut du vote, pour comparer avec l'Iowa et le New Hampshire, des dizaines de milliers d'indépendants dont les voix se sont portées en masse sur le candidat Sanders. C'est donc le poids du candidat au sein du parti qui va être l'élément déterminant.

Le terrain et les réseaux

La logique de parti reprenant ses droits, c'est le travail de longue haleine qui va payer, et les réseaux. Un vote, donc, basé sur des liens tissés de longue date et défendu par des prises de position des deux candidats en faveur d'un syndicat, d'une opinion, d'un projet. La différence sera faite principalement par le puissant syndicat de la restauration, qui compte 60 000 membres répartis entre Las Vegas et Reno, les deux principales villes de l'État. Si les équipes de Bernie Sanders sont arrivées en force sur le strip de Vegas et investissent les casinos pour convaincre les milliers d'employés, l'avance d'Hillary est indéniable et on voit mal comment Bernie Sanders pourrait renverser la tendance.

Les minorités aussi

Il faudra également observer le comportement électoral des groupes minoritaires, notamment les Latinos. Leur présence étant quasi-inexistante dans l'Iowa et le New Hampshire, personne ne peut imaginer comment ils vont voter cette année. Mais, là encore, l'analyse des scrutins passés et les liens tissés par le clan Clinton avec les groupes minoritaires donnent à penser qu'elle devrait s'imposer.

Parmi les femmes, toutes les options sont maintenant ouvertes, puisque Bernie Sanders a surpris tout le monde en séduisant cet électorat à plus de 80 %, si on ne considère que les femmes de moins de 30 ans. Mais attention : l'électorat jeune est loin d'être majoritaire dans le Nevada, où les plus de 60 ans représentent tout de même près de 40 % de l'électorat total.

Pas facile pour Bernie

Un vrai casse-tête donc pour Bernie Sanders. Mais ce n'est pas de tout repos pour Hillary Clinton non plus. Les surprises des deux derniers scrutins l'ont rendue très prudente : elle avance désormais pas à pas et avec la certitude qu'une défaite dans le Nevada serait une catastrophe pour la suite de sa campagne.

Tous les sondages lui donnaient cependant une avance de plus de 20 %, jusqu'à ce sondage réalisé par Free Beacon et qui annonce... une égalité parfaite 45-45.

Et si, et si ?

Il faudra attendre en réalité le Super Tuesday («Super mardi») du 1er mars pour voir vraiment les choses se décanter entre les deux candidats. Du moins, espérons-le. Il y aura alors 208 délégués en jeu au Texas, 98 en Géorgie, 95 dans le Massachusetts et en Virginie, 68 dans le Tennessee... environ 900 délégués à distribuer au total en une seule journée dans la douzaine d'États qui se rendra aux urnes (13 États, dont 3 caucus).

Si, toutefois, les résultats serrés se multiplient dans cette campagne, on arrivera alors peut-être à une situation qui ne s'est jamais produite dans l'histoire des États-Unis : car ce seraient les super-délégués qui feraient l'élection. Dans une telle hypothèse, ils se trouveraient ainsi eux-mêmes dans une situation totalement inédite qui les amènerait à voter très certainement contre leurs convictions et leurs intérêts : comment imaginer que si le peuple a décidé de choisir Bernie Sanders, ils puissent faire un choix inverse lors de la convention ? Cela relèverait du suicide politique pour Hillary Clinton. Mais la route est encore longue avant de se pencher sur une telle hypothèse.

Jean-Eric Branaa, Hillary : Une présidente des États-Unis ?, Eyrolles, juillet 2015.

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