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Mondialisation 2.014

12/09/2014 08:58 EDT | Actualisé 12/11/2014 05:12 EST

Les économies nationales sont de plus en plus imbriquées dans des flux d'échanges internationaux touchant non seulement le commerce de biens et de services, mais également les mouvements de personnes, de capitaux financiers et d'investissements matériels. De fait, le développement d'une économie locale, régionale ou nationale ne peut plus se concevoir en isolation et à partir des seuls facteurs internes. C'est dans ce contexte que l'Association des économistes québécois a tenu son congrès annuel en mai dernier sur le thème «Le Québec et l'économie mondiale». Le présent billet fait état des principaux éléments qui se dégagent des conférences. Il évoque aussi certains points qui n'ont pas été couverts par le programme du congrès.

Des rappels utiles

Les conférenciers ont rappelé des vérités assez bien connues, mais dont on ne mesure pas toujours suffisamment toutes les conséquences:

  • La mondialisation est un phénomène structurel

La mondialisation n'est pas la simple intensification des échanges économiques entre les pays. Elle consiste plutôt en la façon radicalement nouvelle dont les activités économiques sont organisées à l'échelle de la planète. L'aplanissement d'une large partie des protections douanières, l'abaissement des couts de transport et les possibilités de communication offertes par Internet et les nouvelles technologies électroniques ont fait en sorte que les entreprises peuvent maintenant organiser et intégrer les diverses étapes de leur chaine de valeur à l'échelle mondiale. Il faut oublier le modèle selon lequel un pays était parfaitement autonome pour la production d'un bien pour lequel il disposait d'avantages comparatifs tels qu'il pouvait l'exporter et importer en contrepartie d'autres biens qu'il ne produisait pas. Aujourd'hui, la production mondiale est plutôt organisée en fonction des avantages des entreprises: une expertise unique, des ressources rares, une image de marque, etc. Or, les entreprises peuvent répartir dans différents pays leurs activités de haute direction, de recherche, d'extraction de ressources, de fabrication de composantes, d'assemblage et de distribution des produits finis. Bref, les chaines de valeur ajoutée sont déployées à l'échelle de planétaire.

  • L'avenir est du côté des services

L'activité manufacturière apparaît de plus en plus comme une activité de base pouvant être exécutée dans un grand nombre de pays, pour peu que les couts d'exploitation y soient favorables. En outre, les perspectives de création d'emplois et de progression des salaires dans le manufacturier sont grandement limitées par la robotisation croissante.

Les possibilités de création d'emplois de qualité reposent maintenant sur les services pré et post fabrication faisant appel à l'expertise et aux connaissances spécialisées. Ces services sont de plus transigés à l'échelle internationale. Les études universitaires illustrent bien le potentiel de croissance des exportations de services tout en en constituant une branche très particulière. L'exemple de l'Australie est éloquent. L'éducation universitaire est en effet le principal service d'exportation de ce pays. En 2012, elle représentait des ventes à l'exportation de 14 G A$, soit un montant nettement plus élevé que l'exportation de services d'affaires (8 G A$).

  • La performance du Québec est décevante

Au cours des dernières années, l'économie du Québec a démontré certaines difficultés à suivre le rythme de la mondialisation. Sa performance a été satisfaisante en matière d'investissements et d'acquisitions d'entreprises, mais médiocre en ce qui a trait au commerce extérieur. Ainsi, la valeur des exportations qui équivalait à 50% du PIB québécois au début des années 2000 se situe maintenant à 45%. Pourtant, le Québec, comme le reste du Canada, dispose d'atouts qui pourraient lui permettre de tirer son épingle du jeu dans l'économie mondiale: énergie, ressources naturelles, qualité de vie, cosmopolitisme, solidité du système bancaire, etc.

Des vérités négligées

En plus de faire ces rappels utiles, les conférenciers ont mis en lumière des éléments trop souvent négligés par les analystes et les commentateurs de la scène économique :

  • L'importance des formalités administratives et des normes règlementaires

À la suite des nombreux accords commerciaux survenus au cours des dernières décennies, les tarifs douaniers ne représentent plus qu'environ 5% des coûts du commerce international, soit une incidence nettement moindre que celles des formalités aux frontières (10%) ou des différences de règlementation en matière technique, sanitaire ou environnementale (de 20 à 30%)[1]. Pour Pierre-Marc Johnson, le Canada, les États-Unis et les pays européens ont tout intérêt à s'entendre le plus rapidement possible sur des normes communes pour que celles-ci puissent s'imposer face à celles des pays émergents. Il en résulterait un avantage énorme pour les entreprises nationales et la pression serait moins forte pour brader les protections sociales et environnementales.

  • Le rôle clé des migrations internationales

Les migrations internationales contribuent pour beaucoup à rehausser les capacités d'une économie à s'intégrer aux flux de la mondialisation. Non seulement elles peuvent contrer certaines pénuries de travailleurs ou de main-d'œuvre spécialisée, mais elles favorisent le développement des exportations. En effet, la pénétration des marchés étrangers est grandement facilitée par la connaissance des us et coutumes locaux et par l'établissement de contacts sur place. Aussi, les affinités des populations issues de l'immigration avec leurs pays d'origine représentent-elles un filon à exploiter pour les entreprises désireuses d'étendre leurs activités à l'extérieur.

Des questions en suspens

La mondialisation est un thème très vaste et il était impossible lors d'un congrès de deux jours d'en aborder toutes les facettes.

Ainsi, le programme du congrès n'a pas permis d'explorer suffisamment les effets perturbateurs des technologies d'information et de communication sur le commerce et sur les investissements. Dans un nombre croissant de secteurs, le commerce en ligne a pour effet de court-circuiter les réseaux de distribution établis et de menacer la survie des intermédiaires. De plus, les gouvernements sont confrontés à la difficulté d'appliquer leurs exigences règlementaires et fiscales aux produits et services achetés sur des sites web étrangers. Il peut en résulter de graves menaces à la compétitivité des entreprises locales qui doivent se conformer à ces règles.

Par ailleurs, les transactions virtuelles, surtout quand elles portent sur la vente de services, peuvent être difficiles à repérer par les organismes responsables de produire les statistiques de commerce international, d'où une sous-estimation de celui-ci. De fait, la collecte et la réconciliation des statistiques touchant les échanges économiques internationaux posent un défi non négligeable étant donné les différences de méthodologie, d'expertise et de moyens d'un pays à l'autre. À cet égard, le FMI a noté que le solde des comptes courants de l'ensemble des pays est positif et croissant depuis le milieu des années 2000. Ainsi, la planète aurait exporté 330 milliards $ de plus que ce qu'elle a importé! [2] Certes, cet écart représente encore moins de 1% de la valeur du commerce mondial, mais une telle aberration a de quoi agacer: avec quelle autre planète ce surplus commercial a-t-il été enregistré?

Une autre lacune pouvant entacher les données sur le commerce international est qu'elles peuvent comptabiliser plusieurs fois la valeur des matériaux et des composantes intégrées dans des produits semi-finis et finis. En vertu du déploiement mondial des chaines de valeur, ces biens peuvent en effet traverser plusieurs fois les frontières. Heureusement, l'OMC et d'autres agences travailleraient à l'élaboration de statistiques de commerce fondées sur la valeur ajoutée, soit sur la différence entre la valeur des exportations et des importations des différents secteurs d'activités économiques [3].

Conclusion

La mondialisation de l'économie pose de nombreux défis aux entreprises, aux travailleurs, aux gouvernements et même aux chercheurs. Le congrès 2014 de l'Association des économistes québécois a permis de faire un peu de lumière sur ces défis et d'indiquer certaines voies prometteuses.

NOTE : La plupart des présentations du congrès sont disponibles sur le site de l'Association des économistes québécois.

[1] Selon les propos de Pascal Lamy, ancien directeur général de l'OMC, rapportés dans DESROSIERS, Éric, D'autres nouvelles de la mondialisation, Le Devoir, 14-15 juin 2014.

[2] The Economist, Export to Mars, 12 novembre 2011, http://econ.st/VsV1JJ.

[3] À ce sujet voir PROULX, Pierre-Paul, Le commerce vertical et la compétitivité, Libres Échanges, 30 avril 2012, http://bit.ly/ICrTG0 , et Des données fort attendues sur le commerce extérieur, 4 février 2013, http://bit.ly/1t4ER4P

Ce billet a aussi été publié sur Libres Échanges, le blogue des économistes québécois.

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