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La vocation des préposés aux bénéficiaires

21/05/2014 08:59 EDT | Actualisé 21/07/2014 05:12 EDT

Le 19 mai, c' était la journée dédiée aux personnes préposées aux bénéficiaires (PAB), métier que j'exerce depuis 31 ans dans le réseau public. Par respect pour 80% des personnes PAB, qui sont des femmes, je vais continuer mon texte au féminin lorsque je parle du titre d'emploi en général.

Au-delà de ce que nous voyons et entendons dans les bulletins de nouvelles, la PAB n'est pas simplement une employée qui change des couches. Elle est aussi partie intégrante d'une équipe de soins. Elle travaille en étroite collaboration avec l'infirmière auxiliaire ainsi que l'infirmière. Sa plus grande valorisation est sans aucun doute celle provenant de ses patients. Les sourires et les remerciements viennent nous toucher droit au cœur, car ils sont sincères.

Dans le réseau de santé publique, la PAB qui atteint le maximum des cinq échelons gagnera près de 22 $ de l'heure et devra subir les compressions, les réorganisations tant au niveau local, que régional et provincial. À chaque changement de ministre de la Santé, l'immense machine change de direction et nous impose de nombreux changements sans jamais nous avoir consultées. Malgré le fait que le nombre de cadres se soit accru de 3000 depuis dix ans, notre charge de travail ne cesse d'augmenter. En fin de compte, qui croyez-vous va en payer le prix? Le patient, bien évidemment.

Les PAB dans le réseau qui, selon moi sont parmi le plus à plaindre sont celles travaillant dans les CHSLD que nous disons publics. En réalité bon nombre de ces établissements financés par le gouvernement, donc vous et moi, sont gérés par des groupes ou des membres de la même famille pour qui les profits sont importants. Les PAB et les résidents doivent donc composer avec les restrictions imposées par ces millionnaires de la santé. Les culottes d'incontinence sont donc, dans certains endroits, comptées et on en limite le nombre par patient. La nourriture est préparée à un endroit et livrée dans les autres établissements du groupe. Les résidents dans la majorité des CHSLD n'ont droit qu'à un seul bain par semaine par manque de personnel, dit-on. En tant que la personne la plus proche du patient la PAB doit composer avec ces restrictions qui pour elle sont totalement inhumaines et non justifiées.

Et que dire aussi des PAB travaillant dans les résidences privées? Elles doivent tout faire ce que nous faisons au public, mais en plus tel que prévu à la loi 90, leurs employeurs peuvent les obliger à distribuer la médication et même donner des injections d'insuline. Pourquoi est-ce ainsi? Afin de faire plus de profits bien évidemment. Les patrons peuvent donc engranger plus de profits, car ils embauchent moins d'infirmières auxiliaires et d'infirmières qui ont des salaires plus élevés que les PAB. La moyenne de salaire en résidence privée de la PAB est de 12 $ de l'heure. Je n'ai absolument rien contre les personnes travaillant en restauration rapide. Par contre est-il normal que la PAB qui lave, nourrit et médicamente les membres de nos familles obtienne un salaire moins élevé? Voyez-vous, les syndicats malgré la mauvaise presse ont un rôle à jouer dans notre belle mais imparfaite société. Au privé il y a un taux de roulement de personnel très élevé. Le salaire peu élevé et les trop grandes responsabilités imposées la fois par l'employeur et le gouvernement dans le secteur privé font en sorte d'éloigner les potentiels candidats à la profession.

Pour les personnes se rendant régulièrement voir leurs proches à l'hôpital, en CHSLD ou en résidence privée il est évident que la PAB est le premier maillon de la chaine sans lequel tout s'écroule. La très grande majorité des PAB sont dotées d'un sens du dévouement hors du commun. Ce sont des personnes qui se donnent sans compter et qui sont empathiques et compatissantes envers leurs patients. La majorité de la population sait aussi que les scènes d'horreur que nous voyons dans les bulletins de nouvelles dans lesquelles des patients sont maltraités, bien qu'inacceptables, ne sont pas légion.

Après 31 ans dans le métier je vous affirme que ce n'est pas qu'un travail, mais bel et bien une vocation. La vocation et nos actions, nos paroles et nos sourires font en sorte de redonner une lueur d'espoir à de nombreuses personnes affligées par la maladie et trop souvent aussi par la solitude.

En cette journée des PAB, je souhaite donc à mes consœurs et confrères de toujours entretenir cette vocation malgré les embûches, car il y a toujours des bons côtés à ce métier.

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