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J'ai mal à la vie

14/08/2014 09:03 EDT | Actualisé 14/10/2014 05:12 EDT

Depuis le suicide de Robin Williams, j'ai entendu et lu plusieurs commentaires. Éloges, hommages et même des témoignages d'amour pour ce grand acteur. J'ai malheureusement aussi été témoin de l'incompréhension et même de la méchanceté face à ce drame, mais aussi concernant le suicide lui-même ainsi que la dépression. Le soir même où sa mort a été annoncée, les bulletins de nouvelles nous apprenaient que l'acteur était possiblement mort par asphyxie. Voilà que les spéculations fusent de toutes parts. Il est probablement adepte de jeux sexuels. Il doit être alcoolique et/ou drogué. Sur les médias sociaux, tous les psys en herbe se sont prononcés, y allant chacun de leur théorie. Plus tard, nous apprenions que Robin Williams souffrait depuis un certain temps d'une forte dépression nerveuse. Voilà que tout repart... drogue, sexe et alcool. On dit qu'il n'avait qu'à cesser ces abus et que tout aurait été réglé. Même sa dépression. Et bien, j'ai des petites nouvelles pour vous, chèr(e)s ami(e)s.

J'ai moi aussi mal à la vie. Depuis huit mois, je prends des antidépresseurs et mon médecin s'occupe bien de moi. Je fais en effet partie des chanceux qui ont un bon médecin de famille. Fait surprenant pour certains, je ne me drogue pas du tout - et ne l'ai jamais fait - et je ne prends qu'un verre à de très rares occasions. Pourtant, comme ce grand acteur qui n'en pouvait plus d'avoir mal à la vie, je souffre moi aussi d'une dépression majeure qui affecte mon quotidien, ma vie, ainsi que la vie des personnes qui m'entourent et qui m'aiment. Bien que je ne sois ni psychologue ni psychiatre, j'ai eu amplement le temps d'analyser le comment et le pourquoi de mon état.

La toute première étape, c'est d'admettre devant notre entourage que l'on souffre. Dans mon cas, c'est ma conjointe qui a accepté et compris ma souffrance. C'est elle qui m'a conseillé très fortement de consulter mon médecin sans attendre. Et j'ai suivi son conseil à la lettre. S'enclenchent donc la première visite, le diagnostic et l'arrêt de travail prolongé. À partir de ce moment, je me suis senti soulagé et coupable à la fois. Coupable de ne pas travailler, de ne pas rapporter le revenu sur lequel ma conjointe et moi nous basons pour vivre notre quotidien et coupable de me sentir ainsi démuni face à la vie. Incapable de trouver le sommeil, on me prescrit de légers somnifères et bien évidemment des antidépresseurs. Voilà que je me sens aussi coupable d'être moi. Coupable de faire vivre ce calvaire à ceux que j'aime. Et si j'en finissais avec ce calvaire me suis-je demandé plusieurs fois. Ainsi, je ne souffrirais plus et mes proches non plus.

Me voilà donc huit mois plus tard à écrire ce texte. Je ne suis pas passé à l'acte, car je me suis accroché à la vie. Une vie qui malgré tout en vaut la peine. Qui suis-je donc pour décider d'y mettre fin? Je n'ai pas décidé de naitre et je ne vais donc pas non plus décider où, quand et comment je vais mourir. Ces quelques paroles que je me suis répété des centaines de fois, combinées aux encouragements de mon entourage, aux propos rassurants de mon médecin et à la médication m'ont assurément sauvé la vie.

Comme pour Robin Williams, mon travail fait en sorte que je donne sans cesse. Je donne de l'affection, de l'aide, de l'écoute et de la compassion à mes patients. Robin Williams le faisait lui aussi d'une autre façon, au grand écran. Il se donnait, tout comme moi à 100% et ce jusqu'au moment où cette force, ce désir de plaire et le courage nous quittent peu à peu. Des millions de personnes aimaient l'acteur. Mais l'homme lui, une fois terminés le tournage et la soirée mondaine, se sentait probablement comme un naufragé sur une île déserte. Sans repères, l'être intelligent et créatif qu'il était se retrouvait désemparé face au quotidien. Face à la vie. Cette vie que plusieurs d'entre nous rêvent d'avoir était sienne. Peut-être en était-il au point où les rêves n'existaient plus pour lui? Nous ne le saurons jamais. Où qu'il soit, je lui souhaite d'avoir trouvé la paix et surtout de s'être débarrassé de ses démons qui empoisonnaient sa vie.

Croyez-moi, je sais de quoi je parle. En posant ce geste extrême, Robin Williams m'a donné le courage de partager avec vous mes états d'âme afin de démystifier un tant soit peu cette maladie invisible qu'est la dépression. Personne n'est à l'abri. Il faut être vigilant, car elle arrive parfois sournoisement. Sans prévenir. Crises d'anxiété, pertes de mémoire, impossibilité de travailler, sentiments de culpabilité et émotions à fleur de peau sont autant de symptômes qui nous lancent le message que nous avons besoin d'aide. Il faut alors mettre son orgueil de côté et consulter dans les plus brefs délais.

Mes paroles et mes aveux vous ont fait réfléchir? C'est le but recherché. Cessez de vouloir être le plus fort, car si on tente d'être fort trop longtemps on arrive au même point que moi. Dites-vous aussi que si pour le monde, vous croyez n'être rien, il y a au moins une personne pour qui vous êtes le monde.

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