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Des fermetures de lits et des abolitions de postes dans les CSSS

27/07/2014 11:40 EDT | Actualisé 26/09/2014 05:12 EDT

Monsieur Philippe Couillard, premier ministre du Québec

Vous avez maintes et maintes fois répété que les coupes demandées par vous et votre gouvernement n'affecteront pas les services et soins directs aux patients. Pourtant, depuis que les budgets des CSSS ont été amputés, des annonces de fermetures de lits et d'abolitions de postes sont dévoilées presque chaque jour, soit par les médias soit par les centrales syndicales.

Ne croyez-vous pas, Monsieur le premier ministre, qu'en effectuant des coupes importantes de budget dans un établissement donné, la personne qui le dirige sera encline à abolir des postes ou les employés interviennent directement auprès des patients plutôt que de «sacrifier» les postes de ses amis, sous-cadres? Ne croyez-vous pas aussi qu'elle fermera des lits plutôt que de donner son 4% à certains cadres et ce même si nous savons, vous et moi, que leur nombre est beaucoup trop élevé?

Le CSSS de Laval est un bon exemple de ces compressions à l'aveugle. 12 M$ seront amputés de son budget. La directrice générale disait, sans rire (en fait peut-être fait-elle comme vous qui semblez rire de nous) que les services directs aux patients ne seront pas affectés. En septembre, disait-elle aussi, il y aura d'autres abolitions de postes. Et de façon tout à fait désinvolte, Mme Barbir nous apprend qu'aucun poste de cadres ne sera aboli durant les trois prochaines années par le CSSS de Laval. Son argument de taille (!?) est que le nombre de cadres de ses établissements est bien en deçà du pourcentage du nombre de cadres qu'on serait censé avoir. Pour notre catégorie d'établissement, nous serions autorisés à avoir 7,3 % de la masse salariale des cadres sur la masse salariale totale. Nous sommes à 6,6 %. Le ministère ne formule aucune exigence à l'égard de notre établissement en ce qui concerne la réduction du nombre de postes d'encadrement, ajoutait-elle.

Il est évident que les soins et services directs aux patients seront affectés. Qu'attendra cette dame de ces employés? Qu'ils donnent les mêmes services, mais avec moins de personnel. Or que va-t-il se produire selon vous, Monsieur Couillard? Les personnes œuvrant pour les patients verront r leur charge de travail littéralement doubler. À court terme, vous atteindrez probablement votre objectif budgétaire. À long terme, vous verrez le taux de blessures et d'épuisement professionnel augmenter en flèche. Je suis justement dans ce réseau à titre de préposé aux bénéficiaires depuis 31 longues années et croyez-moi, j'en ai vu des réorganisations locales, régionales et provinciales.

Imaginez un peu d'être obligé de dire à un patient voulant se confier que vous n'avez pas le temps de l'écouter en spécifiant que vous reviendrez plus tard, tout en sachant très bien que vous n'aurez pas le temps. Comment vais-je faire comprendre à ces hommes et ces femmes que je ne peux pas leur accorder l'écoute et le temps auxquels ils (et elles) ont droit comme tout être humain, parce qu'il n'existe aucun ratio patient/intervenant et que 20 autres m'attendent impatiemment? Je ne comprends vraiment pas votre façon de faire. Honnêtement, je ne pourrais jamais tenir le rôle de premier ministre qui comporte de prendre de telles décisions. J'en serai tout simplement incapable. Des décisions aussi insensées qu'inhumaines. Oui, le budget du Québec est important, j'en conviens. Mais expliquez-moi pourquoi vos coupes sont dirigées vers des postes budgétaires qui affecteront sans aucun doute les bénéficiaires du réseau de la Santé.

En passant, Monsieur le premier ministre, j'avoue publiquement pour la première fois être aussi une victime de la déshumanisation de ce réseau où l'humain, soit le patient et le travailleur ne sont que de numéros ou des signes de «piasse». En effet, ayant eu des problèmes personnels comme n'importe quel citoyen ainsi qu'un travail qui a drainé toute mon énergie, je suis en arrêt de travail depuis 8 mois. Croyez-moi Monsieur Couillard, les coupes que vous avez imposées au réseau de la Santé feront en sorte d'augmenter de façon exponentielle les «Jean Bottari» qui seront malades et incapables de continuer à travailler ainsi. Le problème se résume en une seule phrase que voici: des êtres humains à qui d'autres êtres humains dispensent des soins dans un système inhumain.

En terminant, je constate que vous dites bel et bien la vérité lorsque vous annoncer que vous n'effectuerez pas de coupes dans les services directs aux patients. Non, car ce seront les DG d'établissements qui le feront. Vous n'aurez donc pas à porter l'odieux de la diminution des services. C'est cela qu'on appelle jouer sur les mots, Monsieur le premier ministre?

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