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Baltimore et le photojournalisme «vintage»

12/05/2015 08:26 EDT | Actualisé 12/05/2016 05:12 EDT

L'histoire, selon la sagesse populaire, se repète continuellement. Les récentes émeutes de Baltimore le démontrent en rejouant des événements s'étant déroulés dans la même ville il y a de cela presque 50 ans, en 1968. Si les scènes sont similaires, leur traitement photographique apparaît également semblable, comme en témoigne la récente couverture du magazine TIME.

L'image en frontispice de la publication est un détail d'une photographie numérique en noir et blanc, présentant un jeune homme noir fuyant une charge policière. Bien qu'elle soit datée de 2015, on peut voir que la datation est un ajout, après qu'ait été biffée l'année 1968. Cette double datation soulève à la fois les similitudes entre les deux événements et le traitement photographique qui leur est reservé, la représentation monochrome de la scène invoquant le souvenir du Baltimore de la fin des années 1960.

Les émeutes de Baltimore

Déclenchées par la mort de Freddie Gray aux mains de la police, les récentes émeutes de Baltimore signalent un ras-le-bol populaire de la population face aux violences policières qui, plus souvent qu'autrement, visent la population afro-américaine. Loin d'être un cas isolé, cette situation rappelle ce qui s'est produit récemment à Ferguson. La ville du Missouri avait connu plusieurs journées de manifestations et d'émeutes suite à une intervention policière qui avait coûté la vie à Micheal Brown, un autre jeune de couleur.

Devin Allen, un photographe amateur natif de West Baltimore, décide au moment des soulèvements de documenter les événements se déroulant autour de lui. Allen diffuse ses images sur son compte Instagram, dont le nombre d'abonnés explose. Il attire également l'attention des médias de masse (notamment TIME). Une de ses photos en particulier deviendra particulièrement virale. C'est d'ailleurs celle-ci qui sera utilisée par TIME pour illustrer le magazine papier :

We are sick & tired ::: #Baltimore #ripfreddiegray | #DVNLLN

A photo posted by KnownNobody ◼️◾️▪️ (@bydvnlln) on

Comme le démontre son fil Instagram, Allen travaille presque exclusivement en noir et blanc. Ce choix esthétique n'est pas sa rappeler le look de la photographie durant les années 1960, âge d'or du photojournalisme.

Ces soulèvements ne sont cependant pas un développement récent dans l'histoire américaine. La ville de Baltimore avait été la scène de pareils événements suite à l'assassinat de Martin Luther King en 1968. Plusieurs autres manifestations du genre avaient d'ailleurs également eu lieu à la même époque dans plusieurs autres villes américaines.

Si les situations sont similaires, les images qui en ressortent le sont également. En effet, la ressemblance entre les clichés d'Allen et ceux réalisés à Baltimore lors des émeutes de 1968 est frappante. Une brève comparaison entre les archives photographiques du Baltimore Sun et la page Instagram d'Allen le démontre : autant le traitement que les sujets paraissent les mêmes. L'image de couverture du TIME rappelle aussi une image en particulier issue des émeutes de Newark (New Jersey) en 1967 qui présente la même scène, avec comme seule différence que son sujet est un garçon plutôt qu'un homme adulte. Le contexte reste le même : le soulèvement prend naissance dans les tensions raciales.

Le photojournalisme vintage

Les photographies de Devin Allen, dont le traitement rappelle les tirages de presse des années 1960, ne sont pas un cas isolé. En 2010, un photographe du New York Times, Damon Winter, se rend en Afghanistan pour y réaliser un photo-reportage sur le quotidien des soldats américains qui y sont déployés. Ses images sont réalisées avec un iPhone et l'application Hipstamatic, qui sert à simuler l'esthétique de la photographie sur film. Le résultat est que les clichés de soldats pris par Winter «évoquent la Guerre du Vietnam et l'ère héroïque du photojournalisme» en présentant un sujet similaire qui est, lui aussi, traité d'une manière similaire. Comme avec les images de Baltimore prises par Allen, les clichés Hipstamatic de Winter font dans une sorte de photojournalisme vintage en traitant un sujet d'une manière à rappeler les images de presse des années 1960 et 1970.

Ben Lowy est un autre exemple de ces photographes de presse travaillant avec le combo téléphone intelligent et applications de traitement des images. Photographe pour le magazine TIME, il a notamment couvert les répercussions de l'ouragan Sandy avec son téléphone et l'application Hipstamatic :

Ses images à l'allure rétro simulent l'apparence de la photographie argentique du 20e siècle et, ce faisant, paraissent plus anciennes qu'elles ne le sont réellement. Après avoir réalisé un reportage en Libye avec son iPhone en 2011, il approche la compagnie derrière Hipstamatic pour créer un film et une lentille virtuelles à son nom. Ceci va permettre de cimenter encore plus les liens entre les applications photographiques rétro et le photojournalisme, les filtres conceptualisés par Lowy ayant pour but d'être utilisés dans un contexte journalistique.

L'exemple d'Allen, comme celui de ses prédécesseurs, Winter et Lowy, démontre bien qu'il existe dans la photographie de presse un intérêt marqué pour les images à l'allure vintage qui rappellent les reportages photographiques du 20e siècle. À une époque où la confiance envers les médias et l'image photographique s'amenuise, ce photojournalisme vintage peut être une piste de solution.

Les images d'Allen, Winter et Lowy semblent rechercher la légitimité et la valeur qui souvent octroyées au photojournalisme des années 1960 et 1970, l'âge d'or des grands reportages. C'est probablement ce qui pousse certains photographes à travailler de manière à rappeler cette époque, le photojournalisme vintage permettant d'octroyer aux images un poids et une valeur supplémentaire.

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