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Ma lettre à Eliza Dushku, qui révèle avoir été agressée sexuellement à 12 ans sur le tournage du film «True lies»

L’histoire d’Eliza nous force maintenant à regarder en face une terrible réalité: les abus sexuels commis sur des enfants.

16/01/2018 11:09 EST | Actualisé 19/01/2018 13:04 EST

Jamie Lee Curtis
Photo publiée avec l'aimable permission de l'auteur

Dans les derniers jours, l'actrice Eliza Dushku a publié le récit de l'agression sexuelle dont elle dit avoir été victime sur le tournage du film "True Lies", dans lequel je jouais sa mère. Elle avait partagé cette histoire avec moi en privé il y a quelques années. Cela m'avait choquée et attristée à l'époque, et c'est toujours le cas aujourd'hui.

Nous avons tous commencé à prendre conscience du fait que les terribles abus aujourd'hui si fréquemment rapportés dans les médias se produisent depuis déjà très longtemps. De façon tout à fait intolérable, les auteurs des agressions ainsi révélées se permettent souvent d'affirmer qu'en tant qu'adultes, leurs victimes ont leur part de responsabilité dans ce qui leur est arrivé.

L'histoire d'Eliza nous force maintenant à regarder en face une nouvelle et terrible réalité : les abus sexuels commis sur des enfants.

Pendant longtemps, j'ai joué le rôle de la mère de jeunes acteurs. À 19 ans, déjà, dans le premier "Halloween", j'étais la babysitter de l'acteur Kyle Richards, alors enfant. Lorsque j'ai atteint l'âge requis pour jouer des rôles de mère au cinéma, j'ai incarné celle des futurs Harry Potter (Daniel Radcliffe) et Frodon Sacquet (Elijah Wood) et j'ai travaillé avec de nombreux autres jeunes acteurs, y compris Macauley Culkin, Anna Chlumsky et Lindsay Lohan.

L'agression présumée d'Eliza, loin de l'entourage protecteur que nous représentions, et hors de notre contrôle, est une chose absolument terrible à apprendre et à accepter.

Établir une relation de travail avec des enfants n'est pas facile, dans le sens où on leur demande de travailler comme des adultes, avec des adultes, dans un environnement adulte, entourés de centaines d'adultes qui attendent une performance de leur part, mais qu'ils n'en restent pas moins des enfants. Je me suis débattue avec ce rôle de mentor, collègue, mère de substitution et amie, et chaque relation reste individuelle et unique. Sommes-nous réellement amis? Sommes-nous des collègues de travail? Les enfants n'ont pas la maturité nécessaire pour percevoir cette subtile différence. J'avais une conscience si aiguë de mon statut et de mes travers d'adulte que j'ai institué l'usage d'une boîte à gros mots sur le tournage de "My Girl". Je savais que nous étions en présence d'enfants et que l'emploi de mots grossiers était inapproprié. Bien entendu, c'est moi qui ai déposé le plus de sous dans la boîte et j'ai distribué l'intégralité du contenu à Macauley et Anna lors de leur dernier jour de tournage.

Dans l'industrie du cinéma, il existe de longue date des lois, âprement défendues, destinées à protéger ces jeunes acteurs. Des professeurs, des avocats et des membres de la famille ou des tuteurs sont toujours présents au côté des enfants sur le plateau. Il y a des règles strictes à respecter. Mais malheureusement, comme toutes les règles, celles-ci sont régulièrement enfreintes.

Après le récent scandale des agents accusés d'abus sexuels sur leurs jeunes clients, voici maintenant le récit de Mlle Dushku. Ce qui rend ce cas encore plus complexe, c'est que son agresseur présumé, en tant que coordinateur des cascades, tenait littéralement nos vies et notre sécurité entre ses mains. Les cascades nécessitent toujours une grande confiance dans l'équipe en charge, et pour "True Lies" en particulier, nous avons tous été suspendus dans les airs à plusieurs reprises avec des câbles et des harnais. En ce qui me concerne, j'ai été suspendue sous un hélicoptère par un câble, et je tenais la main de l'homme qu'on accuse aujourd'hui d'agression sexuelle.

J'espère que toutes ces révélations conduiront à la mise en place de nouvelles directives et de structures adaptées, et que tous les agresseurs devront faire face aux conséquences de leurs actes.

J'espère aujourd'hui que toutes ces révélations conduiront à la mise en place de nouvelles directives et de structures adaptées pour permettre aux gens –quel que soit leur âge, leur sexe, leur origine ou leur métier– de parler de leurs préoccupations et de livrer leur vérité, et que tous les agresseurs devront faire face aux conséquences de leurs actes.

Chacun d'entre nous doit prendre ses responsabilités en reconnaissant que la camaraderie insouciante que nous partageons avec nos jeunes collègues acteurs peut donner la fausse impression que ces acteurs sont des adultes dans un monde d'adultes, capables de faire des choix d'adultes.

Dans l'équipe de "True Lies", nous étions plusieurs à être parents. Jim (le réalisateur James Cameron), Arnold (Schwarzenegger) et moi avons des filles. L'agression présumée d'Eliza, loin de l'entourage protecteur que nous représentions, et hors de notre contrôle, est une chose absolument terrible à apprendre et à accepter.

La vérité sera libératrice pour nous tous. Souhaitons que cette libération facilite la dénonciation d'autres abus et que, si de tels faits se produisent, nous soyons en mesure d'agir rapidement et concrètement, afin que plus personne ne doive attendre 25 ans pour se faire entendre.

Cet article, publié à l'origine sur le HuffPost américain et sur le HuffPost France, a été traduit par Iris Le Guinio pour Fast for word.

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