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Petit guide de la parfaite victime d'agression sexuelle

01/04/2016 11:32 EDT | Actualisé 02/04/2017 05:12 EDT

Mesdames, la procédure est plus simple que vous ne le croyez.

En premier lieu, faites preuve d'une vigilance absolue en tout temps afin de ne pas être agressée. Ne portez aucun vêtement qui pourrait suggérer que vous êtes «ce genre de fille».

Bien entendu, rien dans la tenue vestimentaire d'un homme ne saurait signifier qu'il est «ce genre de gars», alors prenez soin de ne jamais vous retrouver seule avec un homme, même lors d'un rendez-vous galant. Agissez de manière responsable, même s'il s'agit de votre cinquième ou dixième rencontre. Si vous vous retrouvez tout de même dans une situation intime, ne paraissez ni frigide, ni aguichante.

Si jamais vous manquez à votre devoir et finissez par être agressée, gardez votre calme. Ne changez en rien votre comportement. Ne soyez surtout pas en proie aux sentiments complexes de honte, de peur, de douleur et de colère qu'éprouvent les autres victimes.

Au contraire, agissez de la manière la plus rationnelle possible, comme le souhaitent les gens qui prêtent des vertus fantaisistes aux victimes d'agression. Rompez les liens avec votre agresseur immédiatement, sans essayer d'obtenir des explications ou des excuses. Si l'agresseur fait partie de votre cercle d'amis, renoncez à ce cercle d'amis. S'il est un collègue de travail ou votre patron, quittez votre emploi. En somme, laissez tomber vos habitudes et dites adieu à votre vie telle que vous la connaissiez. Après tout, personne n'a jamais dit qu'être une victime était facile!

Vous voulez dénoncer le crime? Aucun problème, faites-le immédiatement! Il est inutile de prendre le temps de réfléchir à ce qui vous est arrivé. Allez directement au poste de police pour y trouver un gentil officier qui prendra votre version des faits au sérieux. Racontez-lui tout ce qui vous est arrivé dans les moindres détails, d'une manière qui restera constante au fil des années, et avec le bon degré d'émotivité. Évitez de paraître trop calme ou trop fâchée, ce qui vous ferait perdre en crédibilité. Mesdames, tout est dans l'équilibre. Si vous suivez ces instructions, vous êtes sur la bonne voie!

Pour étayer votre preuve, vous devrez être capable de montrer les blessures que vous avez subies en vous débattant. Nous espérons que vous vous êtes défendue comme il se doit, c'est-à-dire ni trop vigoureusement (ce qui obligerait l'assaillant à vous tuer ou à vous blesser sérieusement), ni trop faiblement, mais juste assez pour que des ecchymoses apparaissent sur vos parties les plus intimes.

Vous devrez montrer ces ecchymoses à des inconnus qui vous croiront sur parole. Évitez les gens qui seraient susceptibles de démentir votre version des faits. À cette étape, utilisez le pouvoir féminin de discernement dont vous auriez dû faire usage lorsque vous avez rencontré le charmeur qui s'est avéré être un connard violent.

Faites en sorte d'avoir toute la documentation requise pour que les représentants du système judiciaire sympathisent davantage avec vous qu'avec votre agresseur. Ne leur laissez aucune raison de croire que vous voulez ruiner la vie d'un homme parce que vous regrettez d'avoir été une fille facile.

Voilà, vous y êtes presque. Il ne reste plus que le procès!

Lorsque vous serez appelée à la barre, répétez votre version des faits mot pour mot. Vous aurez l'impression d'être vous-même au banc des accusés. En effet, les chefs d'accusation criminels sont une chose extrêmement sérieuse, et il faut faire en sorte que seules les vraies victimes portent plainte. En effet, trop de femmes s'engagent dans un long procès dans le seul but d'attirer l'attention ou d'exercer une vengeance mesquine.

Assurez-vous de relater chaque petit détail avec précision. Souvenez-vous du modèle de voiture de votre agresseur et du nombre de boissons que vous avez consommées (zéro de préférence, car les victimes responsables ne boivent jamais pour socialiser). Les témoignages oculaires ne sont pas toujours crédibles, et la crédibilité est un élément que le système judiciaire prend très au sérieux en matière d'agression sexuelle.

Durant le contre-interrogatoire, retrouvez l'état d'équilibre émotionnel mentionné plus haut. Si vous êtes trop émue, on vous prendra pour une folle ou une personne motivée par la colère. Si vous paraissez trop calme, personne ne croira que vous êtes une véritable victime. Un sanglot étouffé (un seul !) et une larme coulant de manière élégante sur votre joue suffiront.

Quant à la défense, pourquoi l'agresseur en aurait-il besoin? Vous êtes une victime, ou vous ne l'êtes pas. Libre à vous de tenir compte ou non des conseils énoncés dans cet article.

Si vous suivez cette procédure à la lettre, sans aucune anicroche, vous prouverez que vous êtes la victime idéale. Vous éviterez ainsi d'être sermonnée par le juge lorsque celui-ci rendra son verdict de non-culpabilité.

Ce billet a initialement été publié sur le Huffington Post Canada.

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