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Quelques litres? Imaginez une rupture de pipeline!

19/01/2015 11:39 EST | Actualisé 21/03/2015 05:12 EDT

Jeudi dernier à Longueuil, quelques litres de diesel se sont retrouvés dans le système d'eau potable de la ville. Résultat : on demande à tous les citoyens de ne plus consommer l'eau du robinet. Plusieurs dizaines de milliers de citoyens privés d'eau potable pour quelques litres de diesel.

Maintenant, imaginez la rupture d'un éventuel pipeline qui transporterait 1,1 million de barils de pétrole par jour et qui laisserait se répandre pour quelques minutes son contenu dans la rivière des Outaouais en amont de la prise d'eau de la ville de Montréal. Catastrophe! Des millions de citoyens privés d'eau potable. Pour combien de temps? Autre bonne question, car le pétrole brut est beaucoup plus difficile à nettoyer que le diesel. Parlez-en aux résidents des environs de la rivière Kalamazoo au Michigan ou plus près de nous aux résidents riverains de la rivière Chaudière qui a reçu le déversement du train du lac Mégantic il y a un an et demi.

Je fais ici allusion au pipeline que la compagnie TransCanada veut construire au Québec afin d'exporter du pétrole issu des sables bitumineux de l'Alberta. Malgré toutes les bonnes intentions du monde, personne ni rien n'est à l'abri d'une erreur humaine ou technique. Les chances sont minimes, mais quand même bien réelles qu'un incident malheureux se produise. Et que dire des catastrophes naturelles éventuelles? Glissement de terrain, tremblement de terre, même faible...

Dans un avenir rapproché, cette compagnie va tenter par tous les moyens de nous convaincre du bien-fondé de son insensé projet de construction d'un pipeline. C'est bon pour l'économie, ça crée des emplois, c'est la façon la plus sécuritaire de faire voyager le pétrole, c'est pratiquement sans risque, ils auront les meilleures techniques au monde pour inspecter leurs tuyaux, etc. Des personnalités connues viendront sur la scène publique pour nous convaincre de la véracité de ces affirmations. On en fera peut-être même un enjeu électoral pour l'automne prochain au fédéral!

Mais dans tout cela, jamais on nous dira que des catastrophes, quoique de probabilité statistiquement faible, sont quand même prévisibles. De l'aveu même de la compagnie, des fuites de moins de 1,5% sont difficiles à détecter; 1,5 % de 1,1 million de barils, c'est énormément plus que quelques litres de diesel. De plus, on ne sait pas comment faire s'il y a de la glace dans les environs du déversement... Est-ce que ça se produira dans un an, deux, dix, vingt ou cinquante? Peu importe, ça va arriver, et ce jour-là, on nous dira qu'on est désolé et qu'on fait du mieux pour réparer...en nous faisant payer la facture bien évidemment comme au lac Mégantic.

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