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Libye: vers une sortie du chaos par la monarchie constitutionnelle?

20/07/2014 08:19 EDT | Actualisé 19/09/2014 05:12 EDT

Aujourd'hui, la Libye est un peu sortie des radars médiatiques. Le regain de tensions au Proche-Orient, la percée des islamistes en Irak et l'évolution de la situation en Syrie ont fini de reléguer la Libye aux dernières pages des actualités. Pourtant, le pays est la clé de bien des problèmes auxquels sont confrontés les pays africains et européens. Pour éviter une somalisation de la Libye, l'instauration de la monarchie constitutionnelle est une idée qui séduit de plus en plus au sein des chancelleries, mais aussi auprès des Libyens. Un projet possible?

Le fracas des armes aura finalement eu raison des 42 années de terreur du régime de Mouammar Kadhafi. Trois ans après sa chute, les armes ne sont toujours pas remises à l'armurerie et se sont même déversées dans le reste de l'Afrique. Le Mali a échappé au pire, mais est loin d'avoir écarté le risque islamiste. La Libye est en plein chaos et n'a jamais été aussi proche de l'éclatement. Trois grands ensembles se détachent au sein desquels d'autres sous-ensembles existent et où des luttes sanglantes font rage: La Tripolitaine où les autorités centrales peuvent à peine imposer leur autorité dans la capitale Tripoli, la Cyrénaïque à l'Est, et le Grand Sud, sorte de zone grise, imparfaitement contrôlée par les différents acteurs locaux et terre de bien des trafics.

Les élections du 25 juin dernier ont été la confirmation que l'État de droit n'est qu'une illusion et que le régime républicain drapé des atours de la démocratie n'a pas d'emprise sur le pays. Le taux de participation officielle n'est que de 42 % et le processus électoral a été tout simplement confisqué dans certains bureaux de vote. À cela s'ajoute le lâche assassinat de Salwa Bougaighis, avocate et militante des droits de l'Homme, par un groupe armé non identifié. La démocratie ne pourra s'établir qu'une fois un semblant de stabilité restauré.

La monarchie constitutionnelle comme solution?

Si la chute de Kadhafi devait mécaniquement déboucher sur l'instauration de la démocratie, il se répète de plus en plus dans les cercles du pouvoir qu'elle pourrait prendre les habits de la monarchie constitutionnelle. Un retour à l'avant-régime Kadhafi en somme qui n'avait pas si mal fonctionné. En effet, de son indépendance en 1951 au coup d'État de 1969 qui amène le "colonel" Kadhafi au pouvoir, la Libye vivait sous le régime d'une monarchie constitutionnelle. Efficace, elle sut préserver les intérêts d'un État aux frontières tracées à la règle par d'anciennes puissances européennes peu intéressées par l'ère postcoloniale. Les quatre décennies de dictature ont relégué aux oubliettes de l'Histoire cette période avant que ce régime ne fasse finalement son retour dans les esprits (avant de s'inscrire dans le marbre de la Constitution?).

Au nord de la Méditerranée, la monarchie constitutionnelle n'a pas forcément bonne presse. Ce régime est jugé désuet, peu en phase avec la modernité comme les critiques nombreuses qui ont émaillé la passation de pouvoir entre Juan Carlos d'Espagne et son fils Felipe l'ont montré. La monarchie constitutionnelle admet pourtant des atouts qui lui sont propres. C'est un point d'ancrage solide qui sert de repère lorsque le chaos frappe. Il est le point fixe lorsque toutes les institutions sont attaquées ou vidées de leur substance. Qui a sauvé la démocratie espagnole en 1981? Le roi Juan Carlos. Qui maintient l'unité de la Belgique alors que les mouvements sécessionnistes sont plus forts que jamais? Le roi Philippe. Qui mène le Maroc sur le sentier escarpé et tortueux de la démocratie et de la croissance économique? Mohammed VI.

La monarchie constitutionnelle n'est pas la solution à tous les problèmes. Elle est la réponse à des problématiques spécifiques qui trouvent leurs origines dans les différences ethniques, linguistiques ou religieuses entre les citoyens d'un même pays. Le cas espagnol doit servir de modèle aux Libyens même si la situation du pays est bien plus dramatique que celle de l'Espagne des années 1970-1980. Quelles que soient leur origine et leur appartenance à telle ou telle tribu, un nombre croissant de Libyens appellent de leurs vœux à la restauration de la monarchie constitutionnelle. L'actuel ministre libyen des Affaires étrangères s'est fait le relai de cette nouvelle aspiration et s'est montré favorable à la mise en place d'une monarchie constitutionnelle.

Mohamed Abdelaziz a notamment affirmé que "le retour de la monarchie constitutionnelle représente une solution à même de rétablir la sécurité et la stabilité en Libye. C'est l'une des alternatives présentées actuellement avec beaucoup de conviction sur la scène libyenne". Une éventualité qui a été mise sur la table en marge du 25e sommet de la Ligue arabe de mars 2014 et qui a fait son chemin depuis. La monarchie constitutionnelle semble aujourd'hui être le régime le plus légitime et le plus apte à s'imposer sur l'ensemble du territoire Libyen malgré tous les obstacles.

Les chefs de clan dont l'influence est très grande sur l'échiquier politique libyen ont encore en mémoire les années de la douce monarchie où le roi Idris Ier veillait aux destinées de son pays en respectant les différentes coutumes de ses sujets, même les plus éloignés de Tripoli. L'Histoire, la filiation et le fait que la famille royale a tout au long de son règne et de son exil mis un point d'honneur à se placer au-dessus des querelles contribuent à l'image positive dont jouit la famille al-Sanussi.

Bien malin celui qui pourra dire dans quelle direction la Libye va finalement pencher. La monarchie constitutionnelle est une solution qui paraît viable même si son instauration ne résoudra pas tous les problèmes d'un coup. La pacification de la Libye demandera du temps, des institutions solides et des hommes visionnaires. Les trois sont à disposition, il ne manque plus qu'à s'en servir à bon escient et à travailler sans relâche.

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