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Le chef de fer aux Crocs orange est un Laframboise d’Amérique

En dépit de son grand talent, il arrive parfois à Mario Batali de l'échapper.

24/12/2017 08:00 EST | Actualisé 24/12/2017 08:00 EST
Brendan McDermid / Reuters

Roux, rond, barbu et surtout bon vivant, portant le short et les Crocs orange, MARIO BATALI est l'un des chefs les plus en vogue aux États-Unis, une véritable star médiatique des ronds et des chaudrons. On le voit partout, un peu comme notre Ricardo ici. Neuf livres déjà publiés, huit millions de mentions sur YouTube. Bonne chance Ricardo...

Mario a treize restos à NY, trois à Vegas, trois à Boston, cinq en Californie, deux à Singapour, deux à Hongkong et quatre au Connecticut. Des restos italiens, car sa cuisine est ritale des tagliatelles au tiramisu.

Choisi Man of the year, en 1999, par le magazine GQ dans la catégorie des chefs, Batali a remporté de multiples prix. Il s'est surtout fait connaître internationalement pour sa participation à l'Iron Chef , une compétition impliquant les meilleurs chefs de la planète, relayée par les nombreux Food Channels qui surchauffent la fibre (capitaliste) de Monsieur B et Monsieur PKP.

Les affaires sont très bonnes pour le chef de fer : avec ses partenaires il a dû payer 5,25 millions de dollars à ses employés parce qu'il leur avait enlevé 5% sur leurs pourboires (faites la règle de trois...).

En dépit de son grand talent, il lui arrive parfois de l'échapper. Pas ses plats, sa langue. Comme lorsqu'il a comparé les banquiers à Hitler et Staline. Deux chefs, aux recettes nauséabondes, qu'on a toujours intérêt à garder dans les poubelles du 20e siècle lorsqu'on est un personnage public.

« Juste une métaphore », a dit Mario, espérant rattraper sa gaffe avant que la sauce ne se gâte.

Trop tard. Les banquiers n'ont pas aimé. Se sont mis à boycotter ses restos. Ils ont même créé un hashtag : Bataligate! Mario en a bavé.

«Vous pouvez demander 600$ à un gars pour un menu gastronomique. Vous pouvez comparer un gars à Hitler », a dit le Forbes. « Mais si vous faites les deux au même gars, tôt ou tard, il va se fâcher. »

Comme quoi un grand chef peut parfois se mettre les Crocs dans les plats.

Mario peut aussi se mettre les mains aux mauvais endroits. Quatre femmes, dont trois qui ont travaillé pour lui, ont révélé dernièrement avoir été victimes d'attouchements de la part du grand chef. La chaîne ABC, à laquelle il contribue dans l'émission The Chew, l'a immédiatement suspendu et Batali and Bastianich Hospitaliy Group, qui réunit ses intérêts, l'a mis en congé.

De quoi sortir les crocs...

De Batiscan à Yakima

Mario Batali est né le 19 septembre 1960 à Seattle. Son père, Amandino, a été ingénieur pendant 30 ans chez Boeing, Lazy B comme on dit à Seattle. Sa mère, Marilyn Laframboise, est une Franco de Yakima. Père italien, mère franco-américaine. Comme Madonna du Michigan, mais à l'autre bout du continent.

La famille a d'ailleurs vécu quelques années à Yakima, une ville de 250 000 habitants, située au cœur de l'État de Washington, qui compte une petite communauté d'origine québécoise.

Les premiers Québécois sont arrivés à Yakima à la toute fin du 19e siècle, amenés par Georges Labissonière, de Batiscan. Labissonière (qui descend de Gilles Trottier, premier Trottier d'Amérique) a d'abord émigré dans la Baie Georgienne, avec son père, au milieu du 19e. En 1879, il amène sa famille à Red Lake Falls, dans le nord du Minnesota, où existe une importante communauté canadienne-française. Après 16 ans à Red Lake, il déménage plus à l'ouest, à Yakima, dans les Rocheuses.

En 1895, Labissonière achète 10 acres de terre et plante des vignes et des vergers. Il fait la rencontre d'un vieux Franco, Joseph Mondor, qui a connu le Golden Rush de la Californie. Mondor est établi à Yakima depuis une quinzaine d'années.

Avec Sylvain Bergevin, originaire de Beauharnois, et Raoul Langevin de Châteauguay, ils font venir des Francos du Minnesota. Le développement de la ligne de chemin de fer de la Northern Pacific Railroad facile le transport et alimente le pipeline des colons déçus par le Minnesota.

Tannés du froid et de l'humidité, aux prises avec la dépression des années 90 et les prix bas pour les grains, désireux de protéger leur langue et leur religion en restant ensemble, des centaines de Canadiens français de Red Lake Falls et de Crookston suivent l'appel de Labissionière et partent pour la vallée de Yakima.

Les premières familles qui débarquent, en 1897, sont les anciens voisins de Labissionière : les Sauvé, les Gamache, les Régimbal et les Dulude. Certaines familles ont jusqu'à huit enfants.

Les lettres aux familles au Minnesota étant favorables, les autres prennent le chemin de l'ouest dans les années suivantes : les Laframboise, Bernier, St-Aubin, Charron, Beaudry, Lachance, Desmarais, Brunette, Champoux, Benoit, Brulotte, Beauchesne, Noël.

Au recensement de 1900, Yakima compte 77 résidents canadiens-français. En 1915, on est rendu à 165. C'est l'année où Onésime Noël, originaire de l'Ange-Gardien, cousin de mon arrière-arrière-grand-père, rend l'âme.

Onésime avait d'abord émigré au Minnesota, vers 1860, pour rejoindre ses demis-frères à St-Paul, les Huot qui travaillaient déjà sur des projets d'irrigation. En 1862, il épouse Zoé Pateneaude, une fille de Longueuil, qui lui donnera 10 enfants.

La famille déménage à Red Lake, dans le nord de l'État, près de la frontière du Manitoba. Les 10 enfants, qui épouseront d'autres Francos, parleront français jusqu'à leur mort (François est mort le dernier en 1969). La majorité des petits-enfants parleront aussi français jusqu'aux années 1930-40. À la fin du 19e, la moitié de la famille Noël déménage à Yakima. Dans les années 30, François trouvera une source d'eau sulfureuse qui fera la fortune de la famille. Noel Corp, aujourd'hui, est l'un des plus gros employeurs de Yakima; la cie est dirigée par son arrière-arrière-petit-fils qui, believe or not, parle toujours la langue de Zoé et Onésime.

En 1920, le recensement révèle que 365 personnes sont nées au Canada. Ce n'est qu'une partie de la communauté canadienne-française puisque ces données ne tiennent pas compte des enfants et petits-enfants nés aux États-Unis.

Antoine LaFramboise (1876-1962) arrive à Yakima en 1898. Son père, Joseph Desrozan dit Laframboise, est né à Beauharnois en 1839. Il a émigré au Minnesota en 1879.

En 1900, il était toujours au Minnesota. Après avoir eu 13 enfants avec Julie Sauvé, il va se remarier en secondes noces avec Rosalie Biron, en 1908, à Yakima.

Antoine travaille comme forgeron pour la Moxee Company. Après cinq ans, il retourne au Minnesota pour ramener sa fiancée dans la terre promise comme il dit.

Avec son frère Paul, ils ouvrent une forgerie et se construisent une maison. Ils achètent trois acres de terre et une église protestante abandonnée.

Le musée de Yakima nous montre sa modeste maison, en 1905, sa forge ainsi qu'une photo du couple (il a marié la fille de Labissonière).

Léon (1914-1999), le fils d'Antoine, est le grand-père du chef aux Crocs orange. Les sandales Crocs, inventées par une Québécoise et son mari américain. Mais ça, c'est une autre histoire.

Lignée maternelle de Mario Batali

BATALI, Armandino

LAFRAMBOISE, Marilyn

LAFRAMBOISE, Leon (1914-1999)

HARDMAN, Mary

Mariés le 20 juin 1935, Yakima, Washington State

LAFRAMBOISE, Antoine (1876- 1962)

LABISSONIERE, Eugenie Exodie

m. 31 mai 1905, Yakima

LAFRAMBOISE, Joseph Desrozan (1839-?)

SAUVÉ, Angélique (1842-?)

m. 30 mars 1862, Beauharnois

DEVOYAU dit LAFRAMBOISE, François (1807-1873)

DAOUST, Judith (1814-?)

m. 4 novembre 1834, Beauharnois

DEVOYAU, Antoine (1769-1848)

DUMOUCHEL, Josephte (1770-?)

m. 27 novembre 1797, Lachine

DEVOYAU, Pierre (1735-?)

GOYER, Hélène (1737-?)

11 juillet 1763, St-Laurent, Montréal

(le couple a eu au moins 8 enfants)

DEVOYAU, Nicolas (1713-1780)

LANGEVIN, Cunegonde (1717-1785)

m. 1 août 1735, St-Laurent, Montréal

DEVOYAU, Pierre (1681-1758)

PREVOST, Marie-Jeanne (1687-1755)

24 mai 1706, Montréal

(le couple a eu au 9 enfants)

Pierre Devoyau dit Laframboise, venait de St-Martin, Poitiers, Poitou

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