LES BLOGUES

John A. MacDonald a marié sa cousine opiomane

Pendant des générations les Anglos nous ont toisés de très haut, se moquant de notre soi-disant consanguinité.

03/09/2017 08:00 EDT
Rick Madonik via Getty Images
Beaucoup de ces Anglos hautains ignorent, peut-être encore aujourd'hui, que leur héros national, le premier ministre du Dominion, avait épousé... sa cousine!

Pendant des générations les Anglos nous ont toisés de très haut, se moquant de notre soi-disant consanguinité.

Bien que les mariages entre cousins-cousines aient existé en Nouvelle-France, et tout au long de notre histoire, ces quelques milliers de mariages ne pèsent pas très lourd parmi les millions de mariages célébrés au cours de nos quatre siècles d'histoire.

Une étude génétique faite dans l'archidiocèse de Québec en 1967 a conclu que «les taux de consanguinité sont comparables aux taux intermédiaires d'Europe, mais avec quelques années de retard probablement à cause de l'isolement marqué de la province de Québec, francophone, dans une Amérique du Nord anglo-saxonne.» Bref, que tout est normal, Messieurs les Anglais.

Cependant, beaucoup de ces Anglos hautains ignorent, peut-être encore aujourd'hui, que leur héros national, le premier ministre du Dominion, avait épousé... sa cousine!

John Alexander Macdonald, qui défraie la chronique pour son lourd dossier autochtone, et dont vous traînez quotidiennement la photo dans vos poches depuis des décennies, est né à Glasgow, en Écosse, le 10 janvier (certains disent le 11) 1815. Il est le fils de Hugh Macdonald (1781-1841) et de Helen Shaw (1777-1862). Le couple a émigré à Kingston, en Ontario, en 1820; John A. avait donc 5 ans.

En 1842, John A. traverse une période de stress intense; pour relaxer un peu il part en vacances dans son pays natal. À l'île de Man, il fait la connaissance de sa cousine Isabella Clark, toujours célibataire à 33 ans (l'histoire ne dit rien sur sa virginité). John A., célibataire aussi, a 27 ans (l'histoire ne dit rien sur sa josèpheté). C'est love at first sight, comme on dit là-bas dans les High Land. Le coup de foudre.

L'année suivante, Isabella s'amène au Canada. Johnny reprend sa drague intensive et le 1er septembre 1843, à Kingston, il lui passe la bague au doigt. Que dalle, le lien familial... « Envoye dans le litte, maudite chanceuse », comme dit Rémy le gai luron à sa rondelette Pauline dans La Florida.

Isabella est la fille d'Alexander Clark et de Margaret Shaw. Et la petite-fille de James Shaw et de Margaret Grant.

Margaret Grant avait d'abord épousé William Shaw de qui elle a eu une première fille, Margaret Shaw, la mère d'Isabella.

En deuxième noce, elle a épousé James Shaw (je n'ai pas trouvé de lien entre le deux Shaw, mais je ne l'exclus pas), de qui elle a eu Helen Shaw, la mère de John A. Macdonald.

Helen Shaw et Margaret Shaw étaient donc demi-soeurs: même mère, deux pères différents (mais qui par hasard s'appelaient Shaw). John A. MacDonald, premier premier ministre du Canada, a donc bel et bien marié sa cousine, sa demi-cousine si l'on veut, la fille de sa tante Margot.

Le couple a eu deux enfants : Baby John Alexander, né à New York en 1847, et mort 13 mois plus tard. Syndrome de mort subite ? Ou est-ce que sa mère, droguée, l'aurait échappé?

Et Hugh John Macdonald, né en 1850, qui deviendra premier ministre du Manitoba en 1900, 15 ans après que son père ait fait exécuter le Père du Manitoba, Louis Riel.

La vie du p'tit couple écossais ne fut pas facile, John A. ayant une maitresse omniprésente : la politique.

La vie du p'tit couple écossais ne fut pas facile, John A. ayant une maitresse omniprésente : la politique. Très tôt dans le mariage, Isabella s'est enfoncée dans l'enfer de la drogue. Pas du modeste pot-de-serre-à-Justin, mais de l'opium quotidien. Sans parler des gallons de vin et de whisky.

Usée par sa toxicomanie, Isabella est morte le 28 décembre 1857, à 46 ans. Un mois après que John A. soit devenu premier ministre de la Province du Canada.

Beaucoup plus tard, en 1867, quelques mois avant qu'il ne devienne le premier premier ministre du Canada, John A. se remaria à Londres avec Susan Agnes Bernard, née en Jamaïque. Le couple s'était connu à... Québec, ville à moitié anglophone à l'époque . Suzan Agnes lui donna une fille, Mary, née avec une hydrocéphalie sévère. Mais ça, c'est une autre histoire.

LIGNÉE MATERNELLE DE JOHN A MACDONALD

MACDONALD, Hugh (1781-1841)

SHAW, Helen (1777-1862)

Mariés le 21 octobre 1811

SHAW, James

GRANT, Margaret

GRANT, John

ROSS, Mary

LIGNÉE MATERNELLE DE ISABELLA CLARK

CLARK, Alexander

SHAW, Margaret

SHAW, William

GRANT, Margaret

GRANT, John

ROSS, Mary

Jacques Noël est l'auteur du livre La Diaspora québécoise (Édition GID).

LIRE AUSSI
»
BLOGUE Comment notre diaspora a atteint les plus hauts sommets du monde
» BLOGUE Comment faire son arbre généalogique (suite)
» BLOGUE Comment faire son arbre généalogique

Les billets de blogue les plus lus sur le HuffPost