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Comment notre diaspora a atteint les plus hauts sommets du monde (partie 1)

Hélas, on en est complètement coupé depuis un demi-siècle.

27/08/2017 08:00 EDT | Actualisé 15/09/2017 14:09 EDT
Bobby Yip / Reuters
Madonna adorait sa grand-mère qui parlait français

Julien Fortin dit Bellefontaine (1621- 1690?) arrive à Québec en 1650 après une traversée éprouvante de trois longs mois. En 1652, il épouse à Cap-Tourmente Geneviève Gamache, une enfant du pays de 17 ans qui lui donnera 12 enfants.

Une génération après, la famille traverse le fleuve et se retrouve à La Pocatière. Elle va ensuite à Cap St-Ignace, St-Jean-Port-Joli, St-Simon. Et là, c'est le grand départ vers le cœur du continent. À la fin du 19e, Narcisse Fortin (1860-1903) part pour les États. Il ne va pas en Nouvelle-Angleterre, comme tant de Québécois à l'époque, mais dans la baie de Saginaw au Michigan, État qui compte 140 000 Canadiens français, trois fois plus que dans la Ville de Québec.

Saginaw était un centre majeur de coupe de bois; les Canayens y travaillent dans les chantiers en hiver et dans les scieries en été. C'est comme ça que Narcisse a commencé sa carrière américaine. En 1891, il épouse Rose Lajoie (1869-1921), une Franco-Américaine née à Bay City (son père, Charles Lajoie, venait de Maskinongé), une petite ville du Michigan -qui compte aujourd'hui 36,000 habitants- située sur la baie de Saginaw, à 200 km au nord de Détroit.

En 1929, leur fils, Willard Fortin (1904-1959), épouse Elsie Fortin, fille de Henri Fortin de Sherbrooke. Leur fille Madonna Fortin voit le jour en 1932. Elle donnera naissance à Bay City, en 1958, à Louise Ciccone, alias Madonna, la chanteuse qui a vendu le plus de disques de tous les temps (300 millions), la chanteuse la mieux payée et la plus riche au monde.

Madonna adorait sa grand-mère qui parlait français. Nouvellement citoyenne de Lisbonne, la Madonne envoie ses enfants à l'école française (ce que n'a jamais fait Céline Dion), ce qui coûte la bagatelle de 30 000 euros par année par enfant.

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François Morneau arrive en Nouvelle-France vers 1670. Il s'établit à Batiscan où il mourra en 1688. Jean (1644-1693), son seul fils, aura cinq enfants, dont François qui s'établit à Cap St-Ignace et qui lui en aura 10. Les générations suivantes descendent le fleuve : St-Roch-des-Aulnaies et La Pocatière, puis, au début du 19e, elles remontent et se fixent sur la rive-sud de Québec.

En 1901, la famille de Pierre Morneau vit sur la terre à Saint-Jean-Chrysostôme, avec leur fils Edmond (1874-1952), sa femme Rosalie et leurs trois premiers enfants (ils en auront 17!). Une génération plus tard, la famille se retrouve à Morinville (une banlieue d'Edmonton aujourd'hui), une autre petite communauté francophone fondée par le Père Morin à la fin du 19e. Les Morneau y restent quelques décennies puis déménagent à Maillardville, tout près de Vancouver.

La Fraser River Lumber Compagny avait besoin de main-d'œuvre pour remplacer les travailleurs d'origine japonaise et chinoise qui n'avaient plus la cote. Comme les Québécois avaient une excellente réputation (et la peau blanche...), on a déroulé le tapis rouge pour les faire venir:  érection d'une église et d'une école, bois gratos pour se construire une maison et le billet de train pour traverser le Dominion de Laurier. Un premier contingent de 110 ouvriers arrive en 1909 avec leur famille.

C'est là que naît George, le dernier des 11 enfants d'Edmond-Joseph (1903-1963) qui travailla à la Fraser River jusqu'à sa mort. Justin Morneau, le fils de George, qui a fait les classes d'immersion française, a été jusqu'ici l'un des meilleurs joueurs de baseball au 21e siècle, obtenant le titre du joueur le plus utile en 2006 et 2013.

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Étienne Trudeau arrive à Montréal en 1648 sur le même bateau que Marguerite Bourgeois. Il aura 14 enfants, dont 13 gars. Aventureux, ses fils partent explorer le Mississippi. Zénon devient gouverneur du Haut de la Louisiane (Illinois-Missouri) en 1792. Ses descendants sont de grands médecins; Édouard inventera un traitement contre la tuberculose. Et le petit-fils de ce dernier, Gary Trudeau , est aujourd'hui l'un des plus célèbres caricaturistes au monde. Son  Doonesbury est publié dans 1400 journaux à travers le monde. Bonne chance, Laflaque.

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Le soldat Jean-Jacques Talbot dit Gervais, (1673-1730) débarque au Fort Lachine à la toute fin du 17e siècle. Il épouse Marie-Charlotte Sommereux, une Montréalaise de la troisième génération. L'air de Ville-Marie ne plaît guère aux tourtereaux: les Talbot partent pour l'est, loin du tomahawk des Iroquois, et s'établissent à Montmagny où ils auront six enfants avant la mort de Marie-Charlotte, en 1708.

La famille passe plus d'un siècle sur la Côte-du-Sud, avant le départ de Stanislas (1823-1872), au milieu du 19e, pour Paincourt en Ontario. C'est là que naîtra le soldat Laurent Raymond Jerry Gervais (1919-2002). Stationné en Grande-Bretagne pendant la Deuxième Guerre mondiale, Jerry rencontre Eva Sophia House lors d'une panne de courant durant les bombardements allemands à Reading. C'est Love at first sight, comme disent les Windsor. Ricky Gervais, le dernier de leurs quatre enfants -«une naissance non-planifiée, juste avant l'arrivée de la pilule», a dit Eva (humour britannique?)- est aujourd'hui l'un des plus célèbres comiques du pays, voire de la planète.

Notre éblouissante diaspora atteint aujourd'hui les plus hauts sommets de la planète. Hélas, on en est complètement coupé depuis un demi-siècle. Depuis le schisme des États généraux de 1967.

Jacques Noël est l'auteur du livre La Diaspora québécoise (Édition GID).

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